■ L'Organisation Internationale du Travail préconise la mise en place d'un socle de protection sociale. ■ Tharcisse Nkanagu, du Bureau International du Travail, explique. ✔ Finances News Hebdo : Quelle est votre évaluation de la protection sociale en Afrique ? ✔ Tharcisse Nkanagu : Bien que des progrès aient été accomplis, l'Afrique reste néanmoins aux prises avec de redoutables problèmes, car la croissance économique enregistrée n'a pas permis de réduire la pauvreté et le chômage des jeunes en particulier. Les manifestations violentes des expressions de demandes sociales qui viennent d'avoir lieu dans les pays de l'Afrique du Nord témoignent de la gravité de la situation et placent les gouvernants devant des responsabilités historiques. Les situations de pauvreté qui persistent mettent de fortes pressions sur la cohésion sociale. Le temps presse. Il faudrait sans doute accélérer le rythme des réformes à mener. Parmi les premières mesures à initier au titre de la protection sociale, en ce qui concerne l'extension de sa couverture, l'Organisation Internationale du Travail (OIT) préconise la mise en place d'un socle de protection sociale, associée à la politique de l'emploi, respectueuse des normes internationales, dans un cadre de dialogue social. ✔ F. N. H. : Comment définissez-vous le concept de socle de protection sociale ? ✔ T. N. : Les deux principales composantes du socle de protection sociale, l'accès aux soins de santé et à une éducation de qualité, à côté de l'accès au revenu de base, resteront le plus grand défi pour la croissance africaine parce que l'échec scolaire d'aujourd'hui porte les germes de l'échec économique de demain, et le développement est tributaire de la santé des populations. Le mythe selon lequel les pays en développement, notamment les pays d'Afrique, ne pouvaient pas se permettre d'avoir des systèmes de protection sociale est aujourd'hui cassé. Des pays d'Afrique et d'ailleurs tels que l'Afrique du Sud, la Namibie, le Cap Vert, le Rwanda, le Brésil, le Mexique et le Népal, pour ne citer que ceux-là, ont montré au monde que des systèmes de protection sociale de base sont à la portée des pauvres. ✔ F. N. H. : Pour quelles raisons promouvoir le concept de socle de protection sociale ? ✔ T. N. : Il existe au moins trois bonnes raisons de promouvoir le socle de protection sociale et le concept d'extension de l'OIT. D'abord, le socle de protection sociale est un besoin social : près de 80% de la population mondiale vivent dans l'insécurité sociale. En Afrique ce pourcentage s'élève à 90 %. Ensuite, le socle de protection sociale est un besoin économique : l'investissement y afférent est un levier puissant pour libérer le potentiel productif des populations et lutter efficacement contre des niveaux persistants de faible productivité et d'économie précaire. Enfin, le socle de protection sociale est un instrument puissant pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement et cimenter la cohésion sociale. ✔ F. N. H. : Quels sont les apports de ce 2ème colloque de la FNAR? ✔ T. N. : Ce 2ème colloque est une étape importante pour le Maroc, pour réfléchir sur les meilleures stratégies en vue d'assurer une couverture de soins de santé optimale pour les retraités. Il s'agit de mesurer le chemin parcouru, et préconiser la couverture optimale des besoins des retraités en soins de santé appropriés et de grande qualité. Les débats vont éclairer les autorités du pays et constitueront une contribution de grande qualité à la recherche des solutions aux problèmes fondamentaux de la société marocaine. ■ Pages réalisées par S. Es-Siari