Les industriels ont produit plus, mais vendent moins et moins cher. Les stocks se maintiennent, alors que les commandes ne reprennent pas. L'environnement semble adéquat à une nouvelle baisse des taux. Les industriels produisent plus, mais vendent moins et à des prix moins élevés. C'est ce que révèle l'enquête de conjoncture de Bank Al-Maghreb pour le mois d'octobre 2012. Cette enquête, considérée par BAM comme outil d'aide à ses décisions monétaires, indique que les niveaux de stocks des industriels sont jugés normaux et que les carnets de commandes s'étoffent. Les analystes pensent que ces chiffres sont propices à un nouveau rabaissement du taux directeur. Selon la Banque centrale, 42% des 400 chefs d'entreprise questionnés mensuellement sur la production industrielle, indiquent une hausse de l'activité en octobre par rapport au mois précédent, 33% jugent que l'activité a reculé et 25% estiment qu'elle a stagné. Pour les trois prochains mois, les industriels anticipent plutôt une hausse de la production. Les évolutions sont toutefois disparates entre les secteurs, car l'activité agroalimentaire, au côté du textile et du cuir, accuse des baisses, tandis que les autres branches ont connu une amélioration de la production. A court terme, les opérateurs tablent sur une amélioration de l'activité dans l'ensemble des industries, à l'exception des industries électriques et électroniques pour lesquelles un repli est prévu. Quant aux ventes globales, elles ont baissé d'un mois à l'autre aussi bien au Maroc qu'à l'étranger. Ce sont les secteurs de l'agroalimentaire, de la chimie et la parachimie qui accusent les plus importantes méventes. A court terme, les avis des chefs d'entreprise sont mitigés quant à l'évolution des ventes. En effet, malgré une anticipation globalement positive, ces derniers n'affichent pas tous le même degré d'optimisme. Les résultats de l'enquête font également ressortir une baisse des prix des produits finis. En effet, une proportion de 61% des sondés affiche une stagnation, 32% un recul et seulement 7% une hausse. Enfin, le carnet de commandes est jugé inférieur à la normale et les stocks de produits finis quasi normaux. Baisse des taux ? Lorsqu'un rabaissement des taux d'intérêt ou une baisse des réserves obligatoires des banques intervient dans un contexte de stagnation des biens disponibles à la vente, cela génère de l'inflation. Il y a en effet plus de quantité d'argent en circulation pour la même quantité de biens. Le Maroc n'est vraisemblablement pas dans ce cas actuellement et plusieurs indicateurs soutiennent un nouveau rabaissement des taux. D'une part, le moral des ménages, tel que calculé par le HCP dans son indice ICM, montre que les familles marocaines ne sont pas confiantes en l'avenir. Car pour le troisième trimestre de 2012, où l'indice enregistre une quatrième baisse d'affilée, seule l'envie d'investir dans des biens durables s'améliore légèrement tout en restant loin des plus hauts, tandis que les autres voyants, notamment la perception du chômage et la situation des finances des ménages, sont au rouge. D'ailleurs, 82,6% d'entre eux déclarent qu'ils n'arriveront pas à épargner pendant les 12 prochains mois. Ce chiffre élevé est stable depuis plusieurs mois. A fin 2011, il était déjà de 82,5%. Il faut signaler que sur l'évolution de leurs niveaux de vie, les ménages ont souvent vu juste. D'autre part, les industriels déclarent produire plus, tout en observant une baisse des prix et des ventes. A cela s'ajoute le niveau d'inflation qui reste durablement installé sous les 2%. L'ensemble de ces éléments pourrait inciter la Banque centrale à rabaisser ces taux à nouveau pour redonner confiance aux ménages en leur facilitant la consommation, alors que leur principal souci actuellement est de réduire leurs dettes. Cette décision servirait également à accompagner la hausse de la production industrielle si le rebond actuel est confirmé, étant donné qu'il intervient après une période estivale où la production industrielle est généralement basse. Selon un analyste du marché obligataire, «l'objectif de stabilité des prix étant largement atteint, rien n'empêche BAM, au vu des données qui lui remontent du terrain, de rabaisser à nouveau ses taux d'intérêt. Le problème pour BAM était de faciliter l'accès au crédit sans qu'il y ait de demande, ce qui a pour conséquence de stimuler l'inflation. Ce n'est pas le cas actuellement car l'activité industrielle est consommatrice de crédits». Notre analyste ajoute que «cette tendance devrait toutefois se confirmer pendant, au moins, deux mois et sur plusieurs indicateurs pour que BAM réfléchisse sérieusement à un assouplissement monétaire». Pour l'heure, le principal problème auquel peuvent être confrontés les industriels est la baisse des prix et des volumes des ventes. Des effets ciseaux peuvent être relevés à cause du renchérissement des coûts de production couplés à cette baisse des prix, ce qui impacte défavorablement les marges.