Le Front Polisario a annoncé la fin des fonctions de son représentant en Algérie, Abdelkader Taleb Omar, dans une décision surprise qui relance les spéculations autour des tensions croissantes entre le mouvement séparatiste et les autorités algériennes. Cette décision, non accompagnée d'explications officielles, a suscité de nombreuses interrogations sur l'avenir des relations entre les deux parties, notamment à la lumière des informations relayées par des médias algériens faisant état de désaccords profonds sur la gestion du dossier sahraoui. L'ambassadeur a néanmoins été officiellement salué à l'occasion d'une visite d'adieu auprès du président algérien Abdelmadjid Tebboune. Le ministère algérien des Affaires étrangères a également organisé une cérémonie en son honneur, en présence du corps diplomatique accrédité à Alger et de hauts responsables du ministère. Par la suite, le Front Polisario a annoncé que Taleb Omar se verrait confier de nouvelles fonctions au sein de sa structure organisationnelle. Toutefois, cette prétendue « promotion » n'a pas convaincu les observateurs, qui y voient plutôt le signe d'une crise latente ayant précipité son départ, estimant que cette réaffectation purement formelle ne reflète pas une réelle continuité dans la confiance politique. Cette évolution intervient dans un contexte diplomatique particulièrement délicat, marqué par des prises de position inédites de certaines voix algériennes s'opposant ouvertement à la poursuite d'un soutien inconditionnel au Polisario. Plusieurs acteurs considèrent désormais ce dossier comme un fardeau diplomatique pour l'Algérie sur la scène internationale, notamment en raison des violations des droits humains rapportées dans les camps de Tindouf, qui suscitent un malaise croissant. Selon des observateurs, cette décision révèle un possible éclatement au sein de la direction du Polisario, basée à Rabbouni, qui semble faire face à un isolement progressif, y compris de la part de ses soutiens traditionnels. Après des années de coordination étroite avec Alger, des divergences apparaissent désormais en coulisses, notamment autour de la vision à adopter concernant l'avenir du conflit et les voies diplomatiques à privilégier. Un refroidissement diplomatique Hassan El Idrissi, chercheur en relations internationales à l'Université Ibn Zohr d'Agadir, considère que la fin des fonctions de l'ambassadeur du Polisario à Alger n'est pas un événement anodin, mais plutôt un signal fort d'une détérioration silencieuse des relations entre les deux camps. Dans une déclaration à Hespress, il a souligné que l'Algérie, malgré son soutien historique au Polisario, commence à revoir sa stratégie compte tenu du coût interne et externe que ce soutien représente. Le chercheur soulève que cette décision s'inscrit dans un contexte de « refroidissement diplomatique progressif« , préparé en silence depuis plusieurs mois, notamment après le recul de la présence du Polisario dans divers forums régionaux et la disparition du discours de coordination bilatérale qui caractérisait auparavant les relations entre les deux entités. Pour le chercheur, la mise à l'écart de l'ambassadeur pourrait être le signe d'une stratégie de « neutralisation contrôlée » entamée par Alger. Il estime également que la direction du Polisario est aujourd'hui confrontée à des défis inédits, en particulier l'érosion de la confiance de certains soutiens dans la pertinence de son approche du conflit. « Face à des pressions internes et internationales, l'Algérie cherche à réduire les coûts diplomatiques liés à son alliance avec le Polisario. Elle pourrait ainsi explorer de nouvelles formules lui permettant de préserver son équilibre régional sans s'enliser dans les choix de Rabbouni », explique-t-il. Vers une escalade à venir ? Des analystes estiment que le rappel du représentant du Polisario à Alger ne serait que la première étape d'une série de mesures que pourrait prendre l'Algérie dans les mois à venir si les divergences persistent. Des sources bien informées évoquent des remous dans certains cercles algériens qui jugent désormais que le coût du soutien au Polisario dépasse largement les bénéfices, notamment depuis que plusieurs grandes puissances internationales ont infléchi leur position en faveur de l'initiative marocaine d'autonomie. Dans ce contexte, des médias algériens ont rapporté que les autorités envisagent de revoir la nature de leur relation avec le mouvement sahraoui, en reconsidérant certains privilèges liés à la résidence, la mobilité et les canaux de communication. Cette réévaluation s'expliquerait en partie par les critiques formulées en interne contre l'attitude de certains dirigeants du Polisario, accusés d'ingérence dans des affaires sensibles touchant à la souveraineté algérienne. Des milieux proches du pouvoir algérien n'ont pas caché leur mécontentement face aux déclarations de certains responsables du Polisario jugées comme des « ingérences inacceptables dans les affaires internes algériennes« , ce qui a renforcé la tension entre les deux parties. Alger aurait d'ailleurs adressé, via des canaux diplomatiques, des messages implicites appelant à une redéfinition des relations sur de nouvelles bases.