Visiblement le ministre de l'Equipement et du transport, Abdelaziz Rabbah, est tout décidé à venir à la rescousse des armateurs marocains en situation critique depuis quelques années déjà, et pour preuve le ministre a tenu, il y a quelques jours, une «réunion élargie consacrée à l'examen de la situation difficile des compagnies maritimes marocaines et à l'identification des moyens à même de surmonter les difficultés qu'elles connaissent». «Certes nous n'avons pas directement été représentés, mais il s'agit là d'un signal fort de la part de la tutelle, qui consiste à appliquer la stratégie du gouvernement pour la mise à niveau du transport maritime national.», souligne Mostafa Fakhir, secrétaire général du Comité central des armateurs marocains. À l'issue de cette réunion, il a été décidé de mettre en place une stratégie pour le secteur via, notamment, un contrat programme : «Nous avons déjà soumis nos propositions dans ce sens à la tutelle et nous attendons le lancement des négociations et des débats autour de la question», note Fakhir. Concernant ces propositions, elles portent sur deux volets que les armateurs estiment très importants. Il s'agit de réformes à entreprendre au niveau du plan législatif et fiscal et de la gouvernance. Les propositions des armateurs Concernant les mesures d'ordre législatif et fiscal, qui doivent être entreprises sur le court terme (2 ans au maximum), les professionnels proposent l'adoption des lois réglementant les professions d'agent maritime, de courtier d'affrètement et d'expert maritime, sachant que les projets de lois sont déjà prêts ou en cours d'élaboration. Ils demandent également l'instauration du pavillon bis pour les navires de commerce. Sur ce point, il faut rappeler que la concurrence de plus en plus rude des flottes battant pavillons de complaisance, comme celle du PANAMA ou du LIBERIA, diminuent la part de marché des opérateurs nationaux. Pour rétablir une concurrence loyale entre les entreprises marocaines et leurs concurrentes étrangères, les professionnels demandent la suppression de la retenue à la source de 10% sur les redevances versées par les affréteurs marocains aux armateurs étrangers et l'instauration d'une taxe au tonnage (www.leschos.ma). À ce niveau, il faut signaler que les professionnels se plaignent «d'un régime fiscal non compétitif alors que les compagnies étrangères sont totalement exonérées d'impôts et en situation de monopole» S'agissant de la gouvernance, qui doit faire l'objet de mesures allant sur 5 ans maximum, il s'agit de moderniser l'arsenal législatif relatif à la protection du littoral et de l'environnement marin, à la sûreté et à la sécurité portuaire et en mer, et à l'encadrement de l'activité économique liée à l'industrie maritime et navale. Il s'agit également d'améliorer la gouvernance du secteur à travers la création d'un Conseil supérieur de la politique maritime et portuaire. «Doter les futurs Conseils régionaux de prérogatives en matière de politiques maritimes, pour favoriser une décentralisation et une déconcentration favorisant la concertation avec les acteurs professionnels et associatifs, pour la mise en place de projets de développement maritime locaux», fait aussi partie des propositions. Ce n'est pas tout puisque les professionnels demandent la création d'un observatoire national maritime et portuaire. Ce dernier aura pour mission de mesurer et de suivre les différents indicateurs de performance des deux secteurs et de leur positionnement par rapport à l'international. En parallèle à ces mesures, les transporteurs maritimes demandent «le regroupement dans un seul département ministériel des différentes administrations pour une rationalisation des effectifs et de l'expertise dans le secteur visant l'unicité de l'action de l'Etat en mer». Ceci sans oublier le développement des compétences et des ressources humaines. Les objectifs Selon le comité central des armateurs marocains, ces mesures auront des effets positifs sur le secteur, qui permettront aux compagnies marocaines d'atteindre 35% de parts de marché, pour un chiffre d'affaires estimé à 34 MMDH en 2017. Elles devraient permettre également de disposer d'une flotte marchande nationale comptant 50 navires (dont au moins 5 vraquiers, 5 pétroliers et 4 chimiquiers pour sécuriser l'indépendance du transport maritime des produits alimentaires, énergétiques et phosphatés importés et exportés) avec une capacité de chargement de 500.000 tonnes pour revenir au moins à 75% de sa taille, prévalant durant les années 80-90. Quant au volet social, les armateurs estiment que leur plan devrait générer plus de 10.000 emplois additionnels directs et indirects. Cela étant, il s'agit dans l'immédiat de sauver les deux compagnies (Comanav et Comarit) dont les navires font l'objet de saisies pour fautes de paiement de créances : «Il s'agit là d'une mesure urgente, qui vient d'être décidée par le ministère de l'Equipement et du transport. Il ne faut pas oublier qu'il faudra préparer la campagne 2012.», note Fakhir.