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Herbert Simon: Jamais vos décisions ne seront rationnelles
Publié dans L'Economiste le 05 - 06 - 1997

Le professeur américain(1) conseille un peu plus de modestie aux managers. Une décision ne peut être que partiel-lement conforme à son objectif, car il est impossible de tenir toutes les cartes en main avant de faire un choix.
C'est une décision rationnelle! Que de fois n'a-t-on pas entendu cette autosatisfaction de la bouche de dirigeants? Le Pr Herbert Alexander Simon, un des chefs de file du courant psycho-sociologique des sciences de l'organisation tempère cette ardeur de managers. Aucune décision, dit-il, ne peut prétendre à la rationalité. Il n'y a que décision satisfaisante. Selon lui, "la plupart des décisions humaines se rapportent à la découverte et à la sélection des choix satisfaisants; ce n'est que dans des cas exceptionnels qu'elles se rapportent à des choix optimaux".
Il est impossible, soutient-il, que le comportement d'un individu seul et isolé atteigne un haut niveau de rationalité. Le nombre d'alternatives qu'il doit explorer est si élevé, l'information dont il aurait besoin pour les évaluer est si vaste qu'il est difficile de concevoir même un rapprochement de la rationalité objective, poursuit-il. Moralité: la rationalité des décisions, c'est-à-dire leur adéquation aux buts, est forcément relative car elle est sujette aux limites objectives de tout être humain: les dons et les capacités de chacun, les valeurs et les buts personnels et les limites liées à la maîtrise personnelle d'une situation. Pour l'auteur, avant d'effectuer son choix, le décideur passe par trois étapes essentielles: la première est la découverte des occasions appelant une décision: c'est l'activité d'intelligence dans l'acception militaire du terme. La deuxième étape est la construction et l'analyse des événements entraînés par chaque action, alors que l'ultime étape consiste à sélectionner une action parmi plusieurs éventualités: c'est le choix définitif.
Si Herbert Simon est surtout connu à travers le concept du décideur à rationalité limitée, son originalité tient à son approche multidisciplinaire. Sa théorie exposée dans son célèbre ouvrage "Administrative behavior" est une analyse des implications-psychologiques, économiques et organisationnelles- dans le processus de prise de décision. Sa plus grande idée fut de battre en brèche l'homoeconomicus cher aux économistes. A l'homme rationnel de la théorie microéconomique, Simon oppose l'homme administratif. Le premier sélectionne la meilleure alternative parmi celles qui lui sont disponibles alors que son cousin, (l'homme administratif) lui, "satisfécie". Ce dernier cherche la solution satisfaisante ou celle "qui suffit bien". Le gourou de Chicago invente même un substantif, "satisfécieur" pour décrire l'homme administratif. Pour lui, l'homme n'est ni trop rationnel, ni trop affecté par l'environnement, comme le laissaient trop supposer les béhavioristes. Il cite au passage l'un d'entre eux: "les pièces de monnaie paraissent plus larges aux enfants pauvres qu'aux enfants riches". A son avis, "l'homme doit tout simplement être considéré comme ayant une conduite rationnelle mais limitée".
Le mérite de Simon- qui lui valut un Prix Nobel- tient également au fait d'avoir offert une alternative plausible aux deux hypothèses les plus contestées de la théorie néoclassique de la firme: son mode de décision, la maximisation remplacée par la "satisfexion", et l'information parfaite substituée par l'information parfois aléatoire. De ce fait, il a introduit la notion de hasard au sein d'un univers occupé par le déterminisme maximisateur des économistes. Il en conclut que "la tâche de l'administration est de construire l'environnement de l'acteur de façon à ce qu'il s'approche de la rationalité de ses décisions". Les économistes qui ont tendance à réduire les objectifs de l'entreprise à la maximisation de sa valeur pour les actionnaires mesurées en espérance de marge brute d'autofinancement actualisée sont tentés de considérer qu'une bonne organisation est justement celle qui se comporte comme l'homme rationnel.
L'oeuvre de Simon va bien au-delà de la théorie de décision. Il traite aussi de plusieurs phénomènes organisationnels. Il développe une analyse sur les conflits dans une organisation des comportements d'adhésion à l'organisation et à ses buts.
Herbert Simon
Né en 1916, le Pr Herbert Alexander Simon est titulaire d'un doctorat ès sciences politiques de l'Université de Chicago obtenu en 1943. De 1936 à 1942, il participa aux recherches dans un bureau d'administration publique de l'Université de Californie à Berkeley, portant sur l'efficacité de différentes méthodes d'administration locale. Après l'obtention de son doctorat, il enseigne les sciences politiques dans une université de l'Illinois jusqu'en 1949. Entre temps, il publie son ouvrage «Administrative behavior" (1945) qui eut un succès retentissant aux Etats-Unis.
La même année, il devint professeur à l'Université Canergie Mellon de Pittsburg, chargé de la chaire d'administration, puis d'administration et psychologie jusqu'en 1965, enfin de psychologie et de computer science. Outre ses activités d'enseignant, le Pr Simon a conseillé plusieurs organisations. Il a été également président du Conseil américain pour la recherche en science sociale et président du Département "Behavoir Science" du Conseil pour la Recherche Nationale entre 1968 et 1970.
De l'avis des experts, la contribution de Herbert Simon à la théorie de décision est sans commune mesure à ce jour. Il a essayé d'appliquer, non sans succès, la théorie psychologique du comportement à l'organisation et à l'activité économique en général. Ce qui lui vaudra au passage le Prix Nobel d'économie en 1978. Beaucoup de gens le considèrent par ailleurs comme "la bonne conscience des économistes" . Ce couronnement consacre la prééminence du gourou américain dans le domaine de la théorie de la décision. Le Pr Simon est l'un des chefs de file de l'école dite des systèmes sociaux. Les concepts qu'il a développés ont par la suite été utilisés comme point de départ par de nombreux chercheurs, notamment Richard Michael Cyert, James Garder March (avec qui il a écrit un livre) et Michel Crozier. Au contraire de ses prédécesseurs, le Pr Simon est surtout connu par la transversalité de son approche de la théorie de la décision.o
A. S.
Abashi SHAMAMBA
(1) H. A. Simon et J. G. March: Les Organisations, Bordas, Paris.


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