Le programme « Idmaj », destiné aux personnes sans diplôme, a été lancé vendredi soir à Rabat. Déployé par l'Agence nationale de promotion de l'emploi et des compétences (ANAPEC), il vise à instaurer « une nouvelle génération de politiques de l'emploi plus inclusives, mieux ciblées et plus proches de la réalité de l'économie nationale et de ses besoins évolutifs ». Le marché du travail marocain fait aujourd'hui face à une situation inédite, a souligné le ministre de l'Inclusion économique, de la Petite entreprise, de l'Emploi et des Compétences, Younes Sekkouri. Il a précisé qu'à la fin de l'année 2025, l'ANAPEC a recensé près de 100 000 offres d'emploi qui n'ont pas trouvé de profils qualifiés pour les occuper. Lors de la conférence de lancement, le ministre a indiqué que ce projet national entrait en phase de mise en œuvre effective, après une première phase pilote destinée à tester les mécanismes de coordination avec le réseau de l'ANAPEC. Il a expliqué que cette nouvelle étape vise à ajuster les mesures opérationnelles sur le terrain, afin d'adapter les offres d'emploi aux compétences réellement requises dans les différentes régions. M. Sekkouri a fait remarquer que la situation, autrefois caractérisée par un manque d'emplois face à une forte demande, a basculé vers un excédent d'offres. Ce renversement soulève aujourd'hui la question de la disponibilité de compétences locales capables de répondre aux besoins spécifiques des entreprises à l'échelle régionale. Le ministre a également présenté des données chiffrées sur les catégories ciblées. Il a relevé que le nombre de jeunes sans emploi, ne suivant ni études ni formation (NEET), atteint près de 900 000 personnes, sur un total d'environ 1,5 million de chômeurs. Selon lui, cette situation s'est aggravée en raison du décrochage scolaire, un phénomène qui touche environ 280 000 jeunes chaque année. Ainsi, repenser l'offre de formation professionnelle s'est imposé comme une nécessité pour intégrer ces catégories qui, jusqu'à présent, ne bénéficiaient d'aucun programme public adapté garantissant leur insertion économique. Cette nouvelle orientation de l'État rompt avec les politiques précédentes qui se concentraient exclusivement sur l'insertion des diplômés, a affirmé le ministre. Elle vise également à traiter la question du travail saisonnier, notamment dans le secteur agricole. L'objectif est d'institutionnaliser ce type d'emploi et d'intégrer la main-d'œuvre expérimentée, même non diplômée, dans les circuits officiels d'intermédiation. Cela permettra à l'ANAPEC de dépasser son plafond historique pour traiter jusqu'à 400 000 dossiers de chercheurs d'emploi par an, contre 160 000 actuellement. Le responsable gouvernemental a ajouté que le programme « Idmaj » ambitionne d'augmenter progressivement le nombre de bénéficiaires de la formation professionnelle en entreprise, pour passer de 9 000 actuellement à 100 000 bénéficiaires par an. Ce programme cible environ 200 métiers dans des secteurs clés tels que l'industrie, le textile et l'artisanat. Pour garantir la réussite de cette initiative, le gouvernement mise sur la mobilisation du secteur privé par le biais de partenariats opérationnels et d'accords-cadres. L'idée est de fournir des formations complémentaires pour combler les lacunes liées au faible niveau de formation initiale de ces profils non diplômés. Lors de la cérémonie de lancement, plusieurs conventions de partenariat ont d'ailleurs été signées avec des fédérations professionnelles et des entreprises engagées. Ces accords devraient permettre de mobiliser près de 30 000 opportunités d'emploi par an au profit des jeunes sans diplôme. De son côté, le directeur général de l'ANAPEC, Abdellah Achouikh, a affirmé que le lancement de cette nouvelle formule « n'est pas simplement une étape institutionnelle de plus, mais un moment fort où se croisent la vision gouvernementale, les exigences de justice sociale et l'engagement du tissu économique national autour d'un objectif clair : faire de l'insertion professionnelle un droit accessible à tous les jeunes sans exception ». Il a rappelé que, depuis sa création en 2006, le programme « Idmaj » constitue l'un des piliers des politiques actives de l'emploi au Maroc. Selon M. Achouikh, ce dispositif permet aux chercheurs d'emploi d'accéder à une première expérience professionnelle en entreprise, d'acquérir des compétences et d'améliorer leurs chances d'intégration sur le marché du travail. Si des milliers de jeunes, en particulier des diplômés, en ont déjà bénéficié ces dernières années, il a rappelé que les politiques publiques efficaces sont celles qui évoluent constamment pour s'adapter aux transformations économiques et sociales. Dans cette optique, le ministère œuvre à l'amélioration du programme en mettant en place des formations intensives (de trois à six mois) destinées à préparer les candidats aux tests de recrutement. Parallèlement, les centres de formation professionnelle ouvriront leurs portes en soirée et le samedi. Cette dynamique facilitera la reconversion professionnelle des salariés et des personnes souhaitant améliorer leur situation. Une révision globale des procédures de reconnaissance des parcours professionnels est également prévue afin de garantir une véritable valeur juridique et pratique aux formations délivrées. Enfin, le ministre a annoncé que le gouvernement prévoyait de soumettre, le mois prochain au Parlement, un nouveau projet de loi pour encadrer l'intégration des personnes sans diplôme et offrir davantage de flexibilité juridique aux employeurs. Soulignant que la réussite de ces solutions dépendra de l'adhésion des entreprises, il a appelé à institutionnaliser une rencontre annuelle avec le secteur privé. Celle-ci permettrait d'évaluer le programme et d'adapter ses procédures ainsi que ses plafonds financiers aux évolutions économiques, afin de répondre concrètement aux attentes des citoyens et du marché.