Au cœur de la place Esseffarine, à Fès, les coups de marteaux résonnent dans les quatre coins de l'ancienne médina, et… dans les cœurs des passants, citoyens et touristes. La couleur chatoyante des ustensiles, lampes et luminaires éparpillés ça et là ne laisse personne indifférent. De vraies chefs-d'œuvre, le fruit d'un long processus pour le moins difficile. La dinanderie fait partie du patrimoine emblématique de la capitale spirituelle, un artisanat qui a, depuis belle lurette, fasciné les habitants de la cité Idrisside ; le cuivre et laiton venaient orner toutes leurs occasions, ainsi que leur quotidien, ce qui en fait un élément gravé dans la mémoire collective fassie, en particulier, et marocaine, en général. Si ce secteur laisse une trace indélébile dans le cœur battant de l'artisanat de l'ancienne médina, les artisans le sont moins, puisque bon nombre d'eux ont quitté la place Lalla Yeddouna, bon gré malgré, suite à son réaménagement. Ils se sont fait installer dans la nouvelle zone d'Aîn Noukbi, dans le cadre du projet «Artisanat et Médina de Fès» MCA-Maroc financé par Millennium Challenge Corporation. Ce projet avait pour objectif d'insuffler un nouvel espoir à la dinanderie, et principalement aux artisans du cuivre se trouvant à la Place Lalla Yeddouna, où le cuivre et les «Mâallems» cèdent la place petit à petit aux restaurants, aux cafés et aux boutiques. Nouveau projet, pas au goût de tout le monde Ce projet ne semble pas satisfaire tout le monde. A ce propos, les avis sont très mitigés. Certains dénoncent les critères sur lesquels les responsables se sont basés pour accorder les indemnités aux artisans, d'autres ne voulaient pas quitter la médina, endroit où ils ont vécu toute leur vie. «Je n'ai pas pu quitter les ruelles de la médina, je suis un poisson et la médina est mon large», déclare à Hespress FR, Mustapha, dinandier qui n'a pas pu rester dans la nouvelle zone d'Ain Noukbi. Et d'estimer que «Cette initiative n'a pas été au profit de tous les artisans qui étaient à place Lalla Yeddouna; l'indemnité n'a pas été accordée sur des critères bien définis, cela a été un peu arbitraire à mon sens...tu pouvais par exemple trouver une petite niche qui réunissait 5 à 6 artisans qui cotisaient pour payer le loyer et partageaient le même lieu de travail. Avec le nouveau projet, seule la personne dont le nom figure sur le récépissé du loyer en a bénéficié, ce qui a créé de grandes tension dans les rangs des dinandiers». Même les artisans qui n'ont pas été concernés par le déplacement, et qui ont pu rester dans la place Esseffarine, ne sont pas satisfaits de la condition déplorable à laquelle la dinanderie est en train de faire face : matière première de plus en plus onéreuse, conditions de travail difficiles, et marché en pleine régression. Les dinandiers d'Esseffarine, petite place située entre la place r'cif et bab boujloud, semblent sombrer dans la calamité, et voient leur profession rendre ses derniers souffles. «Les temps ont vraiment changé, tout est devenu cher. Normalement en été, nous vendions mieux, là, la situation a vraiment empiré tout au long de l'année», nous déclare Mohammed, un autre dinandier de la place. En visitant actuellement la place Esseffarine, les mélodies des marteaux deviennent de plus en plus mélancoliques, et les couleurs du cuivre s'assombrissent pour un artisanat agonisant qui crie sa détresse!.