La finale de la Coupe d'Afrique des nations 2025, disputée entre le Maroc et le Sénégal, a laissé derrière elle bien plus qu'un débat sportif. Les réactions suscitées par les dernières minutes de la rencontre, marquées par des tensions sur le terrain et des décisions arbitrales contestées, ont rapidement dépassé le cadre du football pour interroger le rapport du public marocain à l'événement, ainsi que les enjeux politiques et symboliques qui l'entourent. A peine quelques jours après la rencontre, un communiqué du Cabinet royal est venu rappeler les limites à ne pas franchir. Loin d'un message de circonstance, le texte s'inscrit dans une volonté de contenir les effets d'un moment de crispation collective, apparu après un mois de compétition durant lequel le Maroc a largement été salué pour la qualité de l'organisation et pour l'image renvoyée à l'international. Le communiqué évoque des « fâcheux incidents» et des « agissements déplorables », en référence à des scènes survenues à la fin du match, lorsque la pelouse s'est transformée en espace de pressions et de menaces de retrait. La victoire du Sénégal, acquise dans ce climat tendu, a alimenté un sentiment de frustration largement relayé sur les réseaux sociaux. Cette colère, si elle s'explique sur le plan émotionnel et sportif, a rapidement donné lieu à des prises de parole plus problématiques. Des discours de stigmatisation et de rejet ont émergé en ligne, ravivant des réflexes identitaires et mettant à l'épreuve un capital historique de relations entre le Maroc et son environnement africain. C'est dans ce contexte que le message royal prend toute sa portée. En appelant à la retenue et au discernement, le communiqué opère une distinction claire entre un épisode sportif, aussi chargé soit-il, et les fondements durables des relations du Royaume avec le continent africain. « Une fois la passion retombée, la fraternité interafricaine reprendra naturellement le dessus, car cette réussite marocaine est aussi une réussite africaine », souligne le texte. L'allusion explicite à des « manœuvres hostiles » et à des « tentatives de porter atteinte à la crédibilité » du Maroc inscrit l'épisode dans une lecture plus large. Elle suggère que les tensions nées de la finale peuvent être exploitées par des acteurs extérieurs cherchant à fragiliser la position du Royaume sur le continent, là où les pressions diplomatiques et économiques n'ont pas toujours produit les effets escomptés. Dans cette perspective, l'appel à la maturité du corps social marocain apparaît central. En affirmant que « le peuple marocain sait faire la part des choses et ne se laissera pas entraîner par la rancœur et la discorde », le communiqué affirme une confiance dans la capacité de la société à distinguer entre la rivalité sportive et les choix stratégiques de long terme. Le texte rappelle également, en creux, que le Maroc ne se résume pas au résultat d'une finale. Le pays a démontré, à travers l'organisation de la CAN 2025, sa capacité à accueillir des événements d'envergure internationale. Sur le plan sportif, la sélection nationale, classée huitième mondiale, est le fruit d'une politique volontariste et de l'apport des compétences issues de la diaspora. La défaite face au Sénégal s'inscrit ainsi dans une séquence plus large, où l'enjeu principal n'est pas le palmarès, mais la gestion des émotions collectives et la préservation des orientations stratégiques du Royaume. Le communiqué royal invite, en filigrane, à considérer que la véritable victoire se mesure à la capacité d'un pays à maintenir le cap, y compris dans les moments de tension.