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Ces managers qui montent
Saïd Bouharrak: Les péripéties de l'entrepreneur judoka
Publié dans L'Economiste le 23 - 11 - 2001

· Polyglotte, il fait ses débuts en tant que vendeur d'articles de sport
· Sept fois champion de judo en Belgique, il décide d'investir dans son pays, mais sans savoir que la tempête sera forte
Articles de sport, grande distribution, importation de produits alimentaires (chips, confiserie, notamment), exportation de poisson frais et enfin charcuterie industrielle. Saïd Bouharrak aura tout essayé ou presque.
Mais rien ne prédestinait cet interprète de formation (il parle couramment six langues: arabe, français, néerlandais, anglais, allemand et espagnol) à investir dans la charcuterie, sinon l'activité de la famille de sa femme belge qui remonte à plusieurs générations. Lorsqu'il décide de venir investir dans son pays d'origine, ce jeune MRE de 38 ans, né à Tanger, ne pensait pas du tout qu'il allait affronter la tempête. Et pourtant, elle ne sera pas commode.
Parti en Belgique à l'âge de 8 mois, il s'installe avec sa famille à Zele, commune située entre Anvers et Bruxelles. Ce cadet d'une famille rifaine (il a trois frères et quatre soeurs) passe son primaire dans une école catholique et son secondaire chez les Jésuites. «L'éducation jésuite est très dure et on n'obtient rien sans rien. On doit se battre pour chaque bout de terrain et on y apprend aussi l'humilité. Cela m'a beaucoup servi dans ma vie professionnelle».
Sept fois champion de judo en Belgique, Saïd Bouharrak apprendra en effet à persévérer et à se relever après les coups durs.
Après avoir décroché à 18 ans son «examen de maturité» (l'équivalent du bac), il intègre l'université pour une licence d'interprète-traducteur. «Je voulais être interprète, avocat ou journaliste, mais l'environnement belge de l'époque n'était pas encore ouvert aux étrangers pour ces métiers, d'autant plus que nous étions la première génération d'immigrés», se souvient-il. Saïd décide alors de suivre pendant deux ans des études de marketing, gestion et ressources humaines.
Son premier «boulot», comme il le dit, a été vendeur dans une chaîne de magasins d'articles de sport, Disport. Il est débauché par la concurrence, le groupe Go Sport. Il occupera le poste de directeur de magasin et gérera près de 25 personnes, dans la ville de Gand.
Deux ans plus tard, ALDI, discounter et chaîne de distribution en Europe, fait appel à lui en tant que responsable de 12 magasins dans la région bruxelloise. L'aventure continue et il intègre deux ans plus tard Xerox, pour organiser le réseau de télémarketing, concept très à la mode en Europe vers le milieu des années 80.
Après son expérience dans ces différents domaines, il reçoit une proposition de Makro pour faire partie de l'équipe expatriée qui montera le premier magasin de vente en gros au Maroc. Mais avant de débarquer à Casablanca, il subira pendant un peu plus d'un an une formation en touchant à toutes les tâches. «J'ai ramassé des cartons, servi des frites dans le restaurant, je suis passé dans tous les postes jusqu'à la direction générale», raconte-t-il.
En janvier 1991, il s'installe avec sa femme et sa fille à Casablanca pour occuper le poste de Project Manager pour ce premier magasin.
Au bout d'un an, Bouharrak décide de voler de ses propres ailes et crée une société d'importation de produits alimentaires. Commercialement, les résultats étaient au rendez-vous, mais le recouvrement des impayés devenait trop important: «Mes pertes se chiffraient en millions de DH. De plus, je suis arrivé trop tôt sur un marché où le concept des supérettes et supermarchés était à ses balbutiements».
Il finira par jeter l'éponge pour s'intéresser de plus près à la pêche côtière pour l'exportation de poisson frais. Il acquiert 24 petites barques. Très vite, cette activité sera mise en stand-by, car il préparait un nouveau projet, la charcuterie industrielle.
Après une étude de marché, il crée avec son associé, Karim Tahiri, la société KT Food et sa marque «Flagrant Délice». Ils y investiront au départ 7 millions de DH, enveloppe qui comprend toute l'infrastructure et le matériel de production.
La construction de l'usine démarrera en octobre 1997 à la technopole de Nouaceur. Mais les ennuis vont commencer. Trois fois de suite, la société recevra le coup de grâce (voir encadré).
· Bataille juridique
La production de charcuterie ne démarrera qu'en 1999. Conçue pour produire 4,5 tonnes par jour, l'unité montera rapidement au rythme quotidien de 2 tonnes et demie. Opérant sur des niches particulières, elle misera sur des produits haut de gamme, le saucisson de poulet et de dinde, du pain de viande et des pâtés divers. «Avant de démarrer la production, nous avions voulu tester le marché, car nous arrivions avec un concept nouveau de la charcuterie», raconte Saïd Bouharrak. Le produit reçoit un bon accueil sur le marché.
Mais la crise de la dioxine en Belgique créera de la panique chez le consommateur. Les dirigeants préfèrent réduire la cadence de production, en attendant «de voir venir». Cependant, un autre coup dur les attendait. Cette fois-ci, c'est la chaîne de télévision 2M qui porte préjudice à sa marque dans un reportage. Saïd Bouharrak engagera contre elle à partir de juin 1999 une bataille juridique qui n'est pas encore achevée à ce jour.
Pour revenir avec force sur le marché, les deux associés se sont alliés à un important groupe belge opérant dans la production de viandes, Bauwens. Celui-ci est entré à hauteur de 50% dans le tour de table de KT Food qui porte son capital de 1,5 à 12 millions de dirhams. L'objectif était non seulement de réactiver les lignes de production, mais aussi de donner à l'unité un rythme qui lui permettrait d'aller aussi bien sur le marché local qu'à l'export.
Aujourd'hui, Bouharrak dresse son bilan à mi-chemin. Déterminé, il ne veut pas baisser les bras, bien que l'idée de démonter l'usine et de repartir en Europe effleure son esprit.
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Les coups de grâce
Pour les besoins de l'installation de KT' Food à la technopole de Nouaceur, ses responsables ont fait appel à l'importation clé en main de l'unité de production (panneaux isolants, groupes de refroidissement, notamment). Au niveau de la douane, la Direction appliquera un taux de 80%, sur la base d'une nomenclature erronée, explique Saïd Bouharrak. Les deux associés réclament alors un arbitrage de l'Organisation Mondiale des Douanes basée à Bruxelles et l'Administration marocaine reviendra sur sa position pour appliquer le taux de 2,5%. Entre-temps, l'usine clé en main est restée bloquée pendant plus de trois mois au port. Pour pouvoir être présente sur le marché, la société importe ses produits finis de Belgique et au démarrage de la production, l'importation s'est petit à petit tarie.
Une fois l'unité en place, les deux associés de KT'Food n'ont pas voulu s'arrêter là et ont introduit une demande en dommages et intérêts devant le tribunal administratif. Ils obtiennent gain de cause en première instance et la Douane interjette appel. L'affaire suit toujours son cours.
Parallèlement, la société se heurtera à un problème foncier avec le CIH.
Un accord entre l'ONDA, propriétaire du terrain de la technopole, et le CIH, obligeait tout entrepreneur à financer auprès de cet organisme ses investissements. Mais la débandade financière que connaît encore l'établissement de crédit bloquera les fonds. L'affaire finira par trouver une issue. Mais les malheurs de Saïd Bouharrak ne vont pas s'arrêter là et arriveront avec la tempête de la dioxine.
Suite à l'interdiction d'importation de charcuterie provenant de Belgique où avait éclaté le scandale sanitaire, 2M diffuse un reportage dans lequel elle incrimine la marque de KT'Food, "Flagrant Délice", comme étant contaminée par la dioxine. KT'Food porte l'affaire devant le tribunal de commerce pour réclamer réparation du préjudice commercial subi suite à ce reportage. Ce sera le coup fatal, l'image de la marque est touchée de plein fouet. Nous sommes en juin 1999.
«Avant même les autorités, et au moment du déclenchement de l'affaire en Belgique, nous avons procédé au retrait de nos produits des points de vente dans lesquels nous étions présents. Ce retrait visait à éviter toute interprétation et confusion «dans l'esprit des consommateurs», rappelle Saïd Bouharrak. La société perdra près de 70% de son chiffre d'affaires. Etat de fait rejeté par le tribunal qui a considéré, sur le fond, que 2M n'était en rien à l'origine de la débâcle de la société. La Cour d'appel a confirmé le jugement de première instance et la société KT'Food s'est pourvue en cassation. Le dossier est toujours devant la Cour Suprême.
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«Que le gouvernement me donne une loupe pour chercher ce qu'il a fait»
- Si vous deviez demander à Youssoufi un cadeau, que lui demanderiez-vous?
- Ma demande s'adresserait à toute l'équipe gouvernementale. Qu'ils me donnent la loupe pour aller à la recherche de ce qu'ils ont véritablement fait. Entre les promesses et les actes, il n'y a rien ou peu de choses. Il faut que cette équipe respecte ses engagements. Un investisseur, qu'il soit déjà là ou doive venir, s'informe et lit les discours mais très souvent se heurte à une autre réalité. La seule administration qui marche bien aujourd'hui, c'est la douane.
- Que pensez-vous des associations professionnelles?
- Au Maroc, il n'y a pas encore de culture d'association. D'abord, pour en constituer une, c'est le parcours du combattant. Ensuite, le Marocain moyen n'a pas encore la culture du débat, défend ses intérêts en premier lieu et une association ne peut pas vivre avec cela.
Il y a certes des associations actives, mais elles sont toutes structurées de façon paternaliste.
- Et les syndicats?
- J'ai le coeur à gauche. Je suis pour un syndicat qui veille à la bonne application de la législation du travail. Malheureusement, les syndicats sont devenus des ustensiles politiques.
-Et la politique?
- Je n'arrive pas encore à trouver les programmes des partis politiques. Où sont-ils? Des fois, vous avez des partis à gauche alors qu'ils sont à droite. En tant que Marocain, j'ai mes convictions, mais je ne sais pas pour qui je vais voter. La politique au Maroc a encore du chemin à faire et on débute avec de nouvelles règles.
- Quelle erreur éviteriez-vous de refaire dans votre parcours professionnel?
Faire confiance à la parole donnée, que ce soit celle de l'administration, des banques ou du privé.


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