La destination Agadir Souss Massa enregistre une croissance record en 2025, portée par l'aérien et les marchés national, anglais et français. Avec un taux d'occupation qui frôle désormais les 67 %, la destination risque d'atteindre la saturation sans augmentation rapide de la capacité. Connectivité, offre d'hébergement, diversification des marchés émetteurs, restent encore à renforcer. Suivez-nous sur WhatsApp Suivez-nous sur Telegram La destination Agadir Souss Massa évolue dans une conjoncture particulièrement favorable. Portée par un aérien en expansion et par le dynamisme des marchés anglais, national et français, la région enregistre des performances inédites. Mais derrière ces résultats se profile un enjeu stratégique crucial : l'offre d'hébergement ne suit plus la demande. Avec un taux d'occupation moyen qui atteint désormais 66,69 % sur les dix premiers mois de 2025, contre 56,27 % en 2019, la station balnéaire se rapproche du seuil critique de 70 %, celui qui annonce la saturation. Pour le CRT Agadir Souss Massa, le message est limpide : il devient impératif d'augmenter la capacité litière et d'élargir encore la connectivité aérienne pour éviter un frein à la croissance. C'est un des constats du Conseil d'Administration du Conseil régional du tourisme d'Agadir Souss Massa tenu ce mercredi 26 novembre au siège de la Wilaya Souss Massa. Les indicateurs confirment en effet que la destination figure parmi les plus performantes du Royaume. Les arrivées dans les établissements touristiques classés progressent de 8,94 % par rapport à 2024 et de 26 % comparé à 2019, année de référence avant la crise. Les nuitées suivent la même dynamique, avec une hausse de 7,78 % sur un an et de 16,71 % par rapport à 2019. Trois marchés portent cette croissance : le marché national, qui représente 30,69 % des arrivées, le marché britannique, désormais deuxième avec 23,27 %, et le marché français, qui pèse 18,87 %. En nuitées, les visiteurs anglais dominent largement, avec plus de 31 % des séjours enregistrés, preuve de leur fidélité et de leur appétence pour la destination. Cette progression s'explique en grande partie par le renforcement des liaisons aériennes. De nouvelles fréquences ont été ouvertes depuis Londres, Manchester, Birmingham, Paris, notamment. Le marché azerbaïdjanais s'est ajouté à cette dynamique après la suppression du visa, et les fam trips organisés par le CRT ont permis de positionner Agadir sur des marchés nord-européens à fort potentiel. Mais comme le rappelle le président du CRT, Salah Eddine Benhammane, l'aérien reste le facteur déterminant de la compétitivité régionale. Pour poursuivre la croissance, il sera indispensable d'accroître la programmation, de diversifier les marchés émetteurs et de travailler, avec l'ONMT, sur les segments encore sous-exploités. Le diagnostic partagé par les institutions locales révèle toutefois une limite structurelle : la capacité hôtelière n'a progressé que de 4 à 5 % entre 2019 et 2025, alors même que la demande s'accélère. Le marché Airbnb capte une part grandissante de la clientèle nationale, tandis que plusieurs établissements classés restent vétustes et doivent impérativement se mettre à niveau. La Wilaya, la Commune d'Agadir et la Chambre de Commerce convergent sur le même constat: sans extension rapide de l'offre, la destination risque de connaître un véritable goulot d'étranglement, particulièrement à l'approche de la CAN 2025 et de la Coupe du Monde 2030. Les besoins en foncier touristique, en infrastructures de loisirs et plus de connectivité aérienne domestique sont plus pressants que jamais. L'écosystème, lui, se modernise. L'attractivité et le renouveau qu'offre Taghazout Bay à la destination est un des facteurs d'évolution. Le transport touristique pour sa part est passé de 90 sociétés en 2019 à 150 en 2025, une progression significative. La communication a franchi un cap, grâce notamment aux tournages de clips internationaux cumulant plus de 70 millions de vues, à la diffusion d'émissions grand public et à une présence renforcée sur les réseaux sociaux. Les animations locales, comme la gestion estivale du Parc Tilila ou les événements AZUL sur la Corniche, ont contribué à enrichir l'expérience visiteur et à renforcer l'attractivité urbaine. Sur le volet international, la participation à FITUR, ITB Berlin ou Top Resa a consolidé l'image d'Agadir comme destination montante sur le marché européen, tout en ouvrant la voie à de nouveaux partenariats aériens. L'année 2025 aura ainsi permis d'installer Agadir Souss Massa dans une trajectoire de croissance robuste. Mais cette avancée met en lumière un impératif majeur : la destination doit désormais passer à l'échelle supérieure. L'intégration de nouveaux lits, la réhabilitation des hôtels vieillissants, la diversification des marchés émetteurs, l'amélioration de la fluidité à Casablanca pour les voyageurs en transit ou encore l'activation du projet de la voie de contournement Agadir–Taghazout figurent parmi les chantiers prioritaires. Sans ces accélérations, le risque est clair : voir la dynamique actuelle atteindre un plafond. Agadir dispose d'un capital d'image fort, d'une attractivité confirmée et d'une croissance tangible. L'enjeu n'est plus seulement de poursuivre cette montée en puissance, mais d'éviter qu'elle ne soit limitée par des capacités insuffisantes. À l'heure où la région s'impose comme locomotive du tourisme national, la question n'est plus de savoir si Agadir peut séduire davantage, mais si elle pourra accueillir plus.