Le rapport de l'IFC sur les industries culturelles et créatives marocaines consacre un chapitre entier aux opportunités offertes par la Coupe du monde de football 2030 que le Maroc co‐organise avec l'Espagne et le Portugal. En s'inspirant des Jeux olympiques de Paris 2024 et du Mondial 2022 au Qatar, l'étude propose trois initiatives concrètes pour faire de ce méga‐événement un accélérateur de croissance pour la mode, l'artisanat, les arts vivants et le tourisme culturel. Les industries culturelles et créatives peuvent jouer un rôle central dans la valorisation d'un événement sportif mondial. A ce titre, un chapitre entier du rapport «Assessment of the Creative and Cultural Industries in Morocco» est consacré au potentiel de la Coupe du monde de football 2030. IFC y souligne que «les stades réhabilités pourraient accueillir des concerts et des spectacles vivants, tandis qu'un meilleur accès régional permettrait aux créateurs de toucher des publics mondiaux». Pourtant, force est de constater que le potentiel des ICC est encore largement sous‐exploité dans la préparation de la Coupe du monde 2030. L'étude appelle ainsi à une mobilisation structurée et anticipée. Les enseignements de Paris 2024 et du Qatar 2022 Pour étayer ses recommandations, le rapport s'appuie sur deux benchmarks récents. Les Jeux olympiques de Paris 2024 ont démontré l'impact économique et culturel d'une telle mobilisation. L'événement a généré un bénéfice économique net estimé entre 7,2 et 12 milliards de dollars, attiré 358.000 touristes et impliqué plus de 2.000 entreprises, dont 79% de très petites entreprises. La cérémonie d'ouverture, qui a coûté environ 10 millions de dollars, a mobilisé plus de 3.000 danseurs et chorégraphes, des musiciens, des maisons de couture comme Louis Vuitton, des studios d'animation comme Illumination Paris, et des entreprises du jeu vidéo comme Ubisoft. Quant au Mondial 2022 au Qatar, il a été l'occasion d'une activation culturelle de grande ampleur autour de la mode. Un défilé organisé par CR Runway a réuni plus de 150 designers issus de 50 pays, dont 21 marques qataries, devant plus de 20.000 spectateurs. Cet événement, soutenu par Qatar Museums, Qatar Tourism et le Qatar Investment Authority, a bénéficié d'un hub créatif dédié, M7 Qatar, qui a joué un rôle clé en mettant en relation les créateurs locaux avec l'économie créative mondiale, en fournissant des outils et des espaces de production, et en offrant des programmes de formation et d'accompagnement. Trois initiatives concrètes pour le Maroc Sur la base de ces retours d'expérience, le rapport propose trois actions prioritaires pour le Maroc. La première consiste à organiser des défilés de mode et des foires artisanales d'envergure pendant la Coupe du monde. L'objectif est de mettre en lumière le savoir‐faire des créateurs marocains, des designers de caftans aux artisans du cuir et de la céramique, en les exposant à un public international de visiteurs et de médias. La deuxième initiative vise à créer des zones culturelles immersives dans les stades et les fan zones. Ces espaces pourraient proposer des ateliers de poterie, de tissage ou de calligraphie, des spectacles de musique et de danse traditionnelles, ainsi que des projections de courts‐métrages marocains, transformant chaque rencontre en une expérience culturelle totale. La troisième recommandation porte sur la promotion du tourisme culturel prolongé. L'idée est d'encourager les visiteurs étrangers à prolonger leur séjour au‐delà des matchs pour découvrir les régions, leurs sites historiques, leurs coopératives artisanales et leurs festivals locaux, générant ainsi des retombées économiques durables pour l'ensemble du territoire. Des infrastructures et des hubs à développer Le rapport insiste sur la nécessité de préparer le terrain dès maintenant. Il recommande de réhabiliter les stades non seulement pour le football, mais aussi pour qu'ils deviennent des lieux polyvalents capables d'accueillir des concerts et des spectacles vivants. Il préconise également la création ou le renforcement de hubs créatifs sur le modèle de M7 Qatar. Ces structures joueraient le rôle de facilitateurs entre les créateurs, les investisseurs et les organisateurs de l'événement, en offrant des espaces de travail, du matériel, des formations et un accompagnement à l'export. L'étude conclut qu'«une stratégie culturelle intégrée, associée à des investissements ciblés dans les infrastructures et l'accompagnement, permettrait non seulement de renforcer l'attractivité de l'événement, mais aussi de laisser un héritage durable pour le secteur créatif marocain».