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De l'antisémitisme en général et de la chasse aux sorcières en particulier
Par Mouna Hachim
Publié dans L'Economiste le 23 - 11 - 2010

Que l'on soit une personnalité publique ou un citoyen lambda, il devient téméraire sous certains cieux de s'attaquer à la politique israélienne, sans crainte d'encourir les foudres des commissaires de la bien-pensance, si prompts à agiter l'étiquette ignominieuse d'«antisémite», opérant des amalgames douteux, annihilant le débat et galvaudant le concept.
Commençons par la France, patrie historique des droits de l'Homme où certains procès désarçonnent par leur caractère abusif et antinomique avec les principes fondateurs sur la liberté d'expression.
Remontons chronologiquement les faits, sans prétendre à l'exhaustivité, depuis juillet 2008, avec le caricaturiste Siné, au sujet d'un article jugé «antisémite dans un journal qui ne l'est pas» par le journaliste Claude Askolovitch; et qui lui valut la suspension d'activité de Charlie Hebdo dirigé par Philippe Val, pourtant ardent défenseur des caricatures du Prophète représenté avec une bombe de terroriste dans le turban, au nom de la liberté d'expression.
En novembre 2009, c'est l'acteur François Cluzet qui subit les foudres du Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme, après avoir dénoncé sur France 2, le mur de silence qui entoure l'histoire du Franco-Palestinien, Salah Hamouri, emprisonné depuis 2005 dans les geôles israéliennes pour «délit d'opinion». Accusé de «désinformation caractérisée et d'incitation à la haine», il se voit rappeler le cas autrement plus médiatisé du Franco-Israélien Guilad Shalit, en stipulant que «cela ne semble en rien déranger la conscience de Mr Cluzet défenseur des droits de l'homme sauf peut-être de l'homme juif ou israélien».
Plus récemment, ce ne sont pas moins de quatre-vingt personnes qui ont été l'objet d'autant de plaintes déposées par le BNVCA pour «provocation publique à la discrimination» ayant participé à la campagne BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions) soutenant le boycott international des produits en provenance des Territoires palestiniens occupés. En fait partie, l'honorable Stéphane Hessel, membre du tribunal Russel sur les «crimes de guerre en Palestine» qui s'est engagé dans un article en faveur de ces initiatives non violentes et citoyennes. Il écrit à ce titre en juin 2010: «L'absence d'action significative de la part des gouvernements pour rendre Israël responsable devant le droit international laisse ouverte une voie pour les citoyens de conscience: celle de prendre eux-mêmes cette responsabilité, comme cela a été fait contre l'apartheid en Afrique du Sud».
Ni son passé de résistant arrêté par la Gestapo ou de déporté à Buchenwald n'a incité à la décence ceux qui vont en procès contre l'antisémitisme comme d'autres, jadis, à la chasse aux sorcières. Sur son mur Facebook -lequel sans être une publication du CNRS engage moralement son auteur- l'universitaire Pierre-André Taguieff a publié sur le mode de l'épigramme de Voltaire, cette phrase consternante, supprimée depuis sans être totalement désavouée: «Quand un serpent venimeux est doté de bonne conscience, comme le nommé Hessel, il est compréhensible qu'on ait envie de lui écraser la tête».
La condamnation du Mrap et de quelques personnes choquées par cette «fatwa lancée par le mollah Pierre-André Taguieff» selon les mots de la romancière et pianiste Catherine David (retirés après le droit de réponse du concerné) a valu à Taguieff une pétition de soutien arguant par un extraordinaire mécanisme d'inversion des rôles que «Le terrorisme intellectuel n'a pas disparu en France après la chute du système soviétique, il s'est adapté à l'esprit du temps…».
Bref, non satisfaits de blanchir les atrocités commises contre les populations civiles palestiniennes (belles et bien Sémites également!), de fermer les yeux sur la propagation belliqueuse de la colonisation, de criminaliser tout acte de résistance, ce sont les sympathisants de cette cause qui sont assimilés à des avocats du diable. De Noam Chomsky, en passant par Edgar Morin, Besancenot ou Daniel Mermet… combien sont-ils à avoir été soupçonnés de cette infamie qui n'a pas épargné dernièrement, Nicolas Bedos, pour avoir vilipendé sur le mode humoristique dans sa «Semaine mythomane» le film, Elle s'appelait Sarah et «la mémoire de la shoah afin de renflouer les caisses lacrymales du cinéma français», avant de conclure devant la mine atterrée de Finkielkraut: "Je fais un nouveau rêve: celui dans lequel je pourrais dégueuler sur Netanyahou et la politique menée par l'Etat d'Israël sans que personne, personne, ne me traite pour autant d'antisémite, ou d'antisémite refoulé, ou de demi-antisémite, ou de quart d'antisémite, ou d'antisémite inconscient".
Mais l'antisémitisme inconscient ne relève pas, hélas, du registre de l'humour noir. Après avoir été accolé à quelques personnalités, voici l'écrivain Umberto Eco suspecté d'antisémitisme involontaire en Italie après la parution de son dernier roman, Le cimetière de Prague dont l'intrigue porte sur l'invention des fameux faux-historiques appelés Protocoles des Sages de Sion.
L'auteur du Nom de la rose et du Pendule de Foucault se voit ainsi consacrer au mois d'octobre un gros dossier par le mensuel du judaïsme italien, lui reprochant de semer la confusion, tandis que le quotidien du Vatican, l'Osservatore romano, affirme que «Les continuelles descriptions de la perfidie des Juifs font naître un soupçon d'ambiguïté», dénoncée par ailleurs par le Rabin de Rome sur les colonnes de L'Espresso et par l'historienne Anna Foa dans le mensuel de la communauté juive italienne.
Autres cieux, autres affaires. Nous sommes aux Etats-Unis. Alors que le cinéaste franco-suisse Jean-Luc Godard s'apprête à recevoir le 13 novembre le “Honorary Award” saluant l'ensemble de son œuvre, la polémique éclate dans les grands médias s'interrogeant sur la légitimité d'honorer la carrière d'un réalisateur soupçonné d'antisémitisme. Il faut dire que le cinéaste traîne de longue date cette sulfureuse réputation depuis qu'il a superposé en 1974 dans son film «Ici et ailleurs», des images de la Premier ministre israélienne Golda Meir et d'Hitler. Dans son roman «Courts-circuits», édité en 2009, Alain Fleischer accuse quant à lui Godard qu'il filmait en 2006 d'avoir tenu en voix off des propos antisémites, écartés au montage.
Mais si le réalisateur est blanchi de cette accusation par les écrivains Jean-Luc Douin et Antoine de Baecque qui lui dédient chacun un ouvrage, et même de manière inattendue par BHL qui dénonce une opération de «basse police de la pensée», il n'en reste pas moins que Godard s'est vue poursuivre par le spectre outre-Atlantique.
Dans le même continent, précisément au Canada, ce sont les propos tenus devant la Coalition interparlementaire de lutte contre l'antisémitisme par le Premier ministre Harper où il réitère sa défense inconditionnelle de l'Etat d'Israël «quel qu'en soit le coût» qui donnent à réfléchir…
Plusieurs questions s'imposent en conclusion: cette défense inique d'un régime qui s'est placé au-dessus des lois, en violant toutes les règles du droit international et cet amalgame entretenu entre antisionisme et antisémitisme, ne sont-ils pas susceptibles d'alimenter une judéophobie qui confond à son tour Juifs et persécuteurs des Palestiniens?
Cet excès de victimisation et de communautarisation des juifs par des organismes se prétendant leur porte-parole dans leur globalité ne produit-il pas, par ricochet, la communautarisation des autres minorités, heurtées par ce qu'elles considèrent être un deux poids deux mesures? N'est-il pas temps d'englober aujourd'hui dans la lutte contre l'antisémitisme (né en Europe dans la seconde moitié du XIXe siècle) les autres frères sémites arabes et chrétiens notamment, en cessant d'opérer une indignation sélective? Enfin, comment s'ériger contre ce climat paranoïaque, en continuant à dénoncer la politique tyrannique et hégémonique d'Israël, sans avoir à nous auto-flageller en toutes circonstances pour des crimes incontestablement abominables commis à l'encontre des juifs, comme si nous les avions directement commis?


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