Le rêve s'est brisé dimanche soir. Ce 18 janvier, au terme d'une finale âpre et électrique, le Maroc a vu lui échapper un trophée espéré depuis un demi-siècle. Défaits 1-0 par le Sénégal lors d'une CAN organisée sur leurs terres, les Lions de l'Atlas ont quitté la pelouse le regard digne, mais le cœur lourd. Plus qu'un score, cette défaite agit comme un puissant révélateur, tant sportif que symbolique. Cette édition devait être celle de la consécration. Cinquante ans d'attente, une ferveur populaire inédite et une génération dorée laissaient présager un sacre historique. Mais la finale, noyée dans un climat de tension extrême, a fait vaciller l'ambition nationale. Le tournant du match restera sans doute la réaction virulente de la sélection sénégalaise suite au penalty accordé au Maroc. Ces menaces de quitter le terrain, inédites à ce niveau, ont haché le jeu et installé une lourde pression psychologique. Dans ce chaos, les Marocains, jusque-là impériaux, ont perdu le fil d'une rencontre où chaque détail pesait une tonne. Pour autant, résumer cet échec à un fait de jeu serait malhonnête. Le Sénégal a déployé un pragmatisme implacable. Côté marocain, malgré une générosité indéniable, la copie tactique interroge. Walid Regragui, artisan des gloires passées, a semblé subir la lecture du jeu adverse. Ajustements tardifs et gestion hésitante du tempo ont coûté cher. Les joueurs, eux, n'ont pas triché, fidèles jusqu'au bout à leurs valeurs de solidarité. Mais cette CAN ne saurait se réduire à une finale perdue. Elle restera l'une des plus abouties de l'histoire. Accueil, sécurité, infrastructures de classe mondiale : le Maroc a offert à l'Afrique une vitrine d'excellence. Les chiffres — affluences records et retentissement médiatique — en attestent. Pourtant, les critiques n'ont cessé de pleuvoir. Taxé tour à tour d'hégémonie ou d'excès de confiance par certaines voix continentales, le Maroc a fait face aux jalousies qu'engendre inévitablement la réussite. Face à ces attaques, le Royaume a opposé le calme et la maturité, refusant la surenchère. À l'aube de la Coupe du monde 2030 coorganisée avec l'Espagne et le Portugal, la leçon est limpide : consolider les acquis et avancer sans se laisser distraire. Le sport n'est qu'un levier. L'ambition marocaine dépasse désormais le football pour toucher à l'éducation, la santé et la formation. La fin d'un rêve sportif n'efface pas une vision nationale ; elle en redéfinit simplement l'urgence.