La notion économique de dividende démographique est l'avantage économique dont dispose un pays en transition démographique, comme c'est le cas actuellement au Maroc. Youssef Courbage, un chercheur libanais qui a consacré sa carrière à la recherche démographique et à la formation dans plusieurs pays dont le Maroc, nous a éclairci sur l'importance de ce paramètre et de ce que devrait faire notre pays pour profiter du bonus démographique. En l'espace de quelques années le Maroc a connu une baisse de natalité qui a engendré une pyramide des âges particulière : Des jeunes adultes en grand nombre, et moins d'enfants et de personnes âgées. La population a le potentiel alors de devenir extrêmement productive, pouvant assurer une grande production économique avec un moindre transfert des richesses vers les enfants et les seniors. Pourquoi ce dividende n'est-il pas exploité pour booster la croissance économique ? D'abord parce que le dividende démographique n'a pas été suffisamment étudié au Maroc, on ne connait pas encore le lien effectif entre la transformation de la structure par âge et l'augmentation du taux d'investissement, d'épargne et son effet sur le PIB. Pourquoi nos dirigeants ne se posent pas ces questions tant qu'il est encore temps ? Karl Marx avait dit que l'humanité ne peut se poser que les problèmes qu'elle peut résoudre, le vieillissement c'est dans 30 ans c'est difficile aujourd'hui de l'envisager, il faut être face au problème pour le résoudre. Le bonus démographique : Au Maroc depuis les années 70 il y'a eu un bonus démographique qu'on n'a pas encore mesuré, mais aujourd'hui il ralentit parce que le mouvement de transition démographique lui-même ralentit. Entre les recensements de 2004 et 2014, il y'a eu un infléchissement de la fécondité mais comme nous sommes déjà à la fin du parcours, ce ralentissement est beaucoup moins marqué qu'au début. Plus vous approchez de la fin, plus le progrès devient lent. Le bonus démographique a donc baissé ces dernières années au Maroc, à cause de la fécondité mais aussi de facteurs extérieurs comme la crise économique mondiale, et le fait que les MRE rapatrient aujourd'hui beaucoup moins d'argent. Il est extrêmement difficile de départager le poids de tous les facteurs, il y'a bien le facteur de bonne gouvernance, mais peut-on le mesurer ? Est-ce que la transition démographique est bien exploitée ? A mon avis non. Il y'a beaucoup d'investissements au Maroc qui sont mal utilisés, vous ne pouvez pas avoir un taux d'investissement aussi élevé avec un coefficient marginal de capital aussi élevé, qui est de 7, alors qu'il y'a encore quelques années ça variait entre 3 et 4. (Ce coefficient équivaut au rapport entre le volume de capital et le volume de production obtenu grâce à ce capital. Plus il est élevé, plus on a besoin de capital pour produire. Il faut donc 7 unités pour en produire une). Est-ce qu'il est bon ou malsain d'encourager des créations d'emploi à très faible productivité simplement pour maintenir une masse de jeunes en activité ? On peut bien-sûr trouver des fonds. Dans les poches des riches il y'a toujours moyen de financer des travaux d'utilité publique et mettre 20.000 jeunes au travail. La productivité immédiate sera quasi-nulle mais à long terme vous aurez la paix sociale parce qu'une personne qui travaille n'a pas le sentiment d'être inutile donc d'être suicidaire et n'aura pas le pouvoir de se lancer dans des aventures folles. C'est un bénéfice extra-économique important. Mais il peut même y avoir des bénéfices économiques, en augmentant la consommation et la possibilité d'investissement. Le système des retraites doit-il être revu pour maintenir l'économie ? On remet en question aujourd'hui le régime par répartition pour favoriser le régime par capitalisation. (La retraite par répartition est l'ensemble des cotisations versées par les actifs avec lesquelles on paie immédiatement les pensions des retraités. La retraite par capitalisation c'est quand les actifs épargnent pour leur propre retraite.) Dans certains pays qui ont réussi en Asie, les retraités ont souvent tendance à perdre en pouvoir d'achat, et c'est souvent un calcul délibéré pour remettre en activité les personnes âgées, c'est le cas de l'Indonésie, de la Corée du Sud de Taiwan où le taux d'activité est remonté de manière spectaculaire pour les seniors. Je ne pense pas qu'on puisse maintenir éternellement un système par répartition qui puisse garantir un pourvoir d'achat suffisant.