À l'approche du mois de Ramadan, le gouvernement se veut rassurant. Les ministres réunis au ministère de l'Intérieur affirment que les marchés seront alimentés de manière normale et régulière, avec des stocks couvrant plusieurs mois pour les produits de base. Dans les régions, walis et gouverneurs activent à leur tour le dispositif de veille, entre renforcement des contrôles, lutte contre la spéculation et mobilisation des services sanitaires. Ramadan est chaque année un test grandeur nature pour l'économie du quotidien : celui des prix, des stocks, des circuits de distribution et de la capacité de l'Etat à contenir les dérives. À Rabat, l'Exécutif a choisi d'anticiper en réunissant sa commission interministérielle de suivi, pendant que les régions enclenchent, elles aussi, une surveillance rapprochée des marchés. Un message de «normalité» sur l'offre et les prix Réunis jeudi à Rabat, plusieurs ministres ont assuré que l'approvisionnement des marchés nationaux en produits alimentaires et de base durant le mois béni de Ramadan sera «normal et régulier». Le stock national en différents produits de consommation et énergétiques couvre, selon eux, les besoins pour plusieurs mois, dans un contexte où la vigilance est renforcée face aux risques de spéculation, de manipulation des prix ou de pratiques illicites. La ministre de l'Economie et des Finances, Nadia Fettah, affirme que l'Exécutif a «veillé à assurer la disponibilité de l'ensemble des produits de base à travers un stock stratégique couvrant une période allant de deux à quatre mois». Elle relève aussi une stabilité des prix de la majorité des produits par rapport au Ramadan précédent, avec une baisse notable des prix de la volaille et de certaines variétés de légumineuses. Sur le terrain, la dynamique de contrôle s'intensifie déjà. La ministre évoque plus de 30.000 interventions au cours des dernières semaines, ayant permis de relever quelque 2.200 infractions. Le ministre de l'Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, insiste sur un point central pour le marché, l'abondance de l'offre. Tous les produits de consommation sont disponibles en quantités suffisantes, assure-t-il, tout en soulignant que des mesures proactives ont été prises, dont la réduction des exportations de certains produits en vue de renforcer l'offre sur le marché national et maintenir des prix accessibles. La mécanique de l'anticipation Dans cette séquence, le ministère de l'Agriculture met en avant un facteur conjoncturel jugé favorable. Ahmed El Bouari souligne les retombées positives des récentes précipitations sur la campagne agricole, estimant qu'elles annoncent une offre abondante et de haute qualité. Il assure également que les prix des produits alimentaires resteront abordables, tenant compte du pouvoir d'achat des citoyens, et ce, grâce à l'amélioration des conditions météorologiques et à l'abondance de l'offre. L'enjeu n'est pas seulement économique, il est aussi sanitaire. Le ministre de la Santé et de la Protection sociale, Amine Tahraoui, indique que ses services sont engagés de manière effective dans les commissions locales de contrôle, avec l'activation des mécanismes de veille sanitaire, conformément à une circulaire conjointe avec le ministère de l'Intérieur. Il rappelle aussi le lancement de campagnes d'information sur les modes de consommation saine et de sensibilisation au profit des personnes atteintes de maladies chroniques. Autre point sensible, le suivi des stocks de médicaments fortement demandés durant Ramadan, afin de prévenir toute pénurie. Sur le volet énergétique, Leila Benali affirme que les réserves de gasoil et d'essence couvrent plus de 45 jours de consommation, en plus de stocks importants de gaz butane. Elle souligne que les autorités portuaires ont surmonté les perturbations météorologiques récentes, qui avaient causé un retard dans l'arrivée d'approvisionnements équivalant à 25 jours de consommation aux ports de Mohammedia et de Jorf Lasfar. Les cargaisons ont été déchargées avec succès pour renforcer le stock national et garantir la continuité d'approvisionnement. Des arbitrages assumés sur l'offre nationale Côté produits de la mer, la secrétaire d'Etat chargée de la pêche maritime, Zakia Driouich, annonce que la 8e édition de l'initiative «poisson à prix raisonnable» vise la distribution d'environ 5.000 tonnes de poissons congelés durant Ramadan. Un choix s'ajoute à cette opération : la suspension de l'exportation des sardines congelées et leur orientation vers le marché national. L'objectif est de combler les lacunes habituellement observées dans les premiers mois de l'année, période marquée par le repos biologique, lequel prendra fin mi-février. La directrice générale de l'Office national des pêches, Amina Figuigui, va dans le même sens et annonce une abondance de poissons frais durant le mois sacré, avec une mobilisation de l'ONP pour accélérer la distribution via le réseau des marchés de gros. Du côté de la sécurité sanitaire, Abdellah Janati, directeur général de l'ONSSA, indique que l'Office a mobilisé ses services extérieurs, renforcé ses moyens humains et logistiques et équipé les laboratoires pour intensifier le contrôle au sein des unités de production et des restaurants. Enfin, pour ce qui, est des produits végétaux de base, Bilal Hajouji, directeur général de l'Office national interprofessionnel des céréales et des légumineuses, affirme que le marché national est approvisionné en stocks suffisants de céréales, de dérivés et de légumineuses les plus consommées durant Ramadan, avec des quantités importantes et une stabilité des prix. Une commission centrale, une mobilisation territoriale en relais La réunion de la Commission interministérielle mixte de veille et de suivi de l'état d'approvisionnement des marchés et des prix s'est tenue au siège du ministère de l'Intérieur, en présence de plusieurs membres du gouvernement et des directeurs généraux des administrations et offices concernés. Les walis et gouverneurs y ont participé à distance, signe d'une coordination territoriale assumée. Le ministère de l'Intérieur souligne que cette réunion s'inscrit dans la consécration des Hautes directives royales visant à préserver le pouvoir d'achat des citoyens tout en garantissant l'abondance des produits de base et la régularité d'approvisionnement des marchés. La rencontre a permis de faire le point sur l'état d'approvisionnement et des prix, de renforcer la coordination, d'intensifier les opérations de contrôle et de lutter avec fermeté contre la spéculation, le stockage illégal ainsi que les pratiques portant atteinte aux droits des consommateurs. Même si la situation est jugée rassurante, les autorités insistent sur la nécessité de maintenir la vigilance. Des instructions ont été données aux walis et gouverneurs pour renforcer la coordination, détecter tout dysfonctionnement dans les chaînes d'approvisionnement et activer les procédures répressives prévues par la loi contre les contrevenants. La communication est également mise en avant, avec l'activation de numéros de contact et de cellules de permanence pour permettre aux consommateurs de déposer leurs réclamations et signaler les cas de fraude. Les territoires passent en mode veille Dans les préfectures et provinces, la même logique s'impose avant Ramadan : sécuriser l'offre et couper court aux dérives. À Rabat, la préfecture annonce un renforcement des contrôles dans les marchés, les points de vente, les entrepôts et les grandes surfaces. Mohamed Belkbir Chorfi, chef de division des Affaires économiques à la préfecture de Rabat, cible la spéculation, le monopole et le stockage clandestin. En 2025, plus de 4.200 points de vente ont été contrôlés, 808 infractions relevées, 210 avertissements adressés, 65 interdictions d'exercer prononcées, et plus de 15,5 tonnes de produits impropres saisies et détruites. Dans la région Fès-Meknès, le dispositif prend une dimension plus large, car il couvre un panier Ramadan très diversifié. Sous la présidence de Khalid Ait Taleb, wali de la région Fès-Meknès et gouverneur de la préfecture de Fès, la réunion régionale a fait le point sur les produits dont la demande explose à cette période (fruits, légumes, huile, concentré de tomates, épices, café, thé, sucre et lait). Hachem Aloui, directeur régional de l'Industrie et du Commerce, assure que l'offre dépasse largement la demande. Kamal Hidan, directeur régional de l'Agriculture, mise sur un facteur favorable, une saison marquée par des précipitations qui soutiennent la qualité et les volumes. Le volet sanitaire reste intégré au pilotage. Salima Saasaa, directrice régionale de la Santé et de la Protection sociale, rappelle la mobilisation des commissions mixtes et les analyses régulières en laboratoire. Dans l'Oriental, la préfecture d'Oujda-Angad met en avant l'abondance et la diversité des produits, tout en signalant une légère hausse sur certains légumes. Benhammaz Mourad, chef de la Division des affaires économiques à la préfecture d'Oujda-Angad, l'attribue aux dernières pluies qui ont perturbé temporairement récoltes et commercialisation, tout en anticipant une hausse de l'offre dans les prochains jours pour rétablir la stabilité. Au Sud et sur les façades maritimes, la vigilance s'organise autour des contrôles continus et des produits sensibles. À Agadir, Khalid Hassouna, chef de la Division des Affaires économiques et de la Coordination à la préfecture d'Agadir Ida Outanane, annonce une disponibilité abondante et des prix globalement stables. À Safi, Dalila El Guerraoui, cheffe du service des Affaires économiques et de la Coordination à la province, souligne une offre supérieure à la demande, portée notamment par la fin du repos biologique de la sardine. À Laâyoune et Dakhla, les autorités insistent sur l'approche proactive et la mobilisation de l'ONSSA, tandis qu'à Tanger-Tétouan-Al Hoceima, le wali Younes Tazi met l'accent sur le contrôle permanent, y compris sur les produits importés, dans un marché jugé «rassurant et stable». Faiza Rhoul / Les Inspirations ECO