Des agriculteurs européens, en particuliers en France et en Espagne, se sont mobilisés cette semaine pour dénoncer les accords commerciaux entre l'Union européenne (UE) et le Maroc, spécifiquement concernant la tomate. La bataille des producteurs de tomates continue malgré l'adoption des accords commerciaux depuis de nombreuses années et leur renouvellement par les décideurs européens. Le groupe de contact de la filière tomate représente les principaux producteurs d'Europe, à savoir la France, l'Italie, le Portugal et l'Espagne. Il s'est réuni à la mi-février à Torres Vedras, et a abordé exclusivement l'accord commercial entre l'Union européenne et le Maroc « Les représentants des quatre pays se sont accordés sur la nécessité d'évoluer vers un véritable marché unique où les conditions de concurrence seraient égales pour tous les opérateurs », a indiqué Valencia Fruit. Les producteurs espagnols sont les plus virulents et cherchent plusieurs justifications à leur mouvement, seulement en réalité, c'est le fait d'avoir perdu le statut de principal fournisseur de tomates à l'Union européenne qui dérange. Pour cela, ils avancent plusieurs arguments tels que les normes phytosanitaires, sociales, environnementales et de travail, strictes, imposées par la réglementation européenne, alors que les tomates marocaines passent des contrôles stricts aux frontières et si elles ne respectaient pas les normes phytosanitaires européennes, elles n'entreraient pas sur le territoire. Par ailleurs, les agriculteurs espagnols ne se plaignent pas des normes sociales et de travail concernant d'autres pays concurrents, et apprécient lorsque le Maroc envoie chaque année de la main d'œuvre pour soutenir la production agricole espagnole. Le Maroc aurait pu également évoquer cet argument de concurrence déloyale. Ces derniers redoutent la concurrence des tomates marocaines, et ne visent que celles-ci, bien que l'Union européenne s'approvisionne dans différents marchés mondiaux pour couvrir ses besoins alimentaires. Mais ces agriculteurs qui ne voient pas que la production de leur filière n'est pas suffisante pour répondre à la demande grandissante de consommation dans les 27 Etats de l'UE, continuent de militer pour dominer le marché et imposer leurs prix. Ils dénoncent ainsi la concurrence qu'ils jugent « déloyale » des produits marocains refusant le principe de liberté de fixation des prix, et le principe d'économie ouverte où le consommateur bénéficie généralement de prix plus bas. Pour autant, les tomates marocaines arrivent principalement en hiver, quant la production européenne est plus limitée. Elles ne remplacent pas totalement la production européenne mais comblent un déficit saisonnier dû à des conditions climatiques défavorables en Europe. En effet, les producteurs de tomates européens cultivent sous serre durant des hivers rudes, augmentant ainsi leur facture énergétique. Les serres tournent à plein régime malgré que la saison ne s'y prête pas, d'où leurs prix élevés. Le Maroc qui bénéficie d'un avantage climatique et géographique, faisant baisser la coût de production et de transport, ne devrait pas pâtir des choix des agriculteurs européens, et ceux-ci devraient plutôt négocier des coûts d'énergie préférentiels pour leur secteur pour rester concurrentiels. En outre, les agriculteurs européens se positionnent contre les intérêts vitaux de l'Europe puisque la souveraineté alimentaire est un aspect central de la pérennité des sociétés. A ce titre, l'Union européenne a été la partie qui a le plus milité pour reconduire les accords commerciaux avec le Maroc et les maintenir après leur expiration. Viser les exportations marocaines est un non-sens quand la base d'un accord de libre-échange est de pouvoir importer et exporter. L'Union européenne exporte massivement des produits industriels, des céréales et autres produits transformés au Maroc et les tomates marocaines sont exportées selon des quotas déterminés et bien encadrés. Voyant leur cheval de bataille s'essouffler face à de faibles justifications, les agriculteurs espagnols se sont tournés vers un autre registre. Ils ont évoqué les produits agricoles cultivés au Sahara, exprimant leur rejet par le fait qu'ils bénéficient des avantages commerciaux accordés au Maroc et de l'étiquetage. En réalité, leur préoccupation n'est pas de défendre un territoire ou des normes, mais ce qui les inquiète c'est le développement de l'agriculture dans les provinces du sud marocain, déjà devenu un fief de la production de la tomate cerise. Les Espagnols ont avancé que les prévisions affichent une augmentation des surfaces cultivées d'environ 1.000 % d'ici 2030, pour atteindre approximativement 13.000 hectares, dont près de 85% de la production serait destinée au marché européen, selon Valencia fruits. La question de l'origine de ces produits a été réglée, notamment à travers la dernière position exprimée par l'Union européenne ainsi que plusieurs pays membres des 27 concernant le Sahara. Dans une déclaration commune lors de la 15e session du Conseil d'association entre le Maroc et l'Union européenne, les 27 ont en effet affirmé que « la véritable autonomie peut représenter l'une des solutions les plus applicables » pour le règlement définitif du conflit régional autour du Sahara. Cette position a été réitérée par la représentation de l'Union européenne à Rabat qui a présenté ses priorités pour 2026 le 17 février. L'ambassadeur de l'UE au Maroc, Dimiter Tzantchev a indiqué que la position européenne et son engagement vise à assurer la continuité de l'application des accords conclus avec le Maroc dans le respect du cadre juridique européen, et de veiller à ce que les retombées des activités économiques profitent effectivement aux populations locales du Sahara.