Les régimes de retraite de base au Maroc continuent de révéler d'importantes fragilités structurelles, en dépit de l'amélioration ponctuelle de certains paramètres financiers, selon le rapport annuel sur la stabilité financière publié conjointement par Bank Al-Maghrib (BAM), l'Autorité de contrôle des assurances et de la prévoyance sociale (Acaps) et l'Autorité marocaine du marché des capitaux (AMMC). «Malgré l'amélioration temporaire de certains indicateurs financiers à la suite de l'application de la première tranche des augmentations salariales issues du dialogue social du 29 avril 2024, les régimes de retraite de base continuent d'enregistrer des déséquilibres structurels», souligne le document. S'agissant des régimes relevant du secteur public – à savoir le régime des pensions civiles de la Caisse marocaine des retraites (CMR-RPC) et le régime général du Régime collectif d'allocation de retraite (RCAR-RG) –, la revalorisation salariale opérée au printemps dernier a permis une progression des recettes de cotisations, limitant en partie les déficits. Toutefois, cette embellie demeure sans effet notable sur la pérennité à long terme de ces régimes, selon les auteurs du rapport. Pour ce qui est de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), la branche long terme conserve un solde global excédentaire. Cette situation est principalement attribuée à une évolution démographique favorable au sein du secteur privé, qui soutient actuellement l'équilibre financier du régime. Néanmoins, les rédacteurs du rapport mettent en garde contre plusieurs éléments de vulnérabilité. Ils relèvent notamment la sous-évaluation persistante des droits acquis, ainsi que l'élargissement des conditions d'accès à la pension et la souplesse accrue dans les modalités de restitution des cotisations. Ces pratiques affaiblissent, selon eux, les équilibres actuariels de long terme et menacent la soutenabilité du système. Dans cette perspective, les trois institutions jugent «de plus en plus indispensable de procéder à la réforme du secteur». Elles appellent à l'établissement d'une tarification équitable, condition jugée nécessaire pour «résorber une grande partie des engagements non couverts des régimes et assurer leur soutenabilité à long terme». Le rapport rappelle que les fondements de cette réforme d'ensemble ont été actés lors de l'accord du dialogue social du 29 avril 2024. Ce texte avait notamment défini les lignes directrices d'une refonte destinée à mettre fin à la fragmentation actuelle du système et à en garantir la cohérence d'ensemble.