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Malgré les derniers efforts de l'édition : Les faiblesses mises à nu face à la concurrence étrangère
Publié dans L'Economiste le 17 - 11 - 1994

Le SIEL, par sa 5ème édition qui se déroule à Casablanca du 11 au 20 novembre, améliore son organisation. Le livre marocain est fortement concurrencé par celui du Moyen-Orient. Quant au livre français, il devient un produit de luxe.
Le 5ème SIEL (Salon International de l'Edition et du Livre) semble s'installer désormais sur une solide assise, grâce à une accumulation de savoir-faire. Il aspire à être un événement majeur de la culture. "Nous espérons qu'in jour le SIEL de Casablanca devienne aussi puissant que les plus grands Salons du monde, qui ne sont d'ailleurs pas très nombreux (n'atteignant pas une dizaine)", déclare M. Mohammed Allal Sinaceur, ministre des Affaires culturelles, organisateur de ce Salon, en collaboration avec l'OFEC sous le Haut Patronage de Sa Majesté. En effet, cette 5ème édition se démarque par une extension considérable de la surface du Salon (dressé au Grand Palais de l'OFEC), par le foisonnement livresque des stands, le nombre significativement accru des exposants, dont 58 étrangers. Ouvert par les stands prestigieux, celui présentant les ouvrages de Sa Majesté ou écrits sur Le Roi, et celui exposant le livre de S.A.R. Le Prince Héritier Sidi Mohammed, le Salon se déploie sur 2 grandes parties: le livre en langue arabe à gauche et le livre en langues étrangères, essentiellement française, à droite.
Art et production
Le premier ensemble est composé par les éditeurs et libraires marocains spécialisés dans le livre arabe, par une forte présence égyptienne, un stand du Koweït à l'allure fastueuse, quelques stands syriens, libanais, iraniens et un stand chinois de livres en langues française et arabe. Le second ensemble se décline en stands de l'édition marocaine francophone, de la librairie à dominante francophone. Certains de ces deux types d'exposants représentent les plus importantes maisons d'édition françaises. Quelques notes soulignant l'art ancestral de l'écriture sont données par l'exposition de manuscrits rares: certains datent d'il y a mille ans. La reliure traditionnelle du livre est là. Charmante originalité du Salon: le stand pictural de Tayeb Saddiki, avec des toiles mettant en scène, dans toute sa grâce, le signe calligraphique arabe. Il faut aussi mentionner les stands de l'IMA (Institut du Monde Arabe), du Ministère de la Culture, qui exerce une petite activité d'édition, du Ministère de la Communauté Marocaine à l'Etranger, et la présence de quelques associations de presse et de facultés. A l'extérieur du Grand Palais de l'OFEC sont aménagés des espaces destinés à l'animation culturelle, très développée dans cette 5ème édition, et un espace "Enfants", avec des jeux et des mannequins géants représentant des personnages de bandes dessinées et des dinosaures.
La double vocation du Salon, économique et culturelle, explique M. Sinaceur, consiste d'une part en l'exposition de la production culturelle écrite, en vue d'en faire connaître la qualité et d'en assurer la commercialisation. D'autre part, elle offre l'occasion d'aborder les questions culturelles du livre, tout en étant propice au dialogue inter-cultures. Placé sous le thème "culture et technologie", le 5ème SIEL rend compte des nouveaux moyens techniques d'édition et d'impression ainsi que leur influence sur le paysage culturel.
Livre scolaire
L'édition au Maroc, représentée par une trentaine de sociétés, tout en mettant progressivement en place une industrie du livre, a amélioré son produit du point de vue de l'impression. Le livre scolaire ne pose pas de difficulté majeure, car il bénéfice d'un marché traditionnellement assuré par un nombre toujours croissant de scolarisés. Mais du côté de l'édition pure, les choses vont tout autrement. "La littérature, les essais constituent une jeune branche dont la maturité est difficile à atteindre", indique M. Retnani, PDG de "Eddif". Si le secteur n'est pas encore assez porteur, c'est qu'il n'existe pas un nombre suffisant d'auteurs comme de lecteurs potentiels pouvant jouer un rôle stimulateur sur son développement. En outre, ajoute un professionnel, "entre les auteurs existants et les éditeurs subsiste une sorte de malaise, de manque de confiance". Ce qui s'explique par le fait que les écrivains prisés, qui assurent une relative continuité dans la production littéraire, ont pris l'habitude de faire éditer leurs publications à l'étranger, y accédant à un marché plus vaste. Par ailleurs, le livre culturel marocain souffre d'une redoutable concurrence de la part du livre d'Egypte et de celui du Liban: ces 2 pays, connus pour leur tradition littéraire et éditoriale, sont très prolifiques, notamment en livres de théologie et d'histoire. Dans le roman et dans le livre pour enfant, ils présentent au SIEL une grande richesse et une grande diversité. En outre, comme leurs tirages sont plus importants, leurs prix sont plus compétitifs. "Nos tirages ne dépassent pas 2.500 à 3.000 exemplaires", déplore M. Retnani. Ils ont également beaucoup développé la traduction, éditent en 3 langues (arabe, français, anglais), et même en russe pour la Syrie (où une part importante des lecteurs ont étudié en Russie). Au Koweït où se tient d'ailleurs en ce moment un Salon du livre, la quasi-totalité de l'activité de l'édition est publique, ce qui sous-entend les moyens considérables dont elle dispose. Autre avantage des Orientaux: ils bénéficient de l'aide de leurs pays pour exporter leurs livres.
Nouveaux horizons pour l'édition marocaine
Laïla B. Chaouni, PDG de "Le Fennec", évoque le problème de la médiatisation du livre, hormis sa promotion par le SIEL, ainsi que la cherté du livre marocain (bien qu'il soit 2 fois et demie moins cher que le livre importé de France, selon M. Retnani). Le prix coupe l'éditeur de sa cible.
Un phénomène aberrant de l'édition marocaine, rappelé par M. Hoballah d'"Afrique-Orient", reste celui de "l'édition à compte d'auteur" (l'auteur imprime et rend son livre sans passer par un éditeur ni par un distributeur), très répandue, de nature illégale et forcément néfaste pour l'éditeur. Cependant, malgré ces difficultés qui se dressent devant l'édition marocaine, 3 facteurs devraient normalement lui permettre de les dépasser. Le livre français devenant de plus en plus inaccessible au pouvoir d'achat marocain. Cela devrait inciter l'édition locale à prendre le relais. La concurrence orientale devrait provoquer une émulation au niveau de la production littéraire et par conséquent de l'édition.


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