Le dernier rapport trimestriel du Conseil de la concurrence sur le suivi des engagements des sociétés de distribution du gasoil et de l'essence apporte un nouvel éclairage sur un marché toujours scruté de près. Couvrant le troisième trimestre 2025, ce huitième rapport confirme une dynamique contrastée : des volumes en nette hausse, des recettes fiscales en progression, mais des marges commerciales qui demeurent stables, alimentant un débat persistant sur la transmission réelle des baisses internationales aux prix à la pompe Entre juillet et septembre 2025, relève le document, les importations nationales de gasoil et d'essence ont atteint 1,91 million de tonnes, soit une hausse de 12,4% par rapport à la même période en 2024. Cette augmentation significative des volumes contraste avec un recul léger de la valeur globale des importations, en baisse de 1,3% à 12,73 milliards de dirhams. Ce décalage s'explique principalement par la détente relative des prix internationaux des produits raffinés, dans un contexte de fluctuations modérées sur les marchés ARA (Amsterdam, Rotterdam, Anvers) de référence. Le gasoil continue de dominer très largement le marché, représentant près de 88 % des volumes importés et 87 % de leur valeur. Les neuf sociétés concernées par les accords transactionnels avec le Conseil de la concurrence concentrent, à elles seules, environ 82 % des importations nationales, confirmant un niveau élevé de concentration structurelle du secteur. Des recettes fiscales en hausse, portées par les volumes Sur le plan budgétaire, le rapport met en évidence une progression notable des recettes fiscales issues des importations de carburants. Au troisième trimestre 2025, la TIC et la TVA ont généré près de 7,83 milliards de dirhams, en hausse de 8,6 % sur un an. Cette augmentation est essentiellement liée à la croissance des quantités importées, la TIC représentant à elle seule près de 76 % des recettes totales. Ce constat rappelle le rôle central du carburant comme ressource fiscale indirecte pour l'État, dans un contexte où toute réforme des prix à la pompe se heurte à des équilibres budgétaires sensibles. Prix à la pompe : une transmission partielle et différée L'un des enseignements majeurs du rapport concerne la corrélation entre les cotations internationales, les coûts d'achat des distributeurs et les prix de vente sur le marché national. Pour le gasoil, la cotation CIF a progressé de 0,41 dirham par litre sur le trimestre, tandis que le prix à la pompe n'a augmenté que de 0,27 dirham. Pour l'essence, la quasi-stabilité des cotations (+0,07 dirham) s'est traduite par une hausse limitée de 0,14 dirham à la pompe. Le Conseil de la concurrence souligne que cette transmission imparfaite s'explique par les mécanismes de gestion des stocks, le lissage des coûts et les choix contractuels des opérateurs. Toutefois, cette logique technique peine encore à dissiper les doutes d'une partie des consommateurs, qui continuent de percevoir une asymétrie entre la rapidité des hausses et la lenteur des baisses. Sur le volet le plus sensible, celui des marges commerciales, le rapport indique que les neuf sociétés suivies ont dégagé, en moyenne, une marge brute de 1,48 dirham par litre pour le gasoil et de 2,10 dirhams pour l'essence au troisième trimestre 2025. Des niveaux quasiment identiques à ceux observés un an auparavant. Si ces marges ne montrent pas de dérive manifeste, leur stabilité dans un contexte de forte volatilité internationale continue d'alimenter le débat public sur la structure des prix et sur la capacité réelle du marché libéralisé à jouer pleinement son rôle de régulateur. Au-delà des chiffres, ce rapport confirme que le marché marocain des carburants reste un espace sous haute surveillance institutionnelle. La publication régulière de ces reportings s'inscrit dans une logique de transparence, mais aussi de prévention, après les sanctions historiques infligées dans le passé pour pratiques anticoncurrentielles.