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Le réveil de l'Istiqlal
Publié dans L'Economiste le 23 - 04 - 2019

Nizar Baraka a hérité d'un parti qui a accumulé les revers après une période flamboyante avec Abbas El Fassi, secrétaire général, puis Premier ministre. Le parti avait obtenu la première place en 2007 avec 57 sièges et 60 en 2011. Aujourd'hui, un vent de renouveau semble souffler sur l'Istiqlal (Ph. L'Economiste)
Un discours devant une foule de plus de 50.000 personnes. Qui, des dirigeants politiques marocains, n'a pas rêvé de cette image sans pouvoir la vivre réellement? Nizar Baraka est le premier chef politique a avoir pu le réaliser la semaine dernière à Laâyoune, capitale des provinces du Sud.
Sur le plan extérieur, cette démonstration de force est un message clair adressé au Polisario: dans ces régions, le plébiscite populaire est en faveur de la marocanité du Sahara. Sur le plan interne, le message adressé est aussi clair. Ainsi, Hamdi Ould Rachid, qui a été l'artisan du départ de Hamid Chabat et son remplacement par Nizar Baraka, démontre ses fortes capacités de mobilisation et d'encadrement au sein du parti.
Cette séquence s'inscrit dans le cadre d'une tournée que l'état-major de l'Istiqlal a menée dans la région. Après Laâyoune, les responsables se sont déplacés à Boujdour, Smara et Dakhla. Auparavant, le secrétaire général de l'Istiqlal avait organisé des déplacements plus discrets à travers les régions du Maroc.
Renouvellement des responsables des sections
En tout cas, l'attractivité de l'Istiqlal commence à s'améliorer. Plusieurs cadres ont été recrutés. L'une des meilleures prises reste incontestablement l'ancien ministre technocrate Driss Benhima. Le parti a entrepris le renouvellement des responsables des sections et des organisations parallèles. Il a multiplié les rencontres avec les élus et les représentants des chambres professionnelles.
Le mot d'ordre est de hisser la proximité avec les citoyens comme une priorité. L'objectif est d'être le plaidoyer des causes des citoyens. Dans le même élan de mobilisation, l'Istiqlal veut faire jouer au comité central du parti le rôle de think tank, avec à chaque fois un thème et une région.
A cette occasion, les responsables du parti à Rabat se déplaceront dans les régions pour aller à la rencontre des élus locaux et des sympathisants. Sur ce créneau, le RNI a été pionnier puisqu'il a décidé de délocaliser les réunions de son bureau politique hors de Rabat. Ce qui a permis à plusieurs ministres et responsables de la formation de Aziz Akhannouch de découvrir le Maroc profond et de rencontrer leurs militants dans les régions.
Ce vent de renouveau qui souffle sur l'Istiqlal a apporté, dans son sillage, la création récente de l'Académie de formation des militants du parti. Ils seront sensibilisés aux techniques des campagnes électorales, la collecte des points de vue des citoyens, le programme et les valeurs du parti.
Ce «réveil de l'Istiqlal» rebat incontestablement les cartes sur l'échiquier politique. La confrontation du PJD et du RNI, qui occupait jusqu'ici la scène, en sera affectée. Pour Rahal Mekkaoui, membre du comité exécutif, cette confrontation peut être définie comme «la petite bipolarisation entre deux partis de la majorité vacillante». Il préfère parler de «la grande bipolarisation qui oppose l'Istiqlal à toutes les composantes de la majorité».
En tout cas, Nizar Baraka a hérité d'un parti qui a accumulé les revers après une période flamboyante avec Abbas El Fassi, secrétaire général, puis Premier ministre. Le parti avait obtenu la première place en 2007 avec 57 sièges et 60 en 2011.
Quand Hamid Chabat en est devenu le patron, l'Istiqlal a quitté le gouvernement en 2013. Lors des législatives suivantes en 2016, le parti a reculé pour tomber à 46 sièges. Parallèlement à cette dégringolade électorale, l'UGTM, le syndicat de l'Istiqlal, a également été évincé de la course et plusieurs de ses membres ont émigré vers d'autres centrales.
Lors des dernières élections professionnelles, l'UGTM avait peiné à franchir le seuil de représentativité. Pourtant, il s'agissait d'un outil électoral qui n'avait pas son pareil dans la mobilisation des troupes. Depuis 2013, l'Istiqlal essuie les effets négatifs de la sortie du gouvernement. En 2016, le niet catégorique du président du RNI à l'entrée de l'Istiqlal au gouvernement avait fait le reste.
Depuis, Nizar Baraka a essayé de recoller les morceaux des dégâts provoqués. Ainsi, avec l'opposition à l'intérieur du parti «Bila hawada», il a entrepris une réconciliation. L'épisode de la sortie de Hamid Chabat sur la Mauritanie ayant provoqué une crise et un communiqué officiel n'est pas en reste. Nizar Baraka a tenté de le régler.
En effet, il y a quelques semaines, le secrétaire général de l'Istiqlal a remis au président mauritanien un message royal. Une occasion de régler définitivement ce différend.
Profiter des contradictions pour se positionner
Au Parlement, les élites istiqlaliennes ne sont plus très visibles comme par le passé. Malgré ces boulets, le secrétaire général essaie de profiter des contradictions à l'intérieur de la majorité pour se positionner. Sa dernière initiative a été de réclamer au chef de gouvernement d'engager la responsabilité de l'exécutif sur le projet de loi-cadre que le PJD a bloqué au niveau de la Commission parlementaire. Pour l'heure, Saadeddine El Othmani n'a pas encore publiquement réagi. Quelques mois plus tôt, il avait cherché à initier un dialogue avec le Rif et pourquoi pas présenter des excuses. Cette initiative n'est pas allée loin. Sur l'enseignement des matières scientifiques et techniques dans les langues étrangères, il a été on ne peut plus clair: la nécessité de disposer de cadres formés pour l'apprentissage de ces matières en français.
Mohamed CHAOUI


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