Le projet de tunnel entre l'Espagne et le Maroc se retrouve au cœur d'un bras de fer judiciaire. Des entreprises privées dénoncent les contrats attribués directement à l'ingénierie publique Ineco et réclament une mise en concurrence ouverte. Les grandes ingénieries privées espagnoles ouvrent un nouveau front judiciaire contre le gouvernement autour du projet stratégique du tunnel ferroviaire sous le détroit de Gibraltar, destiné à relier l'Espagne au Maroc. Selon El Economista, la Fédération des associations d'entreprises de connaissance et d'ingénierie d'Espagne (CÍES) a déposé un recours contentieux administratif visant à contester un contrat attribué directement à l'entreprise publique Ineco, sans appel d'offres. Le recours, enregistré le 7 janvier devant le Juzgado Central de lo Contencioso Administrativo de Madrid et déjà admis à instruction, concerne un encargo confié par la Société espagnole d'études pour la communication fixe à travers le détroit de Gibraltar (Secegsa), elle-même rattachée au ministère espagnol des Transports. Il porte sur une mission d'assistance technique liée à la mise à jour de l'avant-projet du tunnel reliant Punta Paloma, au sud de l'Espagne, à la région de Tanger, au Maroc, à travers le seuil sous-marin du détroit. Toujours selon El Economista, le contrat litigieux, d'un montant de près de 962.000 euros, couvre des études préalables portant notamment sur la galerie de reconnaissance ainsi que sur l'intégration des résultats dans une nouvelle version de l'avant-projet. Ces travaux s'inscrivent dans la continuité de prestations déjà confiées à Ineco en 2021 et sont financés par les fonds européens Next Generation, dans le cadre du Plan de relance, de transformation et de résilience de l'Union européenne. Le projet global du tunnel, encore à un stade embryonnaire, nécessiterait à terme un investissement d'au moins 8,5 milliards d'euros. Par cette action judiciaire, CÍES cherche d'abord à obtenir la suspension conservatoire du contrat, puis son annulation, afin de contraindre Secegsa à lancer une procédure de mise en concurrence ouverte. L'organisation professionnelle estime que le recours systématique aux commandes directes à Ineco constitue une distorsion de concurrence, en l'absence des conditions prévues par la loi espagnole telles que l'urgence, l'état d'exception ou la sécurité nationale. Elle met également en cause, toujours selon El Economista, l'efficacité opérationnelle de l'ingénierie publique et son recours massif à la sous-traitance. Ce contentieux s'inscrit dans une offensive plus large du secteur privé contre les contrats attribués à Ineco. CÍES et la confédération Ceacop ont ainsi saisi le Tribunal suprême au sujet d'un autre projet emblématique : le pont de la SE-40 sur le Guadalquivir, à Séville. Après l'annulation d'un premier encargo pour défaut d'intégration de la méthodologie BIM, un nouveau contrat de plus de 13 millions d'euros a été attribué à Ineco, à nouveau contesté pour des raisons similaires, notamment le niveau jugé excessif de sous-traitance. Enfin, El Economista révèle que CÍES, aux côtés d'autres organisations professionnelles, prépare une plainte auprès de la Direction générale de la concurrence de la Commission européenne. L'objectif est de déterminer si ces commandes directes à des entreprises publiques peuvent être assimilées à des aides d'État, donnant ainsi à ce conflit une dimension européenne et transnationale.