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PATRIMOINE DU MAROC : Quartier Bousbir : un certain regard
Publié dans La Gazette du Maroc le 31 - 07 - 2007

Quartier réservé de Casablanca, lieu de rencontres et de plaisir, mythique place dédiée aux lupanars et leur joie de vivre, Bousbir était aussi un quartier unique en son genre tant sur le plan humain qu'architectural. Retour sur un monument de la mémoire collective des Marocains. 2ème partie.
Dans un travail documenté sur la prostitution au temps de la colonisation au Maroc, Christelle Taraud met en exergue plusieurs particularités de ce quartier haut en couleurs de l'histoire du Maroc. Au-delà de la recherche scientifique dont l'auteur fait preuve, nous sommes là face à une thèse dont l'un des soucis est de restituer une époque. L'auteur se pose la question sur l'existence de la prostitution au Maroc avant la règlementation qui a suivi l'avènement de la colonisation du pays. Prostitution avant la colonisation? Bien sûr que cela existait, mais sous des aspects que l'on peut aujourd'hui qualifier de moyenâgeux.
Blanches, noires et shikhates
Ce marché du sexe n'était pas organisé et obéissait à certaines formes, comme l'esclavage qui touchait des filles en provenance d'Europe de l'Est, où l'on distinguait à l'époque deux catégories : les odalisques, nom donné à toutes les femmes blanches et celles d'Afrique Noire, que l'on appelait les femmes noires. «La colonisation met fin au marché de l'esclavage et entraîne une prostitution de masse. Les esclaves vont basculer dans la prostitution classique». L'autre versant de la prostitution passait par les courtisanes que l'on nommait «les almates», c'est-à-dire les lettrées, du mot «ilm» signifiant savoir. Il s'agit là d'une catégorie de femmes qui ont une certaine «culture religieuse, philosophique et qui parlent des langues étrangères et sont donc réservées à l'élite». Il y avait aussi dans le même état d'esprit, les danseuses dites shikhates, qui avaient aussi une place de choix dans ce type de prostitution. «Ces femmes sont dites libres : elles ont une relative autonomie. Elles ont été mariées puis répudiées ou elles sont veuves ou divorcées : elles sont donc à la recherche d'un mari par investigations poussées pendant dix ou quinze ans : c'est autorisé. Certaines artistes entretiennent leur mari ou compagnon.», lit-on dans une analyse du livre de Christelle Taraud qui souligne que la prostitution était intégrée dans les mœurs de l'époque sans rejet ni préjugés sociaux. «La prostitution a lieu au domicile, la nuit, et est donc invisible. Ces femmes suivent des règles pour vivre avec les autres catégories dans la médina. Il n'y a pas de stigmatisation sociale violente : elles mènent une vie sociale assez normale et participent à la vie de la communauté». Et cette tolérance était à la base de la mise en place d'un quartier qui sera par la suite l'un des plus surveillés et suivis dans l'univers des lupanars dans le monde. La réputation des lieux dépassait celles des maisons closes d'Europe ou d'Asie.
Les enseignements d'Alger
Ce qu'il faut savoir, c'est que le quartier réservé de Casablanca suivait de très près l'exemple de ce que les colons français ont installé à Alger déjà en 1830, avec la prise de la ville. Quand les Français occupent Alger en juillet 1830, la mise en place d'un bordel était une question importante (comme dans toutes les campagnes militaires, d'ailleurs, où la prostitution comme l'argent est le nerf de la guerre). Mais les Français ont peur de la contamination, notamment, vénérienne. Il faut souligner ici qu'à l'époque, les statistiques de la syphilis étaient effrayantes. L'état-major prend acte de cet état des faits et, une semaine après la conquête d'Alger, il instaure la règlementation de la prostitution. L'histoire nous apprend que cela sera le cas en France, mais trente ans plus tard. Alger avait servi de modèle même pour les territoires en Asie du Sud-Est. Ces femmes étaient connues sous le nom de «filles soumises», dans le sens où elles sont assujetties aux règles et règlementations édictées par les colons. «Certaines pratiquent la prostitution de façon isolée, dans leur domicile privé ou en location : ce sont les filles en carte, pour pouvoir bouger. Les autres sont pourvues d'un numéro: ce sont celles qui sont dans des maisons de tolérance et qui figurent sur le registre de la tenancière. Le numéro est communiqué au médecin et à la police des mœurs». Le même schéma sera reproduit un siècle plus tard au Maroc, entre les années 20 et 30. Mais l'expérience marocaine a ses spécificités. D'abord le quartier de Bousbir devient cosmopolite, puisque des femmes de différentes nationalités et de confessions religieuses, y ont officié. Ensuite, les mesures de sécurité et d'hygiène ont été des plus draconiennes et ce, pour plusieurs raisons. Non seulement politiques, puisqu'il fallait à tout prix préserver la santé des soldats, mais aussi culturelles, parce que les femmes qui ont fait les beaux jours de Bousbir avaient un sens inné de la propreté et de l'image à donner. Toutes ces spécificités feront l'objet du prochain article où l'on va traiter de la vie des femmes dans le quartier.
Christelle Taraud, Urbanisme, hygiénisme et prostitution à Casablanca dans les années 1920 French Colonial History - Volume 7, 2006.
Christelle Tarraud est l'auteur d'une thèse (la prostitution coloniale en Algérie, en Tunisie et au Maroc de 1830 à 1962 ). Elle est également auteur d'un ouvrage de photos, Mauresques, chez Albin Michel, elle est professeur à l'Université de Columbia à New-York.


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