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Le blues des adolescents japonais
Publié dans L'Economiste le 05 - 09 - 2001

· La réclusion est la conséquence d'une hyperattention mal vécue par les garçons
· Ils n'en peuvent plus à force d'être choyés et gavés d'argent de poche, de conseils et félicitations comme des bêtes à concours
Dans l'étroite salle d'attente, l'homme et son épouse fuient les regards. Depuis des mois, ce couple refusait de faire le pas, jusqu'à ce que la vie familiale devienne insupportable. “C'est toujours comme ça. Les parents attendent, résistent, puis craquent. Je les vois arriver brisés”, confie Hidehiko Kuramoto, directeur de la clinique Kitanomaru, l'un des rares cabinets psychiatriques de Tokyo, spécialisé dans le soutien des familles de “Hikikomoris”. Les “Hikikomoris” (“celui qui se retire” en japonais), sont ces adolescents reclus face auxquels la société nippone est aujourd'hui désemparée. Le père et la mère qui patientent dans l'ombre ont un fils de 17 ans, Masahori. Victime de ce syndrome, il s'enferme à longueur de journée dans sa chambre et ne leur adresse plus la parole. Un jour de septembre dernier, l'adolescent a déserté l'école et rompu avec tous ses amis. Il se rend dans la cuisine ou dans la salle de bains quand ses parents dorment ou sortent. “C'est un fantôme”!, lâche sa mère en pleurs.
L'histoire de Masahori est un résumé saisissant du traumatisme qui conduit de plus en plus d'adolescents de l'archipel à s'isoler du reste du monde. Dans son quartier de Chubu, une ville de banlieue cossue de la périphérie de Tokyo, le jeune homme jouissait depuis des années d'une réputation d'élève doué, premier en maths et déjà promis au redoutable concours d'entrée de Todai, la prestigieuse Université de Tokyo. Ses deux soeurs, beaucoup plus jeunes, ne comptaient presque pas aux yeux de leur mère. “La réclusion est souvent la conséquence d'une hyperattention mal vécue par les garçons, explique le docteur Kuramoto.
Ils n'en peuvent plus à force d'être choyés et gavés d'argent de poche, de conseils et félicitations comme des bêtes à concours.” Alors, Masahori a tiré le rideau. “J'ai cru que c'était un caprice passager”, bredouille la mère, peu désireuse d'en parler. Il s'est verrouillé dans sa chambre, au premier étage de cette maison construite dans le style d'un chalet suisse, avec poutres apparentes et parquet vernis.
Depuis, l'enfant menace ses parents de se suicider s'ils tentent de faire quoi que ce soit. Le couple a fini par frapper à la porte de la Clinique Kitanomaru. Sur les rives du canal d'Ichigaya, non loin du temple Yasukuni et du musée de la guerre de Tokyo, la petite officine se terre dans un coin d'étage. Quelques chaises. Deux bureaux pour les consultations. Une assistante coincée entre son ordinateur et les dossiers à classer. Le décor témoigne du dénuement institutionnel face au problème posé par les “Hikikomoris” au pays du Soleil-Levant où le consensus exclut tous ceux qui se retrouvent en marge.
Le Japon est de longue date un pays où les suicides des jeunes atteignent des records. Le système scolaire et universitaire nippon, basé sur des concours très sévères que les élèves doivent bachoter, est depuis des lustres dénoncé par les psychiatres comme une machine à générer des frustrations et des déviances. La société japonaise a beau évoluer et accorder plus d'autonomie à ses enfants, beaucoup continuent de craquer. Ils se murent et parcourent alors la demeure familiale comme des zombies, atteints en termes médicaux d'une “névrose de retrait”. Le “Hikikomori” est souvent quelqu'un qui n'a pas su dire non. “Sa seule manière de refuser le système est de s'en abstraire”, lâche Tosho Fujita, un ancien cadre à la retraite, volontaire dans un groupe de travailleurs sociaux. Le docteur Hidehiko Kuramoto a commencé à voir arriver les premiers parents désemparés d'enfants reclus, il y a trois ans. “Jusque-là, la plupart des familles n'osaient pas avouer. Ils avaient honte”.
“Le phénomène des adolescents reclus n'est pas nouveau, précise le psychiatre. Il est de plus en plus visible”. Avec presque à chaque fois le même diagnostic: un dialogue impossible entre parents et enfants, une pression scolaire trop forte, la figure défaillante du père. “Le phénomène des Hikikomoris touche davantage les garçons que les filles, poursuit-il. Les filles veulent plaire. Elles ont besoin du regard extérieur. Les garçons, eux, portent un poids trop lourd sur leurs épaules. Ils ne voient jamais leur père. Ils ne supportent plus leur mère qui les couve. Ils sont effrayés par la peur du chômage qui pointe avec la crise. Ils se retirent pour ne pas affronter la réalité”.
“Le cas des Hikikomoris est d'abord un problème de communication. Il faut le traiter par la parole autant que par les médicaments”, complète le psychiatre. En ayant bien conscience qu'une telle blessure met longtemps à se cicatriser: “Les adolescents reclus portent toujours en eux le risque d'une rechute potentielle. Ils se normalisent, mais butent sur un mur. Il reviennent dans une société japonaise qui les admet sans les comprendre”.
Richard WERLY
Syndication L'Economiste-
Libération (France)
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L'assistance se met en place
1997 est une année marquée par plusieurs crimes odieux commis par des adolescents. La presse nationale s'attarde sur les problèmes psychologiques des jeunes. Les premières enquêtes évoquent le chiffre faramineux d'un million de “Hikikomoris” à travers l'archipel. Le chiffre réel, déjà énorme, paraît plus proche des 500.000. A Tokyo, un réseau discret, mais efficace se met en place, protégeant dur comme fer l'anonymat des malades et leurs familles.Des sites Internet voient le jour pour aider les jeunes à rompre leur isolement. “Mon frère a repris ainsi contact avec le monde extérieur. Il a commencé par envoyer des e-mails”, explique la soeur d'un ado tout juste rétabli après six mois de réclusion. Heureusement, la plupart des “Hikikomoris” finissent par s'en sortir. “Le déclic est le retour du dialogue au sein de la famille. Quand l'adolescent en retrait social commence à reparler à ses parents, il est en voie de guérison”, commente le docteur Kuramoto. Mais les moyens manquent. Dans tout le Japon, quatre psychiatres seulement sont spécialisés dans l'accueil des adolescents. Leurs confrères se contentent encore de prescrire des antidépresseurs et conseiller aux familles d'attendre.


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