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Abdou, le Souiri, prend la vague
Publié dans L'Economiste le 01 - 07 - 2005


· Il ouvre un surf shop à Mogador
· Système D et passion pour se lancer
· Comment cet apprenti tailleur a viré de bord
Longue chevelure délavée par l'océan, épaules carrées et yeux menthe à l'eau, Abderrahim dit «Abdou», 27 ans dont 9 de glisse a ouvert son surf shop dans la cité des mouettes. Le premier tenu par un Marocain à Essaouira, spot charismatique pour les fous de la glisse en mer.
Le jeune homme, souiri d'origine, s'exprime d'une voix à peine audible et semble gêné que l'on s'intéresse à lui.
Ouvrir son propre surf shop était un rêve. Passionné par l'océan et ultra doué dans son sport, il entame le long parcours qui l'a amené là aujourd'hui.
«J'avais 17 ans, je fabriquais des barques avec des amis. A l'époque, il n'y avait que quatre surfeurs au Maroc. Je connaissais bien l'océan mais je ne voulais que nager, je ne m'intéressais pas encore à ce sport». Un jour, Abdou essaie la planche d'un touriste débarqué pour surfer les vagues d'Essaouira, «j'ai ressenti la sensation de glisse et depuis, c'est comme une drogue», confie-t-il.
Sa première planche, le jeune homme à l'air juvénile l'achète à un touriste belge pour 600 DH. Particularité: elle est usée jusqu'à la moelle et surtout… c'est une planche à voile donc 7 fois plus lourde qu'un surf! Pas évident sur l'eau. «J'ai enlevé le mât et j'ai bouché les trous avec de la résine», dit-il simplement, les yeux qui brillent. «A Essaouira, tout le monde me disait: c'est pas une planche! Je suis parti surfer quand même, je m'en fichais. Je n'avais pas de combinaison, rien. Pendant deux mois, je n'ai fait que ça».
Hiver comme été, il surfe sans combinaison dans l'eau glacée de l'Atlantique. Il s'achètera plus tard une combinaison deux pièces aux puces… mais destinée à la plongée. «J'ai passé deux ans comme ça, jusqu'à aimer cette planche comme ma petite amie».
7 KG sur l'épaule et trois quarts d'heure de marche quotidienne pour aller chercher les vagues. Il progresse vite.
En 1999, l'Association des surfeurs d'Essaouira est lancée, «je suis sélectionné pour les compétitions qui ont lieu à Casablanca». Il se classe 6e national et est reconnu par ses pairs. Trois ans de contests (compétitions dans le jargon des pros), «j'ai découvert la différence entre surfer pour soi et pour les autres».
De retour à Essaouira, une grosse équipe de pros (Français, Australiens…) descend au Maroc et le remarque pour des prises de vue destinées au magazine Ride the planet. Salomon, la prestigieuse marque française rachetée en mai par le groupe finlandais Amer Sport, le repère et le sponsorise. Le petit gars d'Essaouira, qui a vécu toute son enfance «dans la rue», a de la peine à réaliser ce qui lui arrive.
«Trois mois plus tard, je dois rejoindre le crew à Biarritz. Le consulat, même avec la pression du sponsor, ne m'accordera jamais le visa». L'expérience est douloureuse. De la compétition internationale qui a lieu dans le pays basque, il ne conserve que… l'affiche géante couleur sépia.
Juillet 2002, le Festival de sport de glisse international est organisé dans la petite ville portuaire. «Là, je vois des surfeurs des quatre coins du monde», et… aucun d'Essaouira n'ose participer. «Je pars le matin pour m'inscrire, tous les autres surfeurs me disent que je suis malade. J'ai juste envie qu'on sache que l'esprit de la vague existe à Essaouira». Il finit 1er sur les 24 pros, affrontant un Australien en finale. «Le soir, un gars m'appelle: tu sais que tu as gagné?» Il remporte un chèque de 5.000 DH et remet sa coupe au président de l'Association d'Essaouira qui l'avait mis dehors à cause de son esprit rebelle «il fallait surfer de telle heure à telle heure, je ne m'y suis pas plié…» La somme est énorme pour Abdou qui se forme alors au métier de couturier. Il part deux mois surfer toutes les grosses vagues du sud.
Pendant 3 ans, il sera tailleur de vêtements l'hiver et moniteur de surf pour l'UCPA (Union nationale des centres sportifs de plein air) l'été.
Son surf shop baptisé «L'Ile de feu», «c'est juste pour attirer l'œil». Abdou souhaite monter plus tard une école de surf. Ce fils d'une mère cuisinière et d'un père menuisier veut transmettre sa passion à tout prix.
«L'Ile de feu», minuscule local dont l'enseigne est dessinée à la main est située au coeur de la médina. Abdou a repeint les murs et refait l'électricité. Au total: 2 m2 loués depuis février dernier à un ami pour 500 DH le mois. «Cet hiver à été rude, je n'ai eu personne pendant une longue période». Il a fait très froid et le vent cinglant n'encourageait pas à se mettre à l'eau. 3 surfs et 4 longboards, 6 combinaisons et un body board… Le tout d'occasion pour 8.000 DH.
Pour acquérir son matériel, sa grand-mère lui offre deux tapis anciens en laine, tissés à la main. Il a conscience du sacrifice que cela représente pour elle. Il les revendra 3.000 DH pièce. Abdou court alors les puces pour dénicher des planches «qui tiennent la route». Il aménage sa boutique avec les moyens du bord. «Mais ça commence à marcher», dit-il heureux.
A Pâques, le jeune homme a «bien travaillé». Environ trente touristes l'ont contacté grâce aux cartes et affiches confectionnées par ses soins, puis déposées dans les hôtels et restaurants de la ville. Ses prix sont infiniment plus light que ceux pratiqués par la concurrence: deux enseignes pour 3 magasins dans la petite ville, Gipsy surfeur et No walk Time. 150 DH la journée pour les cours d'Abdou contre 100 DH en moyenne de l'heure chez les autres.
Tout est modeste chez Abdou, il n'en a cure. «La boutique est petite mais la mer est immense. La vague accepte tout le monde, riche ou pauvre».


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