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Liberté de la presse: La Tunisie fait mieux que le Maroc!
Publié dans L'Economiste le 22 - 04 - 2019

Sur un total de 180 pays, la Tunisie (72e) fait mieux que le Maroc (135e) dans l'édition 2019 du Classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières (RSF). Le Royaume stagne par rapport à 2018. En comparaison avec d'autres pays de la région Mena, Rabat devance Alger (141e), Tripoli (162e) ou encore Le Caire (163e).
«Entre les procès fleuves au Maroc, les pressions, parfois violentes, exercées par les milices armées libyennes et les nombreuses poursuites engagées en Algérie…, les journalistes évoluent en Afrique du Nord dans un environnement souvent hostile et peinent à remplir leur rôle pour une information indépendante», indique RSF dans son analyse régionale dédiée à la zone Moyen-Orient et Afrique du Nord.
Seul pays à poursuivre sa transition vers la démocratie après les soulèvements du printemps arabe, la Tunisie progresse de 25 places dans l'édition 2019 et passe ainsi de la 97e à la 72e place.
Qu'est-ce qui explique son bon score? D'abord «la baisse notable des exactions contre les journalistes et les médias dans le pays. Et l'engagement de Tunis en faveur de la démocratisation s'est aussi concrétisé lors de l'adhésion du pays à l'initiative Information et Démocratie lancée par RSF en novembre dernier lors du Forum de Paris sur la Paix».
Pour maintenir cette dynamique, plusieurs défis doivent encore être relevés. «Le plus immédiat sera l'installation, courant 2019, de la nouvelle instance de régulation de la communication audiovisuelle ICA, conformément aux standards internationaux en matière de liberté de l'information», note l'organisation indépendante basée à Paris.
Mais tout n'y est pas rose, loin de là! En dépit d'une dégradation moins importante cette année de son indice régional, la zone Moyen-Orient et Afrique du Nord reste «celle où il est le plus difficile et le plus dangereux pour les journalistes d'exercer leur profession», indique l'équipe du RSF.
Même si le nombre de journalistes tués en 2018 en Syrie (174e, +3), a légèrement diminué, le pays, tout comme le Yémen (168e, -1) reste extrêmement dangereux pour eux. Au-delà des guerres et des crises profondes comme en Libye (162e), un autre grand danger plane sur les journalistes de la région: «l'arrestation arbitraire et l'emprisonnement». L'Iran (170e, -6) est «l'une des plus grandes prisons de journalistes au monde», écrit RSF.
Des dizaines d'entre eux croupissent également derrière les barreaux en Arabie saoudite, en Egypte (163e, -2) et au Bahreïn (167e, -1) sans forcément avoir été jugés. Et quand «ils le sont, comme au Maroc, ils sont confrontés à des procédures interminables…», est-il regretté.
Au titre des bonnes nouvelles sur le continent africain, l'Ethiopie (110e, +40) et la Gambie (92e, +30) progressent significativement.
«La mécanique de la peur»
RSF, qui évalue chaque année la situation du journalisme dans 180 pays, révèle le «déclenchement d'une mécanique de la peur très préjudiciable à l'exercice serein du journalisme». «Le nombre de pays considérés comme sûrs, où les journalistes peuvent exercer leur métier en toute sécurité, continue de se réduire, tandis que les régimes autoritaires renforcent leur emprise sur les médias… La haine des journalistes a dégénéré en violence, laquelle est facteur d'une montée de la peur», le constat général décrit est plutôt sombre.
Au classement 2019, la Norvège conserve pour la troisième année consécutive sa place de premier, tandis que la Finlande (+2) retrouve sa deuxième position, au détriment des Pays-Bas (4e, -1). La recrudescence du cyberharcèlement a fait perdre une place à la Suède (3e). Seulement 24% des 180 pays évalués par RSF affichent une situation «bonne» (zone blanche) ou «plutôt bonne» (zone jaune) contre 26% l'année dernière.
Les Etats-Unis (48e), où un climat toujours plus hostile s'est installé au-delà des propos de Donald Trump, perdent trois places en 2019 et basculent dans la zone orange, «ce qui signale une situation problématique…». Menaces, insultes et agressions font désormais partie des «risques du métier» de journalistes dans de nombreux pays.
Dans ce climat d'hostilité généralisée, il faut du courage pour continuer à enquêter sur la corruption, l'évasion fiscale ou le crime organisé, s'inquiète RSF. En plus des pressions judiciaires, les journalistes d'investigation sont la cible d'intimidations multiformes dès lors que leur travail lève le voile sur des pratiques ou des affaires véreuses.
F.Z.T.


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