Portée par une vision stratégique royale et des investissements massifs dans divers secteurs (maritime, dessalement, réseau électrique, énergie, social…), la région change de visage pour s'ériger en carrefour économique entre le Maroc et l'Afrique. Avec un Plan d'action communal déjà réalisé à 80% et des projets structurants en cours de réalisation dans le cadre du PDR, Dakhla diversifie son économie au-delà de la pêche. La région de Dakhla-Oued Eddahab contribue à hauteur de 1,2% au PIB national. Elle se caractérise par ailleurs par la multiplicité de ses projets : port de Dakhla Atlantique, station de dessalement de l'eau de mer adossée à un parc entièrement éolien, autoroute électrique de haute tension Dakhla-Casablanca, raccordement de la ville au réseau national, projet de gazoduc Maroc-Nigeria, pôle de santé comprenant un CHU, et futur positionnement sur les centres de données alimentés par des énergies renouvelables. Comptant 219.965 habitants, elle s'apprête à changer complètement de visage au cours de la prochaine décennie. Actuellement, deux documents de référence à finalité programmatique, avec des actions locales et régionales liées à la durée des mandats actuels du conseil régional et communal, assurent cette métamorphose dans la continuité de l'esprit du Nouveau modèle de développement des provinces du Sud (NMDPS). Lancé le 6 novembre 2015, celui-ci a déjà consolidé la profondeur africaine du Maroc sur le plan terrestre avec la réalisation de la voie express Tiznit-Dakhla et le début de mise en œuvre de l'initiative royale pour l'Atlantique. Aménagement des routes et voiries, travaux d'assainissement collectif et de réseaux divers, mise à niveau urbaine de la ville y compris les corniches, éclairage public, espaces verts et transport public par bus, gestion de déchets ménagers, mise à niveau des bâtiments publics et de leurs façades… le chef-lieu de la région de Dakhla-Oued Eddahab, à savoir la commune éponyme, s'offre actuellement une cure de jouvence dans le cadre du PAC de la ville de Dakhla 2022-2027. À noter que la gouvernance de cette mise à niveau urbaine a fait l'objet d'une attribution à la SDL Dakhla Aménagement et Développement, et ce, en partenariat avec l'ensemble des acteurs concernés. Le PAC avancé à hauteur de 80% Selon Erragheb Hormatollah, président du Conseil communal de la ville de Dakhla, «après quatre ans de mise en œuvre, le plan d'action de la Commune (PAC), articulé autour de quatre axes, est avancé à hauteur de 80%. Son financement a été assuré par les moyens propres de la commune, mais aussi en coopération avec plusieurs ministères. Le FEC a également été sollicité dans le cadre de la contractualisation de crédits pour financer sa part dans l'ensemble des projets». Si le programme de mise à niveau urbaine a nécessité 950 MDH, le programme prioritaire et urgent de réhabilitation de la ville a mobilisé 430 MDH. Ces fonds ont été destinés à l'amélioration de l'accès à l'approvisionnement en eau, l'assainissement, l'éclairage public, la réutilisation des eaux usées et la collecte des déchets. À cela s'ajoutent 230 MDH pour la réalisation des équipements publics et services, y compris les marchés de proximité et piscines communales. Sachant par ailleurs que l'ancien Schéma directeur d'aménagement urbain homologué en 2015 ne répond plus aux nouvelles réalités territoriales, un nouveau SDAU de la Baie de Dakhla Oued Eddahab a été déjà lancé par le ministère de l'Aménagement du territoire national, de l'Urbanisme, de l'Habitat et de la Politique de la ville. C'est ce document qui va établir les choix prospectifs stratégiques de développement et d'aménagement de toute la baie pour une durée de 25 ans, et ce, dans le cadre d'une vision de développement globale. PDR : une logique de «projet intégré» L'autre document de référence, et non des moindres, est le PDR de la région. «Au sein du Conseil régional de Dakhla Oued Eddahab, nous opérons selon la logique du «projet intégré» qui allie les dimensions économique, sociale et environnementale, plutôt que sur la base d'une approche basée sur des initiatives dispersées. C'est pourquoi nous lions le financement à des objectifs tracés et à des indicateurs mesurables, tout en procédant à une évaluation périodique de l'impact des programmes sur la région en parfaite synergie avec les autorités publiques et les départements ministériels pour la mise en œuvre du Programme de développement intégré des provinces du Sud», a souligné Moulay Boutal Lembarki, vice-président du Conseil de la région de Dakhla-Oued Eddahab. Avant d'ajouter que «la région considère la coopération Sud-Sud comme un choix stratégique, en parfaite harmonie avec la Vision royale qui a fait de l'Afrique une profondeur naturelle pour le Maroc et un pilier de la politique du Royaume, et ce, d'autant plus que l'Afrique devrait passer au cours des prochaines décennies de 1,5 à 2,5 milliards d'habitants. La région de Dakhla, qui est un espace de rencontre pour l'Afrique Atlantique, œuvre de ce fait à transformer cette situation en opportunités réelles de développement commun et en un modèle pratique de coopération Sud-Sud dans le cadre de la vision royale». Le Port Dakhla Atlantique à 50% d'avancement des travaux Selon Moulay Boutal Lembarki, ce choix se concrétise par le projet du Port Dakhla Atlantique, dont le taux d'avancement des travaux a atteint environ 50% et dont le coût global dépassera les 17 MMDH. À noter que sa zone logistique est conçue en vue d'être une plateforme pour les pays d'Afrique, et en particulier du Sahel, dans le cadre de l'Initiative royale qui cible 23 pays africains riverains de l'Atlantique. Ce port, avec sa zone d'accélération industrielle, fera de la région un espace de connexion entre l'Afrique, l'Europe et l'Amérique, ainsi qu'un espace de collecte, de valorisation des produits africains et de leur réexportation. La région se trouve aussi à un carrefour de projets continentaux tels que le Gazoduc Nigéria-Maroc et une zone d'opportunités pour l'émergence d'une économie bleue africaine à travers la pêche maritime, l'aquaculture, le transport maritime et la logistique. Afin de renforcer la coopération Sud-Sud, «il est indispensable d'achever le tronçon de la voie express Tiznit-Dakhla vers Guerguerat afin de faire de la région un maillon essentiel dans la liaison terrestre entre le Maroc et sa profondeur africaine. Ce chantier royal, avoisinant les 10 MMDH, s'étend sur environ 1.055 kilomètres et relie notre région au reste du Royaume en passant par Guelmim, Tan-Tan, Laâyoune et Boujdour. Il s'agit aussi d'accélérer le projet de Gazoduc Maroc-Nigéria ainsi que des projets comme la liaison ferroviaire, la création de réseaux électriques transfrontaliers et la construction de corridors de services de données massives (Big Data). Objectif : relier le Maroc à sa profondeur africaine en faisant de la région une véritable plateforme pour l'intégration africaine atlantique.» Les secteurs prioritaires Les principaux secteurs déjà identifiés s'articulent autour de cinq axes : l'économie bleue, l'agriculture durable sous serre, en s'appuyant sur le dessalement de l'eau de mer, le tourisme écologique et sportif, les énergies renouvelables et l'hydrogène vert, et ce, en exploitant le potentiel éolien et solaire de la région. Il s'agit aussi de la transformation digitale et des industries à travers les centres de données, l'intelligence artificielle et les services numériques à distance. «Notre objectif est de passer d'une région dépendant essentiellement de la pêche maritime à un modèle économique diversifié, créateur d'emplois stables et de haute valeur ajoutée au profit de la population de la région», insiste Moulay Boutal Lembarki. C'est dans cette perspective que la région abrite désormais des institutions d'enseignement et d'éducation supérieure telles que l'Ecole nationale de commerce et de gestion (ENCG Dakhla), l'Ecole supérieure de technologie (EST), destinée à se transformer prochainement en école d'ingénieurs, en plus de l'offre éducative dans les métiers de la santé et de la médecine. La région dispose aussi de la Cité des métiers et des compétences (CMC) de Dakhla avec une capacité d'accueil estimée à 1.400 stagiaires. Dessalement : les travaux en cours dans la station La région Dakhla-Oued Ed-Dahab enregistre annuellement des niveaux de production dépassant 1,5 million de tonnes de produits de la mer, ce qui en fait l'une des zones les plus riches en ressources marines au niveau national. Elle accapare aussi une part importante des projets d'aquaculture, avec plus de 6.210 hectares (ha) et une capacité de production programmée avoisinant les 78.000 tonnes, ce qui en fait la première région du pays dans ce domaine. L'un des plus importants centres d'écloserie de poissons et de mollusques a d'ailleurs été créé à Dakhla. Concernant le secteur de l'eau et de l'agriculture, les travaux sont en cours pour la réalisation d'une station de dessalement d'une capacité totale avoisinant les 37 millions de mètres cubes (M3) par an, soit environ 117.000 M3 par jour. Environ 30 millions de M3 seront orientés vers l'irrigation de quelque 5.000 ha de fermes agricoles sous serres et de fermes modèles, alors que 7 millions de M3 par an seront consacrés à l'approvisionnement en eau potable de la ville de Dakhla et des centres avoisinants. Avec le tourisme et, notamment, les sports nautiques, la région dispose d'une capacité d'accueil totale de 3.118 lits répartis sur 52 unités d'hébergement touristique classées. Cette offre, qui est particulièrement diversifiée (campings touristiques, maisons d'hôtes, résidences touristiques, hôtels classés de 1 à 4 étoiles), accompagne ainsi la croissance soutenue du secteur. Le nombre de nuitées est passé d'environ 31.000 au début de la dernière décennie à plus de 326.000. Quant au nombre d'arrivées, il s'est élevé à 95.000 en 2024. La vision de la région est de renforcer ce positionnement en encourageant l'investissement dans les infrastructures touristiques. 2,6 MMDH pour le raccordement de Dakhla au réseau national d'électricité Pour ce qui est du secteur des Energies renouvelables, de la Digitalisation et de la Transition numérique et énergétique, la région œuvre à faire de ce territoire une plateforme nationale et continentale dans les domaines de l'énergie éolienne et solaire avec l'accueil des projets d'hydrogène vert, renforçant la sécurité énergétique. Elle a récemment signé des mémorandums et accords stratégiques dans le domaine de la transformation numérique et de l'énergie, avec la création d'un centre de données vert (Green Data Center) fonctionnant exclusivement aux énergies propres en plus de la création d'un institut pour l'intelligence artificielle et la transition énergétique, en tant qu'entité de formation, de recherche et d'innovation dans les domaines de l'IA, de l'Internet des objets et de leurs applications énergétiques. Dans le domaine de l'énergie et des infrastructures électriques, le raccordement de Dakhla au réseau national d'électricité, via les lignes à haute et très haute tension, est considéré comme un tournant qualitatif dans le processus d'intégration de la région dans le système énergétique du Royaume. Ce projet stratégique de raccordement de la ville de Dakhla au réseau national d'électricité est réalisé avec une enveloppe financière d'environ 2,6 MMDH, dans le cadre d'un partenariat entre l'ONEE, la région Dakhla-Oued Ed-Dahab et d'autres partenaires. Yassine Saber / Les Inspirations ECO