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Vierge ? mais quelle virginité ?
Publié dans La Vie éco le 13 - 07 - 2012

En 2010, l'à¢ge moyen du premier mariage était de 31.4 ans chez les hommes, de 26.6 ans chez les femmes. Quelle est la proportion de ceux qui arrivent à leur mariage bmikthoum, comme on dit chez nous ? Peu, très peu
Le tollé provoqué par la question des relations sexuelles hors mariage illustre bien les convulsions qui agitent le Maroc d'aujourd'hui : une société qui ne s'assume pas (Voir dossier sur la liberté sexuelle). Une société où, tout comme pour la consommation des boissons alcoolisées, les relations sexuelles hors mariage relèvent d'une pratique courante, connue mais non reconnue, tolérée mais non légalisée. Un état de fait qui surgit naturellement dans toutes les sociétés où l'âge du mariage recule de plus en plus. Que disent les chiffres officiels ? En 2010, l'âge moyen du premier mariage était de 31,4 ans chez les hommes, de 26,6 ans chez les femmes. Posons la question crûment ? Parmi nos concitoyens, quelle est la proportion de ceux qui arrivent à leur mariage bmikthoum (dans leur emballage originel) comme on dit chez nous ? Peu, très peu. Car le débat est biaisé : «relations sexuelles hors mariage» renvoie, de manière quasi automatique, le Marocain à la virginité de la femme alors qu'un simple attouchement volontaire, un baiser, procèdent déjà d'un péché, aux yeux de l'islam. Alors de quoi parlons-nous ? Combien n'ont jamais péché ? Aurait-on eu la même expression de haine, si notre confrère Mokhtar Laghzioui avait parlé de lui-même au lieu de sa «sœur» ? Bien évidemment non, la permissivité au Maroc est à géométrie variable selon que l'on soit homme ou femme. A cet effet, je soutiens, à titre personnel, mon confrère, tout comme je salue l'initiative de l'AMDH qui a posé sur la place publique un problème de déphasage entre les lois qui régissent la société et la réalité que l'on connaît tous.
Mais le plus inquiétant est cette haine, cette radicalité qui sourd au sein de nous, d'un côté comme de l'autre. Il y a quelques semaines, un homme a publiquement agressé une femme qui portait un débardeur. Il y a quelques jours, un imam a appelé à tuer un journaliste qui exprimait un avis sur la liberté sexuelle. Mercredi dernier, un groupe d'hurluberlus a eu la stupide (et le mot est faible) idée de lancer un appel à ne pas jeûner le Ramadan, dans un pays où la non-observation du jeûne est considérée comme plus grave que le fait de ne pas prier. Des étincelles qui effleurent cette poudrière où déjà les idées rampantes de conservatisme s'entrechoquent fortement avec la volonté de garder cette liberté, cette tolérance qui a toujours existé chez nous, sans que nous en soyons moins musulmans.
Le risque de dérive est réel et le gouvernement doit prendre ses responsabilités : nul, autre que la loi, ne peut juger quelqu'un pour ses paroles, ses actes ou son apparence. Tout autant que de religion, il s'agit, là, de droits de l'homme. Libre à lui de pécher, Dieu et la loi se chargeront de le sanctionner.


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