C'est le grand «tiraillement» entre l'agriculture et l'urbanisation. Si pour le premier, l'enjeu principal est de disposer d'assez de terres pour ses réalisations en termes de productivité dans le cadre de sa stratégie de développement, le second secteur ne reste pas moins sensible à la même problématique foncière, puisqu'en pleine expansion. Auprès de la tutelle agricole, en tout cas, on se prépare déjà à prévisualiser les conséquences de cette situation. Une étude est effectivement sur le point d'être lancée pour, dans un premier temps, évaluer l'impact de l'urbanisation grandissante sur les superficies cultivables. Ce projet devrait ensuite à terme, mener à l'élaboration d'un plan d'action pour la protection des terres à vocation agricole du royaume, particulièrement celles autour des centres urbains et ruraux. Il faut savoir que la superficie agricole utile (SAU) du royaume couvre 8,7 millions d'ha, les forêts 5,8 millions, les nappes alfatières 3,2 millions et les parcours aménageables 21 millions d'ha. Selon les données de la tutelle, les terres agricoles cultivées ne représentent que quelque 12% de la superficie totale du territoire national, dont 13% seulement sont mis en valeur sous irrigation. Le reste - soit 87% du potentiel - est exploité en bour (non irrigué) et se trouve soumis, à des degrés divers, à une dynamique de dégradation par l'érosion hydrique ou éolienne, l'ensablement, la salinisation et à d'autres phénomènes de désertification. Ponctions Il s'en suit que l'espace cultivé qui présente les conditions d'une exploitation agricole rationnelle et rentable (qualité des sols, pluviométrie suffisante et régulière et/ou irrigation), demeure toutefois assez limité. «C'est paradoxalement cet espace limité qui est souvent la cible privilégiée des extensions urbanistiques», apprend-on auprès du département de l'Agriculture dans un document interne. D'après la même source, cette situation de forte pression sur les terres cultivables se porte spontanément sur les terres les plus productives des périphéries des agglomérations et des périmètres d'irrigation. Cela est dû au fait que ces fonciers «sont plus faciles à équiper et à bâtir et sont souvent desservis en eau pour l'irrigation», explique-t-on auprès de la tutelle. En particulier, «de grandes ponctions sont faites régulièrement par des promoteurs immobiliers sur des surfaces irriguées auxquelles l'Etat a consenti des efforts et des investissements considérables», dénonce la même source. Priorité Ce projet de programme d'actions de protection des terres à vocation agricole du royaume sera ainsi le premier outil protectionniste à la disposition du secteur primaire. Le ministère d'Aziz Akhannouch place au rang de «priorité nationale, la mise en œuvre de politiques propres à assurer une utilisation des terres en tenant compte de leur vocation et des objectifs de sécurité alimentaire du pays». La problématique du foncier agricole gagne en acuité si l'on considère, à une échelle beaucoup plus large, les impératifs de croissance rapide auxquels le secteur agricole doit répondre. Le souci foncier n'est pourtant pas récent dans le secteur agricole. Il perdure depuis quelques décennies déjà et le ministère de l'Agriculture avait déjà mis en place quelques actions visant une meilleure sauvegarde d'une certaine catégorie de terres. C'est le cas par exemple de la loi N°12-90, relative à l'urbanisme. Un «premier pas» à travers l'adoption, par cette loi, du principe d'une préservation accrue des terres à fort potentiel agricole. De plus, la tutelle sectorielle nécessite pleinement l'actualisation et le regroupement des études et recherches spécifiques en matière d'évaluation des terres, de conservation des terres agricoles ou d'amélioration foncière, menées de manière dispersée. Tout cela en sachant qu'aucune structure n'est mandatée pour la centralisation et la capitalisation de ces travaux.