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Légaliser le cannabis: Faut-il revoir notre politique?
Publié dans L'Economiste le 30 - 01 - 2018

Faut-il légaliser le cannabis? Le débat au Maroc a fait son apparition après que plusieurs pays ont autorisé l'usage thérapeutique de cette drogue et ont fait le choix d'une politique moins répressive. Des partis politiques (PAM...) et des spécialistes marocains avaient plaidé il y a quelques années pour le lancement d'une réflexion élargie.
A la question: «Faut-il légaliser la consommation, la production et la vente du cannabis au Maroc?» les répondants à un sondage réalisé sur le site de L'Economiste sont de 44% de votants pour contre 56% contre. Ce sondage vient suite à l'enquête publiée sur les colonnes de L'Economiste, le 5 octobre 2012. Aussi, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a été le premier à prendre position dans le cadre de la réflexion sur la régularisation du cannabis.
Plusieurs pays d'Europe sont en train de revoir leurs positions sur le sujet et en cas de légalisation, des débouchés importants pourraient s'ouvrir pour la région et pour le Maroc en général (voir aussi l'article Une agence de régulation pour le cannabis? cf. notre édition N° 4742 du 01/04/2016).
Selon l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC), la surface cultivée pour la résine de cannabis au Maroc s'élève à 47.000 ha pour seulement 1.147 ha détruits (2,4%). Le Royaume conserve ainsi sa place de premier producteur mondial de résine de cannabis.
Au niveau mondial, la liste des pays (Pays-Bas, Espagne, plusieurs Etats américains... ) ayant opté pour une dépénalisation du cannabis s'allonge. Mais la France, sur le point d'instaurer une amende, peine à sortir du tout répressif. Un rapport parlementaire qui sera présenté, mercredi 31 janvier, préconise de sanctionner les usagers par une «amende forfaitaire délictuelle», allant de 150 à 200 euros, assortie éventuellement de poursuites, ou par une simple contravention.
Promesse du président Emmanuel Macron, cette mesure, si elle s'applique en principe à tous les stupéfiants, concerne dans les faits les fumeurs de cannabis. Alors que certains médecins recommandent parfois aux patients de soulager leur douleur avec des produits dérivés du cannabis, aucun médicament à base de fleurs séchées de cannabis n'est légal en France. Paris reste loin du débat américain, où plusieurs Etats, dont récemment la Californie, ont autorisé un usage récréatif du cannabis.
En Europe, les politiques sont diverses en la matière. L'Allemagne, la Belgique et l'Italie, entre autres, ont dépénalisé son usage: «en posséder ou en consommer n'est pas toléré mais les contrevenants ne risquent qu'une amende, en-deçà d'une certaine quantité». L'Australie a décidé d'autoriser les exportations de cannabis à usage thérapeutique afin d'accroître les débouchés pour ses producteurs nationaux.
Une première ferme a reçu en mars dernier l'agrément pour faire pousser du cannabis médicinal et plusieurs autres ont suivi. Le gouvernement y voyant un secteur économique d'avenir. A noter que l'usage récréatif du cannabis demeure interdit en Australie, pays qui a légalisé son usage thérapeuthique en 2016. Il est également autorisé dans plusieurs autres pays comme le Canada, Israël ou une majorité d'Etats des Etats-Unis.
En ce qui concerne les Canadiens, ils ont dépensé près de 3,7 milliards d'euros en cannabis en 2017, selon l'institut canadien de la statistique. La majeure partie des dépenses (plus de 90%) était consacrée à l'achat de cannabis à des fins récréatives, actuellement interdit dans le pays mais dont la légalisation est attendue cet été.
Le reste concernait l'achat de cannabis thérapeutique, préalablement prescrit par un médecin et légal au Canada depuis 2001. L'année dernière, le nombre de consommateurs était estimé à 4,9 millions de Canadiens, chacun ayant consacré en moyenne 1.200 dollars à l'achat de cannabis, selon des chiffres récents.
Canada: Investir dans le cannabis peut rapporter gros!
Le producteur canadien de cannabis Aurora a misé plus d'un milliard de dollars canadiens pour acheter son concurrent CanniMed. Ce qui illustre l'appétit grandissant des principaux acteurs pour se partager un marché lucratif à l'approche de la légalisation du cannabis récréatif au Canada. Avec cette acquisition, Aurora Cannabis devient l'un des plus gros producteurs de cette drogue douce au monde aux côtés de son concurrent Canopy Growth. Avec la perspective d'un marché florissant, d'autres grands acteurs se structurent. La capitalisation boursière des trois plus gros producteurs canadiens de cannabis thérapeutique a explosé depuis quelques mois. En un an, la valeur d'Aurora à la Bourse de Toronto a été multipliée par six, à 6,4 milliards de dollars canadiens (4,2 milliards d'euros) mercredi 24 janvier. La capitalisation boursière de CanniMed, Canopy Growth et Aphira a été multipliée par quatre.


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