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La Chine menacée par un nouveau terrorisme ouïghour?
Par le colonel Jean-Louis DUFOUR
Publié dans L'Economiste le 04 - 06 - 2014

IL fut un temps, celui de l'URSS ou de la Chine de Mao, où le terrorisme dans les dictatures n'était guère rentable. Le contrôle absolu des médias et l'absence de réseaux sociaux nuisaient au retentissement des attentats. Or le terrorisme se nourrit des échos qu'il provoque. Sans publicité, faire sauter une bombe dans le métro de Moscou ou procéder à un attentat suicide sur la place Tiananmen présentait peu d'intérêt. Cette époque est révolue. Désormais, un peu partout dans le monde, quel que soit le régime des Etats visés, les terroristes s'en donnent à coeur joie.
C'est le cas en Chine! Si l'on en croit la presse du régime, la police, le 26 mai, a saisi 1,6 tonne d'explosif et arrêté cinq personnes soupçonnées de préparer des attentats contre la population de Hotan, une ville située au sud-ouest du Xinjiang.
Cette information est à rapprocher d'une série d'actions terroristes menées en Chine ces derniers mois. Les moyens employés sont plutôt simples, armes blanches, bombes artisanales, véhicules piégés explosant au milieu des gens... Toutefois, si la saisie d'explosif est avérée, il s'agirait d'un changement d'échelle. Des militants auraient en vue des attaques plus spectaculaires. Et qui interviendraient ailleurs qu'au Xinjiang. A se demander si la stabilité de la Chine n'est pas quelque peu menacée...
Une inquiétante série d'attentats
Les terroristes ouïghours sont actifs. Le 22 mai, à Urumqi (Xinjiang) deux automobiles piégées sont amenées sur un marché l'une d'elle explose, 30 personnes sont tuées. Le 30 avril, un attentat suicide est commis dans la gare de cette même ville d'Urumqi: 3 morts, une trentaine de blessés. L'attaque est revendiquée par le Parti islamiste du Turkestan (TIP), lequel a mis en ligne une vidéo où est montrée la fabrication de la bombe utilisée et où de futurs attentats sont annoncés. Le 1er mars, huit hommes armés de couteaux se répandent dans la gare de Kunming, au Yunnan, au sud-ouest de la Chine: 29 tués, 130 blessés. L'attaque n'est pas revendiquée, mais la police montre à la presse un drapeau du Turkestan oriental, peint à la main, ce qui impliquerait la participation de militants du Mouvement islamique du Turkestan oriental (ETIM), un groupe radical et séparatiste semblable au TIP. L'affaire est d'un type nouveau: elle a lieu très loin du Xinjiang, les assaillants ont employé des armes blanches et ils ont frappé à l'aveugle des civils ordinaires, non plus des membres des services de sécurité.
On ne sait toujours pas si la tuerie de Kunming a un rapport direct avec les attentats du Xinjiang, et pas non plus si un même groupe est à l'origine des deux attaques d'Urumqi. Pourtant, si ces quatre incidents ont pour auteur une formation unique, cela ne signifie pas la même chose que s'ils ont été provoqués par quatre cellules indépendantes, relevant ou non d'une structure centrale plus élaborée.
Pékin et le contrôle de ses zones tampons
Tout juste sait-on qu'il s'agit de Ouïghours dont le séparatisme a des racines profondes. Les sentiments nationalistes de cette population turcophone musulmane repose sur une appartenance historique au Turkestan, un pays qui inclut le Xinjiang d'aujourd'hui. Le Xinjiang, ou «nouveaux territoires» en langue mongole, a été conquis au XVIIe siècle sous la dynastie Qing puis annexé par la Chine après des décennies de résistance, jusqu'à devenir, sous Mao, partie intégrante de la République populaire de Chine. Depuis, les services chinois de sécurité s'emploient vigoureusement à contrôler toute manifestation de séparatisme. Pendant la guerre froide, Pékin s'inquiétait de voir les indépendantistes ouïgours, éventuellement soutenus par l'URSS ou par les Etats-Unis, constituer une menace à caractère stratégique pour la Chine des Hans.
Les persécutions à l'encontre des Ouïghours ressemblent à celles dont sont l'objet les nationalistes tibétains. Tous sont victimes d'une politique répressive en raison de leur religion et de leur culture. Tous, également, sont parfois amenés à s'exiler et à poursuivre la lutte en cherchant des appuis politiques, aux Etats-Unis et en Europe, ainsi qu'en Turquie et en Asie centrale.
Certains de ces militants ouïghours ont aussi émigré en Afghanistan et au Pakistan, où ils ont été accueillis, hébergés et entraînés militairement par les Talibans. Désormais, le militantisme ouïghour s'enorgueillit d'une histoire de collaboration avec ce qu'on appelle le mouvement djihadiste international. C'est ainsi qu'avec l'aide des Talibans et peut-être même de Ben Laden, le Ouighour Hassan Mahsoum a créé l'ETIM en 1997, avant d'être tué en 2003 lors d'une opération de l'armée pakistanaise contre un fief d'Al Qaïda dans le Waziristan méridional, au coeur des zones tribales du Pakistan. Ces militants ouïghours vont être tentés de demeurer en Afghanistan où leur sécurité devrait être mieux assurée au fur et à mesure du départ des militaires américains. On peut aussi se demander si les derniers attentats en Chine n'ont pas été commis par des émigrés ouïghours, rentrés du Pakistan où ils avaient été endoctrinés et formés à l'action armée clandestine. Tant qu'elles demeurent isolées, dispersées, limitées, les attaques des Ouïghours ne menacent pas vraiment l'intégrité du système chinois. Cela n'empêche pas les autorités de Pékin de veiller au grain. Au Pakistan, les militants ouïghours seraient, selon Islamabad, quelque 400. Leur dangerosité, nonobstant leur petit nombre, pourrait s'avérer significative si ces hommes sont entreprenants, capables et déterminés à se lancer dans une rébellion. Pourtant, acheminer au Xinjiang des armes, des explosifs, des hommes à partir du Pakistan n'est pas simple. Par ailleurs, la multiplication des attentats amènerait la police et les services chinois à user de représailles collectives, forcément injustes et donc génératrices, au sein d'une population brimée, d'une volonté de vengeance. Pour mieux protéger le pays et ses populations Hans des invasions étrangères, la Chine s'est toujours efforcée de contrôler des zones tampons à sa périphérie, Tibet Mongolie, Xinjiang... Mais que les habitants
de ces régions veuillent eux-mêmes s'émanciper par la violence de la lourde tutelle que la Chine leur impose, constitue une menace à la cohérence de l'empire du Milieu. Celui-ci, néanmoins, peut compter sur le patriotisme et la fierté de ses populations, conscientes des progrès accomplis par le pays et qui, sans doute, supporteraient mal de voir cette évolution compromise par des trublions. De plus, hors de chez eux, les Ouïghours sont aisément reconnaissables.
Difficile pour ces hommes aux traits typés de vivre au sein d'une population ethniquement différente et de s'y mouvoir comme des poissons dans l'eau. Pour l'heure, la Chine ne semble pas vraiment menacée. A charge pour ses autorités d'écouter les revendications des minorités ethniques plutôt que de mener une politique sécuritaire brutale, hors d'état, elle seule, de régler ce douloureux problème.
«Ouïghours. La fabrique d'un séparatisme»
«L'AFFIRMATION de l'identité ouïghoure ne se réduit pas à un conflit ethnique ou religieux contre les Hans. Plus complexes, leurs relations intègrent des considérations politiques, sociales et économiques.
Le 5 juillet 2009, les émeutes d'Urumqi au Xinjiang ont fait 184 morts, dont 137 Hans, 46 Ouïghours et 1 Hui. Les raisons de cette révolte demeurent obscures: manifestent-elles un danger islamiste ou un séparatisme ouïghour? Ce serait faire des Ouïghours une minorité musulmane en lutte contre les nationaux chinois. Une telle analyse a le mérite d'opposer deux camps clairement identifiés aux yeux des Occidentaux tout en permettant à Pékin de justifier sa main de fer sur la région mais elle est très éloignée de la réalité...
L'apparition d'une identité ouïghoure est récente. Celle-ci a pour ainsi dire été créée par le gouvernement chinois via la politique de «minorité nationale». Jusque dans les années 1950, l'appartenance ouïghoure renvoyait plus au clan qu'à l'ethnie. Aujourd'hui, nombre d'Ouïghours se sentent en effet dominés et colonisés, mais l'expression contemporaine de leur identité n'est pas basée sur la seule opposition aux Hans. Ils n'ont pas de réticence particulière à s'allier à eux quand il s'agit de prévaloir en matière politique, sociale ou économique, sur d'autres minorités, comme les Kazakhs par exemple.
En termes d'identité religieuse, les Ouïghours sont une population musulmane parmi d'autres dans le pays, telles que les Huis notamment, qui regroupent aussi bien des Chinois convertis à l'Islam que des populations musulmanes sinisées. L'Islam, surveillé et considéré comme suspect par Pékin, l'est au même titre que toutes les religions. Le politologue spécialiste de la Chine ne voit donc pas quels clivages idéologiques ou liturgiques pourraient opposer frontalement les Ouïghours aux Hans.
Pour le chercheur, les tensions entre les deux populations sont avant tout d'ordre sociopolitique. Le développement du grand ouest de la Chine, engagé il y a dix ans par le pouvoir central, s'est traduit par l'arrivée en masse de paysans et de petits employés de l'est du pays. Dans le même temps, Pékin a accompagné ce vaste programme de mesures de discrimination positive visant à former une élite ouïghoure, notamment dans l'administration. Mais par méfiance, le système autoritaire a doublé systématiquement les dirigeants autochtones de postes confiés à des apparatchiks hans. L'histoire coloniale, tout autant que celle de l'URSS ou de l'ex-Yougoslavie, montre combien un tel assemblage a pu alimenter des mouvements de libération nationale».
Benoît Richard, «Ouïghours. La fabrique d'un séparatisme», revue Sciences Humaines, 15 juin 2011


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