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Fès-Meknès-Sauvegarde de la plaine de Saïss: Voilà comment le projet chamboulera l'agriculture… dès 2021-De notre correspondant permanent, Youness SAAD ALAMI
Publié dans L'Economiste le 17 - 07 - 2019

Sensibiliser, pérenniser et métamorphoser… sont les maîtres-mots du projet de sauvegarde de la plaine de Saïss. «Notre objectif est d'améliorer la valeur ajoutée agricole en la portant à 52.000 DH/ha à court terme contre 38.000 DH actuellement», explique Aziz Akhannouch, ministre de l'Agriculture (Ph YSA)
FES-MEKNES est une région agricole qui a de l'avenir et du potentiel. C'est en gros ce qui ressort de la journée d'information sur le projet d'aménagement hydroagricole pour la sauvegarde de la plaine de Saïss. Organisée, samedi dernier à Fès, sous la présidence de Aziz Akhannouch, cette rencontre était l'occasion pour le ministre de l'Agriculture de rappeler l'intérêt d'un chantier gigantesque mené dans cette région. Lancé par le Roi en 2015, ce projet sera fin prêt fin 2021. Décryptage.
- Un projet «titanesque» au profit de 350.000 bénéficiaires
Satisfecit général pour Akhannouch lors de sa visite, constatant que «les travaux d'aménagement du projet hydroagricole pour la sauvegarde de la plaine de Saïss vont bon train». Concrètement, ce chantier titanesque profitera à quelque 7.334 exploitations agricoles, soit 350.000 personnes. Il s'agit de la sauvegarde de 30.000 ha des terres irriguées dans la plaine du Saïss, la préservation de 4 milliards de DH d'investissement privé, l'augmentation de 60% des revenus de plus de 7.000 agriculteurs, ainsi que la création de quelque 3.000 emplois. De plus, les atouts agricoles de cette plaine sont nombreux à savoir, ses terres fertiles à fort potentiel de production estimé à plus de 300.000 ha, dont plus de 60.000 ha irrigués». La préservation des ressources hydriques est primordiale pour assurer la pérennité d'une agriculture responsable. Ce projet revêt, selon Akhannouch, des dimensions environnementale, économique et sociale. Le ministre insiste, à ce propos, sur la sensibilisation des agriculteurs «à la nécessité d'adhérer à l'opération de souscription». A rappeler que la plaine de Saïss contribue avec une part importante à la production agricole régionale, à travers ses arbres fruitiers et ses oliviers.
- Métamorphoser l'agriculture dans le périmètre irrigué
Mis en œuvre par un collectif de 8 champions nationaux du génie rural et travaux publics (STAM, Capep, SGTM, SNCE, Sogea Maroc, SNTM, Sotradema, Sogetrama) sous supervision d'une cellule du ministère d'Agriculture créée spécialement pour la durée de réalisation du projet, ce chantier devra métamorphoser la région et améliorer les conditions de vie des agriculteurs et leurs revenus, ainsi que leur productivité. D'un investissement global de 5,8 milliards de DH, ce projet vise le transfert des eaux des sources de Sebou vers la plaine du Saïss. Une solution idoine si l'on sait que cette plaine est menacée par une carence d'eau souterraine qui subit une surexploitation et accuse un déficit annuel de 100 millions de m3. Avec l'avènement du barrage Mdez, l'unique solution est de drainer plus de 125 millions m3 pour sauvegarder les investissements existants et valoriser d'autres cultures, principale source de revenu des agriculteurs. Cette solution est basée sur l'irrigation à partir des puits et forages individuels. En revanche, elle ne touchera pas à la nappe phréatique profonde qui est réservée à l'eau potable pour les populations.
- Les projets agricoles ont le vent en poupe
«Avec les projets du plan Maroc Vert, la région Fès-Meknès a connu une véritable explosion des différentes cultures mais aussi de l'élevage des bovins», atteste Rachid Benali, président de l'Interprolive et membre du Conseil de la Concurrence. Ainsi, ajoute-t-il, dans l'objectif de durabilité, «la préservation des eaux souterraines de la nappe de Saïss s'avère nécessaire». D'où l'intérêt du Projet d'aménagement hydro-agricole pour la sauvegarde de la plaine du Saïss. Projet qui consiste en la construction d'une infrastructure de transfert d'eau de la rivière de M'Dez à la plaine de Saïss. Ce transfert se fera à partir d'une prise agricole implantée en rive droite composée d'un ouvrage d'entonnement, une galerie de transport et d'une chambre de contrôle sous format de puits. Cette prise est arasée à la côte sur 760 m. La charge d'eau disponible permettra de réaliser une adduction gravitaire et d'alimenter sans recours au pompage une superficie non négligeable avec la pression requise pour l'irrigation localisée.
L'adducteur principal (65 km dont 5 de galeries) est constitué de conduites en acier protégées contre la corrosion. D'un diamètre de 3,5 mètres, la longueur des conduites varie entre 6 et 14 mètres. Au total, il faudrait 5.000 conduites dont 1.500 ont déjà été importées pour la première phase (17 km). Elles sont posées dans une tranchée de 4 m de largeur et de 4 à 8 m de profondeur ou logées dans des galeries de 4,5 m d'ouverture et enrobée en béton.
L'Etat finance la réalisation des ouvrages principaux d'adduction d'eau. Il s'agit de l'ouvrage de prise (55 km) à partir du barrage M'Dez, des galeries d'adduction (5km) y compris les pistes de servitude et des équipements de brise-charge, de pré-filtration et de traversées… Un chantier titanesque est mené aux environs de la localité de Tazota (province de Sefrou) (Ph YSA)
- Fès, Meknès, Moulay Yacoub, El Hajeb… des zones prioritaires
(Ph YSA)
Lancé par le Souverain en 2015, l'aménagement des nouvelles infrastructures hydroagricoles de la plaine de Saïss profitera aux préfectures de Fès et Meknès et aux provinces de Moulay Yaacoub et El Hajeb, outre 22 communes territoriales. Il devrait être finalisé vers fin 2021 en même temps que le barrage M'Dez. En attendant, un chantier de fourmis est mené grâce au génie civil 100% marocain. La réalisation des installations de la plaine de Saïss est suivie par deux bureaux d'étude et un laboratoire de contrôle. Au total, 300 personnes sur le chantier dont 31 ingénieurs et 39 techniciens. Le reste se compose du personnel d'appui administratif et de main d'œuvre spécialisée et non spécialisée. Ces ouvriers ont été recrutés localement. Auparavant, il a été procédé à l'aménagement de pistes d'accès et traversées des oueds. Et c'est le ministère de l'Agriculture qui a pris à sa charge la réalisation de 27 km de route et la construction de deux ponts. Au-delà des moyens mis en œuvre, le ministre de l'Agriculture insiste sur «la valorisation au mieux de la ressource hydrique via des cultures à forte valeur ajoutée». L'ambition est de prélever 125 millions de mètres cubes d'eau du barrage, actuellement en cours de construction, et régulariser ce volume par l'irrigation localisée au niveau des exploitations ciblées. «Car l'objectif est d'améliorer la valeur ajoutée agricole en la portant à 52.000 DH/ha à court terme contre 38.000 DH actuellement», conclut Akhannouch.


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