Ce week-end, sûr que l'affaire de la délégation de la Renaissance Sportive de Berkane retenue 14 heures durant à l'aéroport Houari Boumediene d'Alger, aura défrayé bien des chroniques, du moins dans la sphère sportive et particulièrement celle du Maroc et de l'Algérie. C'est, à coup sûr, un incident politique qui peut enflammer le stade avant même que le coup de sifflet initial ne résonne. L'affrontement sur le gazon entre la Renaissance Sportive de Berkane (RSB) et l'USM Alger promettait d'être passionnant, mais c'est en amont, sur le tarmac de l'aéroport, que le premier match a débuté. Vendredi dernier, à leur descente d'avion, l'équipe marocaine a vu ses équipements sportifs confisqués par les douanes algériennes. Le motif ? Les tenues arborant une carte du Maroc intégrant ses provinces du Sud, sujet de discorde historique entre le Maroc et l'Algérie. Voyons voir ! La Renaissance Sportive de Berkane (RSB), s'est vu confisquer ses équipements par la douane algérienne à son arrivée à Alger, pour disputer la demi-finale aller de la Coupe de la Confédération Africaine de Football contre l'USM Alger ce dimanche. La raison invoquée ? Les maillots des joueurs affichaient fièrement une carte du Maroc incluant ses provinces du Sud. Quatorze heures d'attente pour cela, – une éternité passée à l'aéroport, pendant laquelle les joueurs de Berkane, loin de se démonter, ont probablement eu le temps de réviser tactiquement et géographiquement le terrain sur lequel ils allaient jouer. Non pas celui, vert et soigneusement tondu, du stade ou l'USMA devra l'accueillir, mais celui, bien plus périlleux, des relations maroco-algériennes. L'attente fut longue, très longue. Quatorze heures durant, les joueurs de Berkane et la délégation les accompagnant ont vu le hall de l'aéroport se transformer en salle d'attente improvisée, leurs maillots étant examinés comme des pièces à conviction dans un procès géopolitique. Cette saisie, bien plus qu'une formalité douanière, s'est chargée d'une symbolique lourde, réactivant les tensions diplomatiques entre les deux nations voisines, pourtant unies par une histoire commune et des liens culturels forts. Et pendant que les autorités douanières pour ne pas dire gouvernementales, se livraient à ce qui pourrait être interprété comme un acte de « sécurité nationale » – avec un zèle que l'on pourrait qualifier de patriotique, voire de provocateur – l'USM Alger s'évertuait à montrer que le football est avant tout une affaire de fraternité sportive. L'USM Alger, conscient de l'enjeu qui dépasse le cadre strictement sportif, a offert un accueil des plus chaleureux à ses adversaires dominicaux. Sur les réseaux sociaux, les messages de soutien à l'équipe marocaine ont afflué, illustrant la fraternité entre les peuples qui souvent transcende les querelles de leurs gouvernants. Ce contraste saisissant entre la cordialité des Algérois et l'attitude rigide des autorités douanières met en lumière une schizophrénie presque institutionnalisée. Un accueil chaleureux de la part des Algérois qui, selon les échos des réseaux sociaux, ont su mettre de côté les décisions quelque peu arbitraires de leurs gouvernants pour célébrer les valeurs du sport. Les fans des deux camps échangeant non des insultes, mais des messages de solidarité, un beau pied de nez aux tensions politiques. Ironie du sort, ce n'est pas la première fois que le sport se trouve pris dans les filets de la politique, mais l'épisode actuel souligne avec une certaine acuité les absurdités auxquelles peuvent mener les conflits territoriaux lorsqu'ils débordent sur le terrain sportif. On pourrait presque imaginer les douaniers, maillot sur le dos, traçant méticuleusement les frontières sur chaque équipement confisqué, sous le regard incrédule des joueurs berkanais. Le football mondial, souvent vu comme une échappatoire aux tracas quotidiens, se retrouve ici catalyseur de débats beaucoup plus larges, touchant à la souveraineté et à l'identité nationale. L'intervention de ces institutions pourrait bien être nécessaire pour rappeler à certains que le football, si universel soit-il, ne devrait jamais servir de vecteur à des messages politiques, surtout lorsqu'ils sont imposés par la force. En somme, alors que Berkane espère récupérer ses biens et disputer un match aussi juste que passionnant, cet incident laisse présager des répercussions qui dépasseront largement les 90 minutes de jeu. Car au-delà de l'enjeu sportif, c'est la question de la cohabitation pacifique entre voisins qui est posée. Peut-être qu'au final, le véritable match se joue en coulisses, orchestré par des acteurs en costume plutôt qu'en tenue de football. Quant aux supporters, marocains comme algériens, ils semblent qu'ils aient choisi leur camp : celui de la paix et de l'unité, espérant que le sport reste ce qu'il doit être – un jeu, et non un champ de bataille politique. Cela reflète, en toute évidence, l'ironie d'une solidarité populaire face à la rigidité officielle. Cet épisode, si emblématique des contradictions qui peuvent parfois miner les relations internationales, démontre que derrière les décisions administratives se cachent souvent des motivations plus complexes, teintées de considérations politiques. L'incident de l'aéroport d'Alger ne sera probablement pas oublié de sitôt, mais il peut parfois révéler les fractures d'un monde politique en quête de repères : que le ballon rond, dans sa rondeur parfaite, enseigne aux hommes la valeur de l'unité, même dans la diversité de leurs opinions politiques.