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Exclusif
Comment comprendre et sortir de la crise? Septième partie: Pourquoi les marchés ne sont-ils pas efficients? Par George Soros
Publié dans L'Economiste le 01 - 09 - 2009


Résumé des articles précédents
George Soros a détaillé les causes de la crise financière mondiale et analysé les conséquences pour la position géo-économique des pays et des grands ensembles économiques, dont les pays émergents. Dans cette septième partie il se penche sur les mythes et légendes qui peuplent la science économique, spécialement en ce qui concerne le rôle réel des marchés.
La théorie économique dominante aujourd'hui concernant les marchés financiers – celle de l'hypothèse d'efficience du marché (HEM) - a bel et bien été discréditée par le krach de 2008. La crise financière actuelle n'a pas été causée par un facteur extérieur – comme la formation ou la dissolution d'un cartel pétrolier – mais par le système financier lui-même. Cette constatation invalide le postulat selon lequel les marchés financiers tendent à l'équilibre et que toute disparité est due à des chocs exogènes.
Sous la pression de la crise, un nouveau paradigme est, semble-t-il, en train de naître pour expliquer le fonctionnement des marchés. Il est basé sur l'économie comportementale et la théorie systémique évolutionnaire (voir encadré explicatif). J'ai suivi le développement de ces deux théories avec le plus grand intérêt et je reconnais leur valeur. Je m'inquiète pourtant qu'elles aient négligé certaines idées importantes. Si elles devaient devenir la nouvelle orthodoxie, je crains qu'elles ne constituent des obstacles à une compréhension claire des marchés financiers, pour des raisons que je vais tenter d'expliquer.
L'économie comportementale étudie les caprices du comportement humain et leurs conséquences sur le comportement du marché. Par des expériences, elle a démontré l'existence de plusieurs exemples de rupture avec un comportement rationnel, sous la forme de biais de perception caractéristiques des décisions prises dans des conditions d'incertitude, et qui vont à l'encontre des intérêts économiques de l'acteur concerné.
Cette constatation remet en cause les hypothèses de comportement rationnel et d'efficience des marchés. Les tenants de cette dernière ont réagi en admettant l'existence de ces comportements inefficaces, mais en affirmant qu'ils pouvaient être éliminés par voie d'arbitrage.
Cette affirmation a servi de justification aux fonds spéculatifs soi-disant neutres au marché, qui prétendent pouvoir réaliser des bénéfices élevés en exploitant les opportunités d'arbitrage par effet de levier. L'exemple le plus connu est celui de Long Term Capital Management (LTCM) dont la quasi-faillite en 1998 a provoqué de graves perturbations au sein du système financier mondial. L'économie comportementale n'a aucune explication pour la déroute de LTCM. Ou plus exactement, l'explication sous-entendue est que les biais de perception étaient plus forts que la capacité de LTCM à faire face aux turbulences. Cette interprétation est bien moins satisfaisante que le concept de «biais cognitif » ou de « bulles se renforçant mutuellement » que j'ai avancé, dans la théorie de la réflexivité (voir partie 8).
La théorie systémique de l'évolution formule, elle, par contre, une hypothèse globale. Andrew W. Lo du MIT, et d'autres, ont formalisé cette approche sous la forme de l'hypothèse des marchés adaptatifs (HMA). L'institut de Santa Fe travaille aussi dans ce sens. La tendance est aujourd'hui à l'application au plus grand nombre de domaines possibles du concept darwinien de la survie du plus apte.
La HMA, telle que proposée par Lo, considère les marchés financiers comme des écosystèmes dans lesquels les acteurs suivent différentes stratégies complémentaires pour optimiser le taux de survie de leur matériel génétique, c'est-à-dire les profits. Elle échappe aux contraintes inhérentes à la HEM en admettant toute stratégie tant qu'elle vise à la survie.
La HMA a le grand mérite de pouvoir être modélisée, sous forme de modèles dynamiques: tant les stratégies que leur prévalence évoluent au cours de l'itération. Le concept d'équilibre peut être remplacé par une interaction à double sens, analogue à la réflexivité. Cette technique de modélisation a d'abord été développée pour l'étude de la relation à double sens entre les populations de prédateurs et leurs proies, où elle s'applique parfaitement. Depuis lors, ces modèles «adaptatifs» se sont étendus à d'autres domaines que les marchés financiers, et notamment à l'étude de la religion.
Il est évident que l'hypothèse des «marchés adaptatifs» a de nombreux points communs avec la réflexivité. Je suis fasciné par cette approche et j'espère qu'elle ouvrira la voie à une modélisation de la réflexivité - qui semble être le principal obstacle au fait que mon concept ne soit pas pris plus au sérieux. Et pourtant je redoute aussi ce jour. Je crains que mes idées ne soient déformées au cours du processus de modélisation.
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Les deux prochaines modes
«L'économie comportementale» et la «théorie systémique évolutionnaire» sont en train de devenir à la mode. Elles tenteront de remplacer les modèles mathématiques de calcul du risque et du prix ou encore le dogme économique selon lequel les marchés sont performants par définition.
L'économie systémique évolutionniste ou évolutionnaire souligne le caractère dynamique des processsus économiques. L'école évolutionniste met au centre les évolutions affectant les institutions, les entreprises et les mécanismes de l'innovation. L'idée est reprise de Darwin et de Lavoisier: des innovations, des comportements… transforment définitivement et en permanence les systèmes, dans ce cas, les marchés. Toutes les innovations ne deviennent cependant pas des «routines». Une branche de cette théorie étudie en amont les mécanismes qui déterminent les innovations. Une autre se penche sur les «sentiers de dépendance», c'est-à-dire les données historiques ou «anciennes routines», déterminant le futur. Les théoriciens sont : Joseph Schumpeter, Thorstein Veblen, l'ةcole autrichienne de Friedrich Hayek et Carl Menger. Il arrive aussi qu'on range dans cette ligne les néo-marxistes. Ces approches sont fréquentes pour les firmes. Les penseurs les plus importants sont: Richard R. Nelson, Sidney G. Winter et Giovanni Dosi pour la théorie de la firme.
L'économie comportementale étudie le comportement des êtres humains, individuellement ou en petits groupes, dans les situations économiques, pour décrire et expliquer pourquoi, dans certaines situations, les êtres humains adoptent un comportement qui peut sembler paradoxal ou non-rationnel, c'est-à-dire contraire à la théorie de l'Homo œconomicus. Le terrain par excellent de cette école est le marché financier, où les comportements irrationnels sont fréquents.
Ce courant de recherche s'appuie donc sur l'expérimentation (uniquement en petits groupes, pour des raisons éthiques), le recueil de données réelles et en appelle à la psychologie et à la psycho-sociologie. Une branche a évolué vers la «neuro-économie» spécialement pour servir les recherches en marketing.
Les théoriciens les plus en vue sont Daniel Kahneman (prix Nobel en 2002), Richard Thaler et Pierre Bourdieu.
Copyright: Project Syndicate, 2009
Traduit de l'anglais par Julia Gallin


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