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Education, souveraineté et soft-power : le rôle stratégique des systèmes scolaires importés
Publié dans Les ECO le 23 - 01 - 2026

Consultant en Stratégie et Transformation d'entreprises Membre de l'IMRI
L'expression «éducation internationale» renvoie le plus souvent à l'ouverture culturelle, à la mobilité étudiante ou à des parcours scolaires transfrontaliers. Ce n'est pas l'objet que cette chronique entend traiter. La présente analyse porte plutôt sur l'implantation locale de systèmes éducatifs étrangers — écoles homologuées, franchises scolaires, curricula exportés — qui permettent à des élèves de suivre, dans leur pays de résidence, un enseignement conçu, normé et certifié par une puissance extérieure.
À l'échelle mondiale, ces dispositifs se sont structurés en réseaux durables, en programmes standardisés et en marques éducatives reconnues, qui traversent les frontières sans que les élèves aient besoin de se déplacer. Quelques repères chiffrés suffisent à en prendre la mesure.
Le réseau d'enseignement français à l'étranger compte 612 établissements homologués dans 138 pays et scolarise plus de 400.000 élèves. Il s'agit d'un dispositif éducatif mondial, organisé et pérenne — bien loin d'un simple assemblage d'écoles isolées. Même logique côté curricula internationaux. Cambridge revendique plus de 10.000 écoles dans plus de 160 pays.
L'International Baccalaureate (IB) indique qu'en octobre 2025 ses programmes étaient proposés dans plus de 6.000 écoles, pour environ 1,95 million d'élèves répartis dans plus de 160 pays. Ces chiffres racontent évidemment la mondialisation de l'éducation, mais ils racontent également autre chose : des systèmes normatifs s'exportent, et, avec eux, des façons de penser, d'évaluer, de sélectionner — donc, à terme, de former les élites.
La présente chronique vise à montrer comment l'éducation exportée est devenue une infrastructure discrète de soft-power pour les pays «donneurs», pourquoi cette influence peut aussi constituer un avantage stratégique pour les pays «hôtes», et en quoi le choix d'un système éducatif engage, bien au-delà de l'école, un positionnement durable dans les relations entre Etats.
Un «standard» qui forme la pensée, en plus des connaissances
Un système éducatif n'est pas qu'un programme. Il façonne une manière de raisonner, d'argumenter, de discuter, de gérer la hiérarchie, de produire de l'écrit ou de prendre la parole. Il définit ce qui est jugé «rigoureux», «pertinent», «acceptable» ou «brillant». Autrement dit, c'est une machine à forger des réflexes intellectuels. C'est pour cette raison que les franchises éducatives et les grands curricula internationaux comptent autant en géopolitique. Ils exportent une véritable grammaire : une langue, des méthodes, des standards, et parfois même une idée implicite de ce que doit être la «bonne gouvernance» ou le «bon leadership».
Ce phénomène s'inscrit dans une dynamique de croissance continue. ISC Research, qui suit le secteur des écoles internationales— anglophones notamment—, recensait 14.010 écoles accueillant 6,9 millions d'élèves début 2024, pour environ 60 milliards de dollars de revenus annuels.
En 2025, ce total atteindrait près de 14.833 établissements. Ce vaste «marché» éducatif n'est pas neutre. Il forme une infrastructure mondiale de production des élites, qui insère progressivement élèves et familles dans des circuits de sélection, de reconnaissance et de légitimité déjà stabilisés à l'échelle internationale.
Cette insertion s'opère toutefois au prix d'une influence discrète sur les cadres de pensée et les trajectoires, et d'une dépendance fonctionnelle aux normes, aux référentiels et aux réseaux du système éducatif importé.
Un avantage stratégique aussi pour le pays hôte
Lire ce phénomène uniquement comme une perte de souveraineté serait réducteur. Pour un pays hôte, accueillir ou encourager certains systèmes éducatifs venus d'ailleurs peut aussi produire un bénéfice stratégique très concret : l'interopérabilité intellectuelle avec le pays donneur. Lorsque des élites sont formées dans un référentiel partagé — langue, méthodes, codes, culture administrative ou managériale —, elles coopèrent plus facilement. Elles négocient plus vite. Elles comprennent mieux les sous-entendus. Elles savent «comment ça marche».
Dans les relations économiques, diplomatiques ou institutionnelles, cette proximité fait une différence considérable. Ce n'est pas un hasard si l'Asie concentre aujourd'hui près de 58% des écoles internationales recensées par ISC Research. La géographie des systèmes scolaires importés reflète directement celle de la croissance économique et des grands centres d'échanges internationaux.
L'Asie concentre, en effet, une part croissante des classes moyennes et supérieures et une intensification des échanges économiques et financiers avec le reste du monde. Dans ce contexte, ces franchises scolaires internationales deviennent un outil d'intégration accélérée. Elles permettent aux familles d'inscrire leurs enfants dans des référentiels compatibles avec les standards des économies dominantes, tout en restant géographiquement ancrées dans le pays hôte.
Ces écoles jouent ainsi un rôle de plateformes d'alignement. Oui, importer un système éducatif crée une forme de dépendance. Mais cela permet aussi de constituer un actif stratégique rare — des élites capables de fonctionner naturellement dans les réseaux du pays donneur, et donc d'agir comme interface. En pratique, placer un enfant dans un système éducatif donné le transforme, littéralement, en trait d'union, à la fois intellectuel et relationnel.
L'éducation comme levier de souveraineté fonctionnelle
L'importation de systèmes scolaires étrangers n'est pas neutre pour les pays hôtes. Elle crée des dépendances réelles — normatives, institutionnelles, parfois culturelles — mais elle peut aussi produire des capacités d'intermédiation précieuses. Lorsqu'elle est pensée et assumée, elle permet de former des élites capables d'évoluer avec aisance dans plusieurs référentiels, de dialoguer avec des partenaires étrangers et de réduire les frictions dans un environnement international de plus en plus fragmenté.
Les franchises éducatives agissent ainsi comme des instruments discrets de soft-power. Pour les pays qui les exportent, elles constituent un levier durable de projection normative et de constitution de réseaux. Pour les pays qui les accueillent, elles peuvent devenir un outil d'intégration stratégique, à condition que ce choix ne soit ni subi ni laissé au seul niveau individuel.
Dans un monde où les règles communes se raréfient et où la compétition se joue de plus en plus sur les normes, les standards et la capacité à coopérer, les élites capables de naviguer entre plusieurs systèmes éducatifs et culturels constituent un actif stratégique rare. Encore faut-il accepter de regarder l'éducation non plus seulement comme une promesse individuelle de réussite, mais comme un levier collectif de positionnement et de souveraineté fonctionnelle.


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