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Entretien avec Ahmed Lahlimi, Haut Commissaire au Plan : «Le Maghreb a ses atouts pour jouer un rôle central dans le “Barcelone Plus”»
Publié dans Finances news le 29 - 05 - 2008

* La France, qui présidera l’Union européenne à partir du 1er juillet, a, dans ce Forum, une occasion pour expliciter le projet de l’Union pour la Méditerranée dont elle est l’initiatrice.
* Les crises globales omniprésentes sont autant d’indicateurs qui montrent que la mondialisation est loin d’être maîtrisée.
Finances News Hebdo : Peut-on savoir dans quel cadre s’inscrit l’organisation du Forum Maghreb 2030 : partenariat euro-méditerranéen. Est-ce qu’on peut dire que le contexte prête aujourd’hui à l’urgence d’une union maghrébine ?
Ahmed Lahlimi : En effet, nous en avons pris l’engagement ici même au printemps 2007, dans le cadre de l’exercice de prospective dédié au Maroc de 2030. Aujourd’hui, nous voilà réunis entre Maghrébins, avec des amis européens pour une réflexion prospective sur notre futur commun.
Cette réflexion constitue, pour nous, un moment fort de ce long processus, mené depuis 2004 sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Elle nous place, d’emblée, dans cette dimension qui nous est commune, celle du Maghreb dans son espace euro-méditerranéen.
Ce forum se veut par ailleurs une occasion pour les responsables des instituts chargés de la statistique dans les pays Maghrébins qui ont convenu de se réunir pour coordonner leurs activités et étudier les voies et moyens de renforcer et d’institutionnaliser leur coopération dans le cadre de l’Union du Maghreb Arabe.
Le contexte prête aujourd’hui à cette union maghrébine, certes, à cause de son hostilité et d’une mondialisation ayant produit tous les effets escomptés de financiarisation des échanges internationaux. Le contexte est aussi propice parce que l’Europe, qui vient d’achever son élargissement et de réformer ses institutions et qui est notre partenaire privilégié, accorde aujourd’hui une écoute particulière à ce souci. C’est ainsi que nous lisons la participation d’éminentes personnalités européennes à ce Forum.
La France qui présidera l’Union européenne à partir du 1er juillet a, dans ce Forum, une occasion pour expliciter le projet de l’Union pour la Méditerranée dont elle est l’initiatrice. Elle pourrait ainsi prendre acte des réactions de l’élite maghrébine suscitées par la proposition de la Commission européenne, rendue publique tout récemment.
F. N. H. : La mondialisation se veut aujourd’hui une réalité. Mais est-ce que l’on peut dire qu’elle est maîtrisée ?
A. L. : La crise financière de nature systémique qui menace la stabilité du système financier international, le dérèglement du marché des produits alimentaires et énergétiques et ses effets désastreux sur les populations pauvres, le réchauffement du climat et bien d’autres crises globales, sont autant d’indicateurs qui montrent que la mondialisation est loin d’être maîtrisée. Les instruments de régulation conçus après la seconde Guerre Mondiale (Bretton Woods, San Francisco, La Havane) montrent leurs limites.
F. N. H. : Quelles sont vos principales attentes de cette rencontre sachant que le doute et l’incertitude continuent à planer sur l’avenir du monde entier ?
A. L. : Nous nous réunissons, certes, dans un contexte d’incertitudes et d’absence de vision prospective commune de l’avenir du monde. Toutefois, les grands questionnements qui s’y rattachent ne peuvent, évidemment, pas être absents de nos préoccupations. Mais nous nous interrogerons, dans ce Forum, sur la pertinence d’une approche euro-méditerranéenne qui reposerait sur une réponse collective et solidaire à des défis communs. Ne serait-ce pas là un premier maillon ou échelon d’une gouvernance mondiale rénovée dont nous avons grandement besoin ?
F. N. H. : Quel rôle le Maghreb a-t-il à jouer dans une Méditerranée très sensible ?
A. L. : Dans cette Méditerranée complexe à défaut d’être uniforme, il nous semble que l’ensemble maghrébin a ses spécificités, ses atouts et ses ressources, notamment humaines, pour jouer un rôle central dans le «Barcelone Plus». L’action commune maghrébine qui permettrait d’exploiter ces atouts se doit de reposer sur un socle de valeurs communes et d’objectifs partagés. Notre vœux le plus ardent, à la faveur de notre rencontre, est qu’à travers un dialogue serein et une réflexion sans complaisance ni parti-pris, nous puissions contribuer à l’émergence d’un nouvel espoir en explorant des pistes pour une démarche crédible de relance du projet maghrébin.
La constitution d’un grand ensemble régional maghrébin dans le cadre d’un régionalisme ouvert et de partenariats privilégiés avec les grands ensembles voisins, notamment avec l’UE, est indéniablement le cadre approprié pour atteindre ses objectifs et réaliser une insertion active et féconde dans le mouvement de la mondialisation.
Le Maghreb, réalité historique, géographique et culturelle ancienne doit se rassembler et opérer son intégration pour répondre à une aspiration populaire profonde et affronter solidairement les problèmes et les défis majeurs.


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