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Pourquoi Marrakech perd ses événements
Publié dans L'Economiste le 20 - 02 - 2020

L'un après l'autre, Marrakech perd ses événements. Et pourtant, c'est bien l'événementiel qui avait permis à la ville de maintenir sa croissance et d'offrir l'animation qui reste une des grandes oubliées alors qu'elle devrait être une priorité effective et non seulement un discours.
La cité ocre tirait son épingle du jeu avec des festivals programmés ici et là, selon les saisons, grâce au festival du cinéma, du folklore, le Marrakech grand prix qui ouvrait le bal de la saison touristique. Il n'en sera rien cette année. Après la douche froide et la décision de retirer à la cité ocre le statut de capitale culturelle africaine, voici un autre coup dur pour l'image de Marrakech à l'international: Le Grand Prix WTCR de Marrakech, qui était prévu du 3 au 5 avril prochain, a été annulé.
Raison invoquée par les instances du sport automobile mondial: l'absence de pilote marocain dans la compétition. En cause, l'abandon de plusieurs écuries phares de la compétition. C'est notamment le retrait de l'écurie Volkswagen qui a précipité la décision de la FIA.
En décembre dernier, le groupe allemand a en effet décidé d'annuler toutes ses participations à des compétitions avec des moteurs thermiques. Il n'y a pas seulement l'absence d'écurie, mais aussi les bailleurs de fonds et les partenaires sponsors qui se sont retirés à quelques semaines de l'événement. D'autres événements traversent la même galère à l'instar du «Marrakech Street Food».
Un des enjeux d'une bonne animation dans les villes touristiques est de rallonger la durée moyenne de séjour (DMS). En 2019, celle-ci était de 3 nuitées
Comme son nom l'indique, ce festival devait mettre à l'honneur la multiplicité des pratiques culinaires de la rue marocaine et le cuisinier, représentant un vecteur d'identité gustative. Lâché par les partenaires institutionnels comme l'ONMT, le festival a été reporté indique Hafsa Benmchich, la Fondation arts et cultures.
A ce rythme, on craint un effet de contagion. «Il est très difficile d'identifier un concept fédérateur, le préparer pendant plus d'une année, prospecter et trouver des sponsors privés ou institutionnels… et puis du jour au lendemain, on vous annonce que les budgets sont épuisés», regrette Benmchich.
Animation, la grande oubliée
Une destination touristique, c'est aussi ses ressources naturelles et culturelles et sa capacité à offrir une animation riche, variée et complémentaire aux infrastructures touristiques qui pourra attirer et surtout retenir les touristes, la durée moyenne de séjour à Marrakech ne dépassant par trois nuitées. Le challenge de Marrakech n'est donc plus dans l'offre d'hébergement, mais dans le contenu de la marque et le brand content.
D'autres destinations l'ont prouvé par ailleurs comme le sud de l'Espagne très prisé par les Marocains grâce à son ambiance, ses parcs et ses lieux de divertissement, les concerts. Force est de constater que les prétentions de la ville ocre dans ce domaine restent modestes malgré les petits projets développés ici et là, focalisés notamment sur l'animation nocturne (boîtes de nuit, lounges…).
«Il est déplorable pour une ville comme Marrakech de ne pas offrir des lieux de loisirs pour des familles, des enfants ou pour des personnes âgées de plus en plus nombreuses à passer leur retraite dans la cité», souligne un hôtelier. Pour les opérateurs sur place, ce segment ne peut pas être investi sans un véritable accompagnement de la part des élus locaux et des pouvoirs publics.
«L'industrie du divertissement nécessite un accompagnement sérieux et des mesures incitatives, notamment face aux fonds importants et une rentabilité lente à moyen terme», expliquent les opérateurs. En attendant, même le peu qui était acquis vient d'être perdu!
Où est passé le palais d'exposition?
En principe, la première ville touristique devrait avoir son palais d'exposition. Le Conseil de la région a même approuvé la création de ce site dans le cadre de son Programme de développement régional (PDR) ainsi qu'une ligne de crédit auprès du Fonds d'équipement communal (FEC) pour financer l'ensemble dudit programme. (Cf. L'Economiste N° 5524 du 27 mai 2019). Le foncier à lui aussi été identifié à Chrifia, bien que les professionnels du tourisme ne soient pas tous unanimes pour ce choix. Un an plus tard, le projet est toujours au stade d'étude. Et quand bien même, il serait lancé, il faudrait beaucoup de temps pour la réalisation selon des sources proches du dossier.
Badra BERRISSOULE


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