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L'INFO
Publié dans L'Economiste le 04 - 01 - 2017

L'huile sur toile de Jacques Majorelle baptisée «Danseuses marocaines à Télouet» a fait l'objet d'une âpre bataille entre collectionneurs. L'oeuvre a fini par être adjugée à 374.800 euros (Ph. Artcurial)
Bien sûr, rien ne fuite sur l'identité des acquéreurs. Les secrets toujours bien gardés des ventes aux enchères. Ce que nous savons de celle organisée à Paris en duplex avec Marrakech est dévoilé par le président délégué de la maison de vente parisienne, François Tajan. «L'engouement des collectionneurs marocains, moyen-orientaux et européens installés au Maroc valide la stratégie d'Artcurial d'avoir organisé un événement au palace Es Saadi et une vente en duplex entre Paris et Marrakech puisque 95% des lots ont été achetés depuis le Maroc».
Les grands classiques de l'orientalisme ont ainsi enregistré de très beaux résultats, qui «confortent la place d'Artcurial comme leader en Europe continentale dans cette spécialité depuis 6 ans», confie Olivier Berman, directeur du département orientalisme de la maison installée dans le 8e arrondissement de la capitale française. Sous le marteau de Tajan, la vente Paris#Marrakech a donc totalisé 2.250.550 euros. Un succès. Les oeuvres qui ont séduit les collectionneurs présents à Marrakech ont comme point commun de mettre les femmes à l'honneur. C'est ainsi que les «Danseuses marocaines à Télouet» du grand Jacques Majorelle, provenant d'une importante collection madrilène, ont été cédées à un collectionneur européen pour 374.800 euros. Une toile considérée à la fois comme un chef-d'oeuvre de l'artiste et un témoignage inestimable sur la fête et la vie marocaine. Autre pièce phare de la vente, «La lutte des fillettes» d'Etienne Dinet, qui est passée aux mains d'un collectionneur européen pour 443.000 euros.
Cet artiste, né à Paris en 1861, s'est installé en Algérie à l'âge de 43 ans, passionné par le pays et sa culture. Il se distingue alors par sa connaissance de la langue arabe et sa conversion à la religion musulmane.
Outre le 3e volet «Jacques Majorelle et ses contemporains», la vente Paris#Marrakech a également été l'occasion d'admirer, et d'acquérir pour certains, des livres illustrés sur les bijoux arabes et berbères du Maroc, sur les costumes, parures et tatouages d'après les gouaches de Jean Besancenot, ou encore les manuscrits de l'écrivain arabe ancien Al-Hariri, illustrés de dessins originaux par Shafic Abboud. Autre défilé d'oeuvres consacrées à l'art moderne et contemporain arabe et international avec Buffet, Dufy, El Glaoui, Cherkaoui, Gharbaoui, Binebine, Yacoubi ou Melehi.
Enfin, place à l'art urbain avec quelques oeuvres de calligraffiti qui ont elles aussi fait le show. El Seed, Zepha et ses métissages de cultures, Shoof, Inkman qui sait parfaitement fusionner les calligraphies arabe et latine, l'art novateur du Marocain Tarek Benaoum, mais aussi JonOne, interviewé dans L'Economiste du 2 janvier dernier (voir notre édition n°4929), et l'artiste allemand Hendrik Beikirch, qui a offert à Marrakech un portrait mural géant face à la gare ferroviaire.
Cette vacation a permis de renforcer les relations privilégiées qu'Artcurial entretient depuis plusieurs années avec le Maroc et ses nombreux clients. Elle a aussi été l'occasion de rencontrer pour la première fois de nouveaux collectionneurs américains, européens et moyen-orientaux.
L'emblématique Jacques Majorelle
Louis, le père de Jacques Majorelle, est l'un des représentants les plus illustres du courant Art nouveau. Une filiation bénie. Et un nom intimement lié à Marrakech. L'artiste, dont la vocation s'est ainsi éveillée sans peine dans un environnement artistique exceptionnel, débarque au Maroc en 1917. Envoûté par le charme de la ville ocre, il s'y installe et entreprend une série d'expéditions dans l'Atlas. Ces paysages deviennent alors ses sujets de prédilection. Les nombreuses oeuvres qu'il rapporte font l'objet en 1922 d'une exposition à Paris dans la célèbre galerie Georges Petit avec 97 tableaux consacrés aux vallées de Télouet, d'Ounila et de Reraïa. Une consécration pour le jeune artiste, qui lui permet d'acquérir quelques années plus tard un grand terrain à Marrakech et d'y faire construire sa maison. Le lieu le plus visité aujourd'hui dans la ville ocre.


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