Une trêve syndicale a été actée au ministère de la Santé après la réunion du 21 janvier 2026 entre le ministre et la Coordination syndicale nationale. En échange, les syndicats disent avoir obtenu des engagements sur l'application des points restants de l'accord du 23 juillet 2024, la publication de textes attendus et l'urgence du décret de mobilité. Le dossier du premier Groupement sanitaire territorial lancé à Tanger-Tétouan-Al Hoceïma, projet pilote appelé à être généralisé au niveau national, reste au cœur des inquiétudes. La réunion du 21 janvier 2026 au ministère de la Santé et de la Protection sociale était bien plus qu'un rendez-vous administratif de plus. C'était un moment charnière, à un moment où la contestation syndicale était en train de se structurer en programme de mobilisation, avec un risque réel de paralysie progressive du système de santé. Cette rencontre a réuni la Coordination syndicale nationale et le ministre, entouré de ses conseillers, en présence du secrétaire général du ministère, du directeur des ressources humaines et de cadres des directions centrales. Ce format élargi n'est pas anodin. Il marque la volonté de l'Exécutif de traiter le dossier au niveau central, au plus près des leviers décisionnels, en mettant sur la table non seulement le volet social, mais aussi les mécanismes de mise en œuvre. Pour les syndicats, l'enjeu était clair. Il ne s'agissait pas uniquement d'exprimer une colère, mais d'obtenir des garanties sur la traduction concrète des engagements déjà actés avec le gouvernement. Un décalage entre engagements et exécution Pour comprendre la portée de cette réunion, il faut revenir à l'origine du conflit. Le 23 juillet 2024, un accord est conclu entre le gouvernement et la Coordination syndicale nationale. Sur le papier, cet accord devait ouvrir une séquence de stabilisation, avec des engagements portant sur plusieurs aspects structurants du secteur, notamment des textes réglementaires et des mesures touchant directement aux droits et aux trajectoires professionnelles des agents. Mais au fil des mois, le fossé s'est creusé entre ce qui avait été annoncé et ce qui a effectivement été déployé. C'est ce décalage, vécu comme une accumulation de retards et d'incertitudes, qui a nourri chez les membres de la Coordination syndicale le sentiment d'une promesse inachevée. Dans un secteur aussi sensible, où les ressources humaines sont déjà sous pression et où la demande de soins continue d'augmenter, l'absence de visibilité devient un facteur d'instabilité. Les professionnels de santé ne contestent pas seulement des décisions ponctuelles. Ils dénoncent l'impression d'avancer dans une réforme sans cadre stabilisé, avec des textes attendus mais toujours en attente, et des chantiers institutionnels qui modifient l'organisation territoriale du système. À ce stade, la réunion du 21 janvier apparaît comme une tentative de reprise en main politique du dossier, destinée à éviter que la crise sociale ne s'enracine et ne devienne un réflexe permanent. Les trois nœuds du bras de fer Le premier point qui a dominé les discussions concerne la mobilité des fonctionnaires de la santé. Ce sujet est souvent mal compris en dehors du secteur, alors qu'il est central pour la stabilité du système. Un mécanisme de mutation encadré et transparent ne sert pas uniquement à "déplacer" des agents. Il conditionne l'équité entre régions, la continuité des services, la gestion des pénuries, mais aussi la confiance interne. Quand les règles de mobilité ne sont pas clarifiées, cela alimente des frustrations, des blocages et un sentiment d'injustice qui finit par contaminer l'ensemble du climat social. Dans le communiqué, l'engagement de donner la priorité à un décret relatif au mouvement de mutation est présenté comme une mesure urgente, précisément parce qu'elle touche au cœur des droits et des acquis des fonctionnaires. Le deuxième nœud concerne les textes réglementaires déjà validés, mais pas encore publiés au Bulletin officiel. Ce détail, en apparence technique, est en réalité décisif. Dans l'administration, un décret non publié n'existe pas dans la vie réelle. Il ne produit pas d'effets, ne déclenche pas d'application, ne sécurise pas les décisions. La Coordination syndicale a donc insisté sur l'accélération de la publication de trois décrets récemment approuvés en Conseil de gouvernement, notamment ceux liés aux années de reconnaissance pour certaines catégories de personnel, ainsi que des aspects liés à la garde et à l'obligation. Pour les agents, ces textes ne sont pas des symboles. Ils représentent des impacts concrets sur les carrières, les conditions de travail et les droits. Pour le ministère, leur publication rapide devient un marqueur de crédibilité, car elle démontre la capacité à transformer une annonce politique en mesure exécutoire. Enfin, un troisième dossier a occupé une place centrale dans les échanges, celui de la réforme territoriale menée à Tanger-Tétouan-Al Hoceïma à travers le premier Groupement sanitaire territorial du pays. Ce chantier est loin d'être secondaire. Il constitue un test grandeur nature de la nouvelle gouvernance que l'Etat veut déployer dans la santé publique, avec l'ambition de regrouper sous une même autorité l'ensemble de l'offre de soins d'une région, des centres de santé de proximité jusqu'aux hôpitaux et structures spécialisées, afin de mieux coordonner les parcours patients, mutualiser les moyens et réduire les inégalités d'accès. Mais pour les syndicats, cette bascule soulève des zones d'ombre. Ils alertent sur le risque de voir la réorganisation avancer plus vite que les garanties sociales et administratives, notamment en matière de statut, de mobilité, de conditions de travail et de protection des droits acquis. Autrement dit, la question n'est pas seulement de réformer, mais de savoir comment cette réforme se traduit concrètement dans les établissements et pour les équipes. Et comme ce modèle est appelé à être généralisé à l'échelle nationale, ce qui se joue à Tanger dépasse largement le cadre régional, c'est une réforme structurante dont l'acceptabilité sociale est désormais un enjeu majeur. Une pause syndicale Dans ce contexte, la demande d'une rencontre rapide avec le directeur du groupement, ainsi qu'avec les directeurs des deux agences, n'est pas un détail de procédure. Elle traduit une crainte majeure, celle de voir une réforme structurelle avancer plus vite que les garde-fous sociaux et administratifs censés l'encadrer. Le ministre, selon le communiqué, a de son côté assuré qu'il continuerait à accompagner la mise en œuvre et à corriger les insuffisances relevées, signe que l'exécutif cherche à éviter que cette région pilote ne devienne le point de cristallisation d'un rejet plus large. L'élément politique le plus important issu de cette réunion est la décision des syndicats de reporter leur programme de mobilisation. Ce report n'est pas une capitulation. Il ressemble davantage à une suspension conditionnelle, accordée pour laisser une chance à la concrétisation des engagements. C'est d'ailleurs tout le sens du calendrier annoncé, avec des réunions prévues dès la semaine suivante pour opérationnaliser les points restants de l'accord du 23 juillet 2024, tandis que des rencontres sont programmées dans les plus brefs délais pour clarifier la trajectoire du Groupement sanitaire territorial de Tanger-Tétouan-Al Hoceima. Faiza Rhoul / Les Inspirations ECO