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La Mamounia, Tahaddart: Le schéma d'une introduction en Bourse se précise
Publié dans L'Economiste le 22 - 11 - 2018

La Commission des finances a adopté, vendredi dernier, le projet de loi visant à introduire deux entreprises sur la liste des privatisables. Il s'agit de l'hôtel La Mamounia de Marrakech et la centrale énergétique de Tahaddart. Ce texte doit accompagner le projet de loi de finances transféré à la Chambre des conseillers.
Au cours du débat, Mohamed Benchaâboun a tenu à rassurer les députés qui ont manifesté leur opposition à voir le joyau de l'hôtellerie de luxe marocaine changer de main et «tomber dans l'escarcelle des étrangers». «La Mamounia restera marocaine. Cette condition sera spécifiée dans le cahier des charges de cette privatisation». L'Etat semble se diriger vers une ouverture du capital de la société, via la Bourse de Casablanca et porterait sur 5 à 10% de ses actions.
L'objectif est de dynamiser et développer le marché financier, particulièrement la Place casablancaise», a martelé Benchaâboun à l'adresse des députés (Aziz Lebbar du PAM). Cet opérateur hôtelier a saisi cette opportunité pour lancer un appel aux autres parlementaires de la Commission des finances, de la majorité comme de l'opposition pour «rejeter la privatisation de La Mamounia. Il s'agit d'un label international du Maroc qui doit le rester», a-t-il dit.
L'autre critique formulée par des parlementaires de la majorité et de l'opposition porte sur la décision du gouvernement de recourir aux recettes exceptionnelles pour «réduire le déficit budgétaire» qui a atteint 3,7%. Sur cet aspect, Mohamed Benchaâboun a été catégorique: «le déficit budgétaire ne peut être financé par la privatisation des établissements publics, conformément aux dispositions de la loi organique des finances».
Selon lui, dans cette affaire, l'Etat ne vend rien. Car la situation juridique des deux sociétés concernées par cette opération ne prête à aucune confusion. Elles sont des filiales d'établissements publics. L'hôtel de La Mamounia appartient à l'ONCF à hauteur de 65%, le reste étant partagé entre la CDG et la ville de Marrakech. Idem pour Tahaddart où l'ONEE détient 48%, l'espagnole Endesa génération 32% et l'allemand Siemens 20%.
Recréer la confiance
Pour Tahaddart, le même schéma de cession par ouverture du capital à travers la Bourse est retenu. Là aussi, la cession portera sur 5 à 10% relatifs à la part de l'ONEE. Ces deux opérations de privatisation permettront par la même occasion de soulager financièrement les deux établissements publics, en l'occurrence l'ONCF et l'ONEE, fortement endettés au point de ne pas pouvoir rembourser leurs fournisseurs. Ces deux offices ont également des engagements vis-à-vis de banques étrangères qui leur ont prêté des fonds.
Benchaâboun insiste au passage sur d'autres enjeux comme de recréer «la confiance entre ces établissements publics et le secteur privé. Tous leurs arriérés vis-à-vis des entreprises seront payés d'ici juin prochain». Selon lui, ces deux opérations doivent être analysées distinctement des 10 milliards de DH que le gouvernement compte mobiliser au titre de la privatisation en 2019. L'Etat a ses moyens pour générer ces recettes exceptionnelles, a noté le ministre des Finances devant les députés.
Evaluation
L'inscription de nouveaux établissements sur la liste est considérée comme un aval de principe pour leur privatisation. Cela ne signifie pas leur transfert immédiat. Une telle opération nécessite une préparation minutieuse. Avant le transfert, l'audit de l'établissement, qui dure entre 2 à 4 mois, exige des auditeurs indépendants pour donner leurs avis sur la véracité des rapports comptables et la situation financière. L'étape de l'évaluation, entre 1 et 2 mois, est confiée à une banque d'affaires internationale, en association avec une banque marocaine.
Le but de la mission est de fixer la valeur objective et de donner des recommandations relatives au plan de transfert. Selon la réglementation, la cession se conclut avec la remise du décret de transfert, signé par le chef du gouvernement.
Pédagogie
Plusieurs députés semblent tout ignorer des arcanes et des procédures de la privatisation. Certains d'entre eux se sont interrogés sur les mécanismes de valorisation de La Mamounia, particulièrement son capital immatériel.
Pour satisfaire leur curiosité, le ministre des Finances a précisé que le prix de cession est basé sur l'évaluation des banques d'affaires chargées d'accompagner l'opération. D'ailleurs, la procédure de privatisation, ayant bientôt 30 ans d'âge, prévoit la création d'une autorité d'évaluation et une commission chargée du transfert.
Ces instances, composées de compétences reconnues en la matière, sont mises en place par dahir. Ce schéma vise à donner à l'opération de privatisation plus de transparence et une nette formalisation de la séparation des pouvoirs.


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