■ La spéculation sur les terrains est devenue monnaie courante ces dernières années dans la ville de Casablanca. ■ Le foncier bloque les ambitions de croissance des sociétés de promotion immobilière. ■ Plusieurs mesures ont été prises, mais le problème persiste. Ce n'est plus un secret pour personne, la rareté du foncier s'érige en obstacle pour les promoteurs immobiliers. Bâtir c'est bien beau, encore faut-il trouver le foncier pour pouvoir le faire. En effet, durant ces dernières années, les ambitions de croissance des sociétés de promotion immobilière dans la région de Casablanca surtout, sont freinées à cause du problème foncier. Un promoteur de la place souligne à cet effet : «Non seulement le foncier est de plus en plus onéreux à Casablanca et dans sa périphérie, mais même lorsque les promoteurs sont prêts à y mettre le prix, ils ne trouvent presque plus rien». Casablanca est déjà très urbanisée, certes, mais contrairement aux idées préconçues, cette dernière dispose de plusieurs terrains en friche qui ne sont pas à vendre. «Pour cause, le retard dans la publication des plans d'aménagement, mais aussi pour des raisons d'héritage, administratives et juridiques, ou tout simplement pour des questions spéculatives», c'est du moins ce que prétendent certains promoteurs de la place. En effet, les détenteurs des dits terrains refusent tout bonnement de les vendre de peur que le prix réclamé ne reflète pas la valeur exacte. Ainsi, les propriétaires privés recourent à la rétention et à la spéculation. Ce qui se traduit par l'absence de corrélation entre le développement urbain et le marché de l'habitat. A cet effet, Mohamed Berrada, Directeur général Développement et Ventes à Yasmine Immobilier, nous confie : «Le retard des plans d'aménagement pour déterminer la constructibilité des terrains et la réévaluation éventuelle, contribue beaucoup à la flambée des prix des terrains. Ces lenteurs administratives créent une hésitation chez les propriétaires fonciers qui décident d'attendre, d'où un accroissement de la rareté des terrains en vente». Les plans d'aménagement en cours Pour comprendre un peu plus les causes du retard de la publication des plans d'aménagement, nous avons contacté l'Agence urbaine de Casablanca, mais cette dernière affirme qu'aucun retard dans la publication des plans d'aménagement n'est enregistré. «La machine suit son cours et les plans sont publiés au fur et à mesure», souligne Azzeddine Hafif, directeur de la Direction foncière et de l'aménagement urbain à l'Agence urbaine de Casablanca. Pour ce dernier, «la spéculation est un phénomène que nous vivons chaque jour et qui n'est pas forcément lié aux documents d'urbanisme». Toujours selon lui, la fiscalité marocaine ne pénalise nullement ceux qui ont recours à la rétention et à la spéculation sur les terrains, ce qui pousserait ces derniers à recourir à ces pratiques qui bloquent le développement du secteur de l'immobilier. À titre d'information, le revenu foncier ne contribue qu'à hauteur de 11% dans l'économie. Mais une chose est sûre : cette situation ne peut plus durer. Le déficit global est estimé à près de 800.000 logements, alors que de l'autre côté de la balance ce n'est ni faute de moyens ni même de financement. Les promoteurs sont là, les moyens sont là, reste le terrain. Le «où construire» est devenu désormais le mot d'ordre de tous les promoteurs de la place. Il ne s'agit pas des mastodontes qui, eux, ont le pouvoir de trouver un emplacement pour leurs futurs projets, mais des promoteurs modestes bloqués dans leur croissance par ce problème. Certes, plusieurs mesures ont été mises en place afin de soulager la pression sur le foncier, comme notamment l'ouverture de plusieurs zones d'urbanisation nouvelles dans plusieurs régions du Royaume lancées par le ministère de l'Habitat, de l'Urbanisme et de l'Aménagement des Espaces. Il n'en demeure pas moins qu'elles sont suffisantes. Indice des prix des actifs immobiliers De plus, il n'y a aucun baromètre de fixation des prix au Maroc. Les tarifs répondent à plusieurs facteurs tels la taille, la forme, le niveau d'élévation permise… Et le prix du m2 construit dépend aussi bien de la segmentation que du lieu. Et pour faire face à ce problème, Bank Al-Maghrib, en collaboration avec la Conservation foncière, a instauré un nouvel indice des prix des actifs immobiliers. Précédemment limité aux biens immobiliers résidentiels, dont les appartements, les maisons et les villas, celui-ci comprend désormais trois nouvelles catégories : bureaux, locaux commerciaux et terrains urbains. L'indice passe alors de trois à six catégories. ■ Dossier réalisé par W. Mellouk