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Matières premières: Les tensions géopolitiques dominent les marchés
Publié dans L'Economiste le 20 - 05 - 2019

C'est bien le temps des «Illusions perdues», pour reprendre le titre de l'œuvre de Balzac, qui résume bien la problématique du rapport Cyclope 2019. En quelques mois, l'euphorie a cédé la place à l'anxiété. Et les raisons ne manquent pas: ralentissement de la croissance économique mondiale, crise de certaines économies émergentes, doutes à propos de la Chine ou de l'Inde, résume la 33e édition de Cyclope(1). L'anxiété face aussi aux incertitudes géopolitiques et commerciales et à cette nouvelle logique de conflits dans laquelle se sont engagés les Etats-Unis de Donald Trump.
Le rapport est publié au moment où la crise dans le golfe fait grimper les prix du pétrole (au-dessus des 70 dollars) et alors que les tensions entre l'Arabie saoudite et l'Iran sont élevées. Certains ministres de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et de ses partenaires se réuniront ce week-end à Djeddah, en Arabie saoudite. Ils vont faire le suivi de l'accord qui les engage depuis début 2018 à limiter leur production.
Si le ministre iranien ne sera pas présent, la question d'une éventuelle augmentation de la production devrait être à l'ordre du jour. Ceci avant une prise de décision qui devrait intervenir lors de la réunion plénière de l'Opep fin juin.
«Les marchés viennent de nous offrir quelques bulles», souligne le Prof. Philippe Chalmin dans un éditorial. Deux ont éclaté et une dernière en présente tous les symptômes. Il y eut d'abord le cobalt porté par les perspectives des batteries électriques et par l'instabilité chronique de la République démocratique du Congo.
«Pendant quelques mois, le cobalt a fait rêver avant que l'on découvre qu'il était au fond plus abondant qu'on ne le pensait et surtout que l'on pourrait limiter son utilisation dans les batteries», ajoute le spécialiste des matières premières. Le cobalt a perdu deux tiers de sa valeur en un an. La chute du bitcoin a été encore plus spectaculaire, mais là, il n'y avait rien de bien surprenant tant le «produit» lui-même présentait d'ambiguïté.
En mars 2019, c'est peut-être la bulle du palladium qui a éclaté. Surfant sur la vague du diesel, le palladium avait dépassé l'or pour devenir presque le métal le plus cher de l'univers. «1.300 dollars, 1.400, 1.500, 1.600 même, l'once de palladium semblait n'avoir pas de limites sur un marché que l'on annonçait fortement déficitaire encore en 2019.
Mais voilà, il y eut un soir et un matin le marché s'est retourné. A ces prix, le platine devenait une alternative possible et puis il n'était pas mauvais de prendre ses bénéfices», précise Chalmin. A côté de ces bulles, la conjoncture actuelle est bien morose pour des produits comme le café, le sucre ou le caoutchouc. Les cours du soja et de la viande de porc vont être les deux sujets à suivre en 2019.
La Chine, premier importateur mondial, a arrêté toutes ses importations de soja américain pour se tourner vers le soja brésilien ou argentin en rétorsion à l'augmentation des droits de douane imposée par Washington sur les importations chinoises.
Il faut prendre en compte l'épidémie de fièvre qui touche l'élevage porcin en Chine et qui commence à prendre des proportions inquiétantes. A un moment où justement la Chine commence à donner des signes économiques un peu plus rassurants.
F. Z. T.
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(1) Le rapport Cyclope est consacré à l'analyse des marchés mondiaux. Il est rédigé depuis 1986 par une équipe d'une soixantaine d'experts sous la direction de Philippe Chalmin (Université de Paris-Dauphine) et d'Yves Jégourel (Université de Bordeaux).
Du miel... frelaté
Vols de ruches, miel adultéré, voire frelaté: le marché mondial du miel est marqué par des trafics en tous genres, indique le rapport Cyclope. Le tout sur fond de demande plus forte que l'offre dans les pays occidentaux. La production mondiale de miel stagne autour de 1,8 million de tonnes, dont la moitié (plus de 49% de l'offre totale) est concentrée en Asie, suivie par l'Europe (y compris la Turquie) avec 20,8% de la production mondiale et l'Afrique (10,7%). La consommation, elle, progresse modérément de 1 à 2% chaque année. Le marché européen restant un des plus dynamiques puisqu'il absorbe le quart de la production. L'offre européenne est largement insuffisante pour combler la demande et les importations ne cessent de progresser. Aux Etats-Unis aussi les importations de miels chinois et argentins sont en progression. Seuls 30,6% de la consommation américaine est satisfaite par du miel «made in USA» contre 62,5% en 1998.
En avril 2018, les Etats-Unis ont décidé de maintenir des droits de douane sur les miels chinois pour protéger leur filière apicole. De son côté, la Commission européenne a mis l'accent sur les fraudes aux miels importés. Tout en soulignant une poussée des miels adultérés (mélangés avec de l'eau ou du sucre de canne), notamment en provenance de la Chine.


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