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Environnement: Miser sur l'effet d'entraînement
Publié dans L'Economiste le 08 - 06 - 2018

Pour Jean-François Girault, ambassadeur de France à Rabat, la démarche «Ambassade verte» n'est pas un brevet technique à protéger, c'est au contraire une expérience concrète à partager (Ph. Bziouat)
- L'Economiste: Vous venez de présenter la démarche «Ambassade verte» au Maroc. Concrètement, quels sont les effets attendus de cette initiative?
- Jean-François Girault: La démarche «Ambassade verte», lancée en 2015, est encore récente, mais les résultats sont déjà là! Les partenariats conclus avec les sociétés marocaines Sorepac, E-Recycling nous permettent de recycler 10 tonnes de papier par an, et 2,4 tonnes de déchets électroniques. Nous avons également pu mettre en place le tri sélectif dans l'immeuble de logements destiné aux agents de l'ambassade avec l'organisation ENDA Maghreb, qui assure un emploi stable à des récupérateurs. Les travaux de rénovation énergétique ont aussi permis de diminuer de 17% la consommation électrique et de 26% les émissions de gaz à effet de serre. Le réaménagement récent du jardin, agrémenté de plantes marocaines typiques, nous permet de réaliser des économies d'eau d'arrosage. Les objectifs ne sont pas uniquement statistiques. Nous cherchons aussi à faire évoluer les comportements. C'est la condition d'un projet réussi dans la durée. Dans ce domaine également, les choses bougent dans le bon sens.
- Vous avez insisté sur l'importance de l'effet d'entraînement de ce type d'initiatives.
- La démarche «Ambassade verte» ne concerne pas uniquement l'Ambassade de France. C'est l'ensemble du réseau français au Maroc qui est mobilisé, à savoir nos 6 consulats généraux, nos 12 instituts français et 38 écoles. Ils ont adopté leur propre plan vert, avec des mesures concrètes adaptées au contexte local. L'initiative «Ambassade verte» est également fédératrice d'un réseau des ambassades à Rabat, sensibles aux enjeux du développement durable. L'objectif est de partager les bonnes idées et les bonnes pratiques. Les partenariats que nous avons noués avec des organisations de la société civile et des entreprises marocaines, notamment en matière de recyclage, commencent à avoir un effet d'entraînement. Notre approche est collective et participative. Nous nous inspirons les uns des autres et avons la chance d'évoluer dans un pays sensible aux enjeux environnementaux. Une ambassade verte n'est pas un brevet technique à protéger, c'est au contraire une expérience concrète à partager.
- La France et le Maroc ont des points de vue rapprochés en matière de durabilité. Où en sommes-nous dans le processus de coopération environnementale entre les deux pays?
- L'Appel de Tanger signé entre nos deux Chefs d'Etat, en septembre 2015, a créé une dynamique forte de coopération entre nos deux pays, qui s'est poursuivie avec le passage de relais entre les COP21 et 22. Nos efforts n'ont pas pris fin avec la Conférence de Marrakech.
Le dialogue se poursuit au plus haut niveau, comme en témoigne la participation du Roi Mohammed VI au «One Planet Summit», rencontre internationale que le Président de la République, Emmanuel Macron, a présidé à Paris, le 12 décembre dernier. La France et le Maroc se sont également concertés pour faire aboutir, à New York, en mai dernier, la résolution de l'Assemblée générale des Nations Unies créant un groupe de travail pour l'élaboration du Pacte mondial pour l'environnement, un nouvel accord visant à combler les lacunes du droit international en la matière.
- Au niveau des IDE, quelle est la part des entreprises françaises dans les domaines de l'écologie et des énergies renouvelables au Maroc?
- La France et ses entreprises sont pleinement impliquées dans les grands projets de mobilité urbaine et ferroviaire au Maroc, qu'il s'agisse des tramways de Casablanca ou de Rabat ou encore du projet de Ligne à Grande Vitesse. Leur contribution concerne aussi bien le savoir-faire, que la technologie ou le financement. Ces projets contribuent à désenclaver les territoires et à promouvoir des modes de transport à faible empreinte carbone. Nos entreprises sont également engagées de longue date dans les grands projets d'énergie renouvelable, tels que la réalisation par Engie et Nareva du projet de parc éolien de Tarfaya de 300 MW, le projet de parc éolien de 150 MW à Taza confié au groupement EDF-EN/Alstom. En matière d'efficacité énergétique, on relèvera la participation d'Engie au programme «Mosquées vertes».
L'AFD accompagne également la dynamique marocaine en soutenant la construction du plus grand complexe solaire thermodynamique des pays du Sud, celui de Noor Ouarzazate. Elle appuie les Instituts de formation aux métiers des énergies renouvelables et de l'efficacité énergétique (Ifmeree) ainsi que l'initiative européenne Morseff multi-bailleurs avec pour objectif d'accorder des lignes de crédit en faveur des banques locales pour financer les investissements d'efficacité énergétique et d'énergies renouvelables dans l'industrie, le commerce et le bâtiment.
Propos recueillis par Mohamed Ali MRABI


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