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« Les menaces de Ben Laden rendent service à Bush face à ses détracteurs »
Publié dans La Gazette du Maroc le 23 - 01 - 2006


entretien avec L'islamologue Antoine Basbous
Suite au message du numéro un d'Al-Qaida Ossama Ben Laden
diffusé sur la chaîne Al Jazeera, le directeur de l'Observatoire des pays arabes à Paris Antoine Basbous nous a accordé cette interview, dans laquelle il analyse les dimensions du message de Ben Laden et ses menaces adressées aux Etats-Unis ainsi que son offre de trêve qui a été rejetée par la Maison-Blanche.
La Gazette Du Maroc : Quelle lecture faites-vousdes récentes déclarations de Ben Laden ?
Antoine Basbous : Le premier constat est que Ben Laden était toujours vivant à la fin de 2005. Le deuxième est une interrogation : pourquoi il n'y a pas d'image pour un homme qui aime tant la télévision et qui sait s'en servir ? Troisième constat, je trouve que sa voix est un peu pâle ; ce qui laisse penser qu'il est peut-être malade, en convalescence ou déprimé. Je me pose aussi la question suivante : après 13 mois de silence, on s'attendait à voir Ben Laden à l'écran, mais, à notre grande surprise, il n'apparaît point. Cela peut signifier qu'il a quelque chose à cacher. Le message étant le même, la conjoncture actuelle ne lui imposait pas de reparler avec cette voix faible.
L'absence d'image amène plusieurs hypothèses. J'aurai imaginé que Ben Laden allait réapparaître au lendemain d'une grande opération. Or, il est réapparu, sans image, avec un message répété et une voix pâle.
Ensuite, il propose une trêve au peuple américain ; ce qui signifie qu'il veut représenter la sphère arabo-musulmane et qu'il veut devenir l'interlocuteur de cette sphère avec Washington, et donc remplacer tous les chefs d'Etat aujourd'hui sur la scène. Je note aussi que ces menaces rendent service à Bush face à ses détracteurs qui doivent constater que la menace n'a pas disparu. Avec une menace extérieure, l'opinion publique devient plus tolérante à l'égard des contre-performances de ses dirigeants. Sur le fond, l'aventure américaine en Irak se porte mal. Des pays comme la Syrie et l'Iran encerclent quelque part les Américains en Irak, et Zarkaoui, l'homme de Ben Laden en Irak, torpille l'entreprise américaine dans la région ; ce qui engendre une situation défavorable à la stratégie américaine.
Seriez-vous d'accord qu'Ossama Ben Laden se cacherait quelque part dans la région frontalière entre le Pakistan et l'Afghanistan ?
On peut le supposer, mais on n'a pas d'infomations sérieuses à ce sujet, bien que cette hypothèse reste du domaine du possible.
Pensez-vous qu'il serait soutenu par certaines tribus indigènes ?
Oui, il lui faut le soutien d'une tribu et de gens fidèles pour ne pas céder à la tentation des 25 millions de dollars mis sur sa tête.
Pensez-vous que cette réapparition soudaine après un long silence survient suite aux rumeurs faisant état du décès du numéro deux d'Al-Qaida ?
Non, je pense que le laps de temps qu'il faut pour enregistrer une cassette puis l'envoyer à une chaîne de télévision dépasse une semaine, sachant qu'entre le bombardement américain dont vous parlez à la frontière afghano-pakistanaise et la diffusion de la cassette audio de Ben Laden il n'y a eu que six jours. En fait, cette cassette a sans doute été fabriquée en décembre 2005 et ne fait pas état de ce bombardement auquel Adhawahri semble avoir échappé et qui aurait causé la mort de quatre cadres d'Al-Qaida dont le gendre d'Adhawahri qui est un Marocain.
Traqué comme il est, pensez-vous que Ben Laden a toujours les moyens de concrétiser ces menaces et que ses propos sont un prélude à de réelles attaques contre les intérêts américains et occidentaux de par le monde ?
D'abord, il y a lieu de préciser qu'à ce jour, les trois quarts des cadres supérieurs d'Al-Qaida sont soit tués soit emprisonnés.
En revanche, il y a eu extension et consolidation de l'idéologie fondatrice d'Al-Qaida à travers le monde. Aussi, comme nous l'avons vu à Londres en juillet dernier, il est fort possible qu'il y ait des initiatives indépendantes des partisans de Ben Laden. Cela n'empêche pas qu'un autre projet de longue haleine, comme celui de septembre 2001, soit en phase de préparation parce que la concrétisation de ce genre de projets demande beaucoup de temps. En plus, aujourd'hui, Al-Qaida est très surveillée et il est difficile de se mouvoir aussi librement qu'avant le 11 septembre. Donc, il peut y avoir deux fers au feu : l'un qui serait commandité et en préparation par des proches de Ben Laden et l'autre serait une incitation aux partisans de Ben Laden d'agir.
Etes-vous d'avis que ces menaces sont plutôt un signe aux cellules dormantes d'Al-Qaida d'actionner un nouveau processus d'attaques sanglantes ?
Oui, c'est ce que je vous disais. En fait, Ben Laden n'a plus besoin de perpétrer des attentats. Il lui suffit de donner des directives pour que toutes les personnes qui sont embrigadées dans une formation quelconque sous le drapeau du « Takfir » exécutent ses directives. Aujourd'hui ses partisans sont nombreux sans qu'ils soient forcément tous embrigadés dans des cellules dormantes ou actives d'Al-Qaida.
Quelle est votre vision concernant la stratégie d'Al-Qaida dans le monde arabe pour les années à venir ?
Al-Qaida veut abattre les régimes arabes pro-occidentaux et les remplacer par des régimes qui seraient à la solde de Ben Laden. A vrai dire, Al-Qaida veut prendre le pouvoir dans le monde arabe à commencer par l'Arabie Saoudite.
Quel est votre avis sur la relation qui existe entre Ossama Ben Laden et Zarkaoui ?
C'est une relation qui doit être difficile parce que Zerkaoui est devenu presque aussi important que Ben Laden. Tous les jours, il organise des attentats ravageurs, formule des revendications, réalise des cassettes, fait des discours… C'est donc le front réellement actif d'Al-Qaida.
Zarkaoui est devenu très présent et très populaire dans les milieux jihadistes et takfiristes, et peut être aussi qu'il va faire de l'ombre à Ben Laden. Sur le plan doctrinal, il doit y avoir des divergences parce que Ben Laden est plus politique que Zarkaoui. Ben Laden sait quand il faut tenir compte des chiites et quand il peut les frapper, alors que pour Zarkaoui le combat contre les chiites semble être plus prioritaire que le combat contre les Américains, et là, il peut y avoir des divergences dans le choix du meilleur moment pour frapper les «hérétiques» chiites.
Est-ce une divergence idéologique ou tactique ?
Non, l'idéologie est certainement la même. Simplement, Ben Laden, en tant que stratège et fin politicien, il entend reporter la guerre contre les chiites alors que Zarkaoui la pratique tous les jours.
Certains experts avancent que, lors de son établissement au Soudan, Ossama Ben Laden s'est délaissé de l'action armée pour créer un nouvel empire financier islamique; une sorte de base arrière de tous les islamistes radicaux du monde. Suite à l'effondrement de l'URSS, la CIA avait besoin de «créer» pour avoir une raison d'exister aux yeux de l'opinion publique. Que pensez-vous de la thèse selon laquelle Ossama Ben Laden est une pure création américaine, référence faite à la guerre en Afghanistan lors de l'invasion russe à ce pays ?
Non, vos propos nous ramènent à la théorie du complot qui est très courante dans le monde arabe. La doctrine de Ben Laden est issue d'un radicalisme extrémiste, qui a vu le jour au milieu du XVIIIème siècle et n'a pas attendu l'arrivée de Ben Laden et ne va pas se défaire avec sa disparition.
Est-ce que la disparition de Ben Laden peut-elle mettre fin au terrorisme dans le monde ?
Non, ce phénomène connaît une décentralisation et survivra à la disparition des dirigeants actuels. Evidemment, cela prendra d'autres formes.
On verra si la succession se fera au profit d'un homme aussi charismatique que Ben Laden et s'il aurait la même légitimité pour éviter toute dispute autour de son héritage qui engendrerait la division ou l'effondrement. Mais, cette doctrine n'a pas été créée par Ben Laden. Seulement voilà, il a été le premier à l'avoir mise en application.


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