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Société : la condition féminine en cinq actes
Publié dans Les ECO le 11 - 03 - 2026

Chaque 8 mars, le monde célèbre les femmes. Cette année, le thème choisi par les Nations unies – « Droits. Justice. Action. Pour toutes les femmes et les filles » – résonne comme un programme. Mais dans le huis clos des statistiques, loin des déclarations solennelles, que disent les chiffres de la condition féminine au Maroc ? Le Haut-Commissariat au Plan a publié, à l'occasion de cette Journée internationale, une note d'information qui tient autant du bilan que de l'avertissement. Derrière l'arsenal juridique patiemment construit depuis la Constitution de 2011, derrière les institutions créées, les lois votées, les codes réformés, une réalité plus rugueuse persiste.
18,3 millions de visages : le profil change, les inégalités demeurent
Elles sont 18,3 millions. 50,1 % de la population. La parité démographique est atteinte depuis longtemps au Maroc, mais elle n'a jamais suffi à garantir l'égalité réelle. Le premier enseignement de la note du HCP tient dans le fait que les femmes marocaines sont désormais majoritairement urbaines. 63,6 % d'entre elles vivent en ville contre 36,4 % dans les campagnes.
Cette migration intérieure, qui n'a cessé de s'accentuer depuis des décennies, n'est pas qu'un changement d'adresse. C'est une transformation des modes de vie, des aspirations, des rapports familiaux et des contraintes économiques. La structure par âge raconte une autre histoire, celle d'une jeunesse qui tarde à trouver sa place. Un tiers des femmes (33,6 %) a moins de 18 ans, tandis que 55,3 % sont en âge de travailler. Les plus de 60 ans représentent désormais 14,1 % de la population féminine, posant avec acuité la question des retraites et de la dépendance. Mais l'indicateur le plus parlant de l'évolution des structures familiales est ailleurs. En 2024, près d'un ménage sur cinq (19,2 %) est dirigé par une femme. En 2004, ils n'étaient que 16,3 %.
En milieu urbain, la proportion atteint 21,6 %, tandis qu'elle reste plus faible à la campagne (14,5 %). Cette féminisation de la chefferie de ménage, souvent interprétée comme un signe d'émancipation, est aussi un indicateur de précarité potentielle, car diriger un foyer sans avoir les moyens de le faire vivre, c'est porter seule le poids de la pauvreté.
L'armure juridique : ce que la loi a changé
La note du HCP rappelle avec force que le Maroc a construit, en une décennie et demie, l'un des arsenaux juridiques les plus avancés du continent en matière de droits des femmes. La Constitution de 2011 en a posé les fondations : non-discrimination, égalité, parité. Trois principes désormais gravés dans le marbre de la Loi fondamentale. Le préambule engage le Royaume à combattre toute discrimination fondée sur le sexe. L'article 6 impose aux pouvoirs publics de créer les conditions de l'effectivité de l'égalité.
L'article 19, pierre angulaire du dispositif, consacre l'égalité entre l'homme et la femme dans la jouissance de tous les droits – civils, politiques, économiques, sociaux, culturels et environnementaux – et institue l'Autorité pour la parité et la lutte contre toutes les formes de discrimination. Mais c'est dans le droit positif que les avancées sont les plus tangibles.
Le Code de la famille, adopté en 2004 et régulièrement amélioré depuis, a consacré l'égalité des époux dans le choix du conjoint, dans les droits et obligations pendant le mariage et lors de sa dissolution. Il a soumis le divorce au contrôle judiciaire, donnant à la femme les mêmes droits qu'à l'homme de demander la rupture. Il a fondé les règles de garde des enfants sur l'intérêt supérieur de l'enfant, sans distinction de sexe. Surtout, l'article 49 a ouvert une brèche historique en permettant la répartition des biens acquis durant le mariage.
En 2007, sur Hautes Instructions Royales, le Code de la nationalité a été modifié pour permettre à la mère marocaine de transmettre sa nationalité à ses enfants, au même titre que le père. Une réforme qui a mis fin à une injustice flagrante et aligné le Maroc sur les standards internationaux. La loi n° 103-13 relative à la lutte contre la violence à l'égard des femmes, adoptée en 2018 après des années de débats, a institué un dispositif complet couvrant la prévention, la protection, la répression et la prise en charge des victimes. Enfin, la loi n° 62-17 sur les communautés soulaliyates, promulguée en 2019, a ouvert aux femmes l'accès aux terres collectives, bousculant des traditions ancestrales d'exclusion qui résistaient depuis des siècles.
L'armée des institutions : veiller, contrôler, appliquer
À elle seule, la loi ne suffit pas. Le Maroc en a pris conscience et a multiplié les créations institutionnelles pour tenter de rendre les droits effectifs. L'Autorité pour la parité et la lutte contre toutes les formes de discrimination, créée par la loi n° 79-14 de 2017, est désormais opérationnelle. Sa mission est de suivre, évaluer et recommander. Le Conseil consultatif de la famille et de l'enfance, institué par la loi n°78-14 de 2016, éclaire les décisions publiques.
Sur le terrain judiciaire, la création de sections de la justice de la famille et de cellules d'accueil des femmes et des enfants a rapproché la justice des justiciables. Le Fonds d'entraide familiale garantit désormais que les décisions de justice rendues en faveur des femmes ne restent pas lettre morte. L'Observatoire de la justice sensible au genre, créé en 2022, veille à l'intégration de l'approche genre dans les institutions judiciaires. Enfin, le Centre d'Inclusion des Femmes au Foncier (CIFF), également créé en 2022, œuvre concrètement à l'amélioration de l'accès des femmes à la terre.
Niveau de vie : la pauvreté recule, mais la fragilité guette
Sur le plan économique, les progrès ont été spectaculaires. Le taux de pauvreté monétaire parmi les ménages dirigés par des femmes est passé de 10 % en 2001 à 1 % en 2019. Une chute vertigineuse qui témoigne de l'efficacité relative des politiques publiques et de la résilience exceptionnelle des femmes. Mais 2022 a marqué un coup d'arrêt brutal.
Sous l'effet conjugué de la sécheresse et de l'inflation importée, ce taux est remonté à 2,5 % au niveau national, avec un écart significatif : 2 % dans les villes et 4,2 % dans les campagnes. Le HCP met en garde : la vulnérabilité des femmes face aux chocs économiques – climatiques, financiers, sanitaires – impose de renforcer leurs droits, notamment à l'emploi et à la protection sociale. La pauvreté, comme la mer, revient quand on croit l'avoir définitivement repoussée.
Santé : la vie plus longue, mais à deux vitesses
L'espérance de vie des femmes atteint désormais 79 ans. Un bond considérable en quelques décennies. Le ratio de mortalité maternelle a chuté de 35 % entre 2010 et 2018, passant de 112 à 72,6 pour 100 000 naissances vivantes. Le taux d'assistance qualifiée à l'accouchement s'élève à 86,6 %, et celui du suivi prénatal à 88,5 %. La couverture médicale de base concerne plus de 70 % des femmes.
Des chiffres qui, pris isolément, racontent une réussite sanitaire indéniable. Mais le HCP refuse l'auto-satisfaction. Car ces moyennes flatteuses masquent des inégalités criantes, que les statisticiens appellent des « disparités structurelles » et qui sont, dans la vie réelle, des fossés infranchissables. Le niveau d'instruction reste le premier déterminant des inégalités de santé. Le taux d'accouchement en milieu surveillé varie de 80 % pour les mères sans instruction à 99,8 % pour celles ayant un niveau secondaire ou plus. Le suivi prénatal, quasi universel pour les diplômées du supérieur (99,6 %), tombe à 82,6 % pour les femmes sans instruction. La connaissance, une fois de plus, est la clé de tout. La fracture territoriale n'est pas moins brutale.
Le ratio de mortalité maternelle en milieu rural (111,1 pour 100 000 naissances) fait plus que doubler celui du milieu urbain (44,6). L'accès à l'assistance médicale pendant l'accouchement ne dépasse pas 55 % dans les campagnes, contre 92 % dans les villes. Donner la vie, à la campagne, reste un acte risqué.
Enfin, l'incapacité financière est le principal frein à l'accès aux soins. Selon l'enquête sur le niveau de vie réalisée par le HCP en 2022, plus de 95 % des cas de renoncement aux soins chez les femmes sont dus à des raisons financières. La santé, droit fondamental proclamé, reste dans les faits un luxe que trop de Marocaines ne peuvent pas s'offrir.
Education : la génération des miracles et le poids des héritages
L'école a accompli des miracles pour les filles. En 2025, le taux de scolarisation des filles de 6 à 16 ans atteint 96,4 % : 93 % en milieu rural, 98,8 % en ville. Mieux encore, pour les 4-5 ans, le taux est de 71,1 %, avec une performance rurale (76,4 %) supérieure à l'urbaine (67,4 %). Signe que les programmes de soutien scolaire ciblant les zones défavorisées portent leurs fruits.
Pour la première fois de l'histoire, l'école va chercher les filles là où elles sont, y compris dans les douars les plus reculés. Mais le bât blesse cruellement pour les femmes adultes. Les résultats du Recensement Général de la Population et de l'Habitat (RGPH) 2024 sont sans appel : près de la moitié des femmes (48,2 %) n'ont aucun niveau scolaire. En milieu rural, 70,6 % des femmes n'ont jamais été scolarisées. Un désastre éducatif qui pèsera toute leur vie. Seules 32,7 % des femmes ont atteint au moins le niveau secondaire collégial, et 11 % seulement ont un niveau d'études supérieur, avec un fossé abyssal entre villes (15,4 %) et campagnes (2,5 %).
La durée moyenne de scolarisation des femmes de 25 ans et plus n'est que de 5,2 années au niveau national. Elle chute à 2,1 années pour les rurales, contre 6,9 pour les citadines. Ce retard éducatif est un boulet qui hypothèque tout le reste. Il explique en grande partie les difficultés d'insertion professionnelle, la précarité économique, la dépendance familiale. Et il se traduit par un chiffre qui en dit long sur le chemin qui reste à parcourir. L'analphabétisme frappe encore en effet un tiers des femmes de 10 ans et plus (32,4 %). En zone rurale, une femme sur deux (51,6 %) ne sait ni lire ni écrire. Dans un monde où l'information, les droits, les procédures administratives passent par l'écrit, cette situation est une double peine.
Violence et mariage des mineures : les violences faites aux femmes, phénomène massif
Le HCP constate sans détour: la violence à l'égard des femmes reste un phénomène massif. En 2019, le taux de prévalence atteignait 57,1 %. Plus d'une femme sur deux a subi une forme ou une autre de violence au cours de sa vie. Si le cadre juridique s'est renforcé avec la loi 103-13, l'effectivité de la protection reste un défi quotidien. Un motif d'espoir, cependant, dans ce tableau sombre réside dans le fait que le mariage des mineures recule nettement. La proportion de femmes âgées de 20 à 24 ans mariées avant 18 ans a été divisée par deux, passant de 15,9 % en 2004 à 8,4 % en 2024. Le mariage des filles avant 15 ans est désormais marginal (0,2 %).
Participation économique : le grand rendez-vous manqué
C'est sans doute le point le plus sombre, le plus inquiétant, le plus lourd de conséquences pour l'avenir. Contre une cible du Nouveau Modèle de Développement fixée à 45 % à l'horizon 2035, et un objectif gouvernemental de 30 % en 2026, le taux d'activité des femmes ne cesse de baisser. En 2025, il plafonne à 19 % au niveau national. Pire, dans certaines régions comme Béni Mellal-Khénifra, il chute à 12,8 %. Une contre-performance dramatique dans un pays qui aspire à l'émergence économique et qui a besoin de toutes ses forces vives.
Là encore, le diplôme fait la différence : les femmes ayant un niveau supérieur affichent un taux d'activité de 45,4 %, soit plus du triple de celles ayant un niveau moyen (12,8 %) ou aucun diplôme (14,4 %). Mais même diplômées, elles peinent à trouver leur place. Le taux d'emploi des femmes se limite à 15,1 %, et le chômage les frappe durement avec un taux de 20,5 %. Les conséquences de cette exclusion du marché du travail se mesurent aussi à l'aune du phénomène NEET (ni emploi, ni étude, ni formation). Si le taux de NEET parmi l'ensemble des jeunes de 15-24 ans atteint 24,4 % en 2024, il s'élève à 35,1 % parmi les jeunes femmes. Plus d'une jeune femme sur trois est ainsi hors de tout circuit d'activité ou de formation – un gâchis humain et économique insupportable.
L'accès aux ressources économiques, notamment au foncier agricole, reste lui aussi très limité. L'enquête nationale sur le niveau de vie 2022-2023 révèle que si 22,3 % de la population agricole bénéficie de droits fonciers sécurisés, les femmes ne représentent que 15 % des détenteurs de ces droits. Seulement 6,9 % des femmes disposent de droits fonciers, contre 36,8 % des hommes. La terre, symbole ultime de la richesse et de l'autonomie dans les campagnes, reste largement masculine.
Participation à la décision : des progrès timides, un plafond de verre tenace
La représentation politique des femmes progresse, mais à pas de fourmi. Au Parlement, leur part est passée de 20,5 % à 24,3 % à la Chambre des représentants entre 2015 et 2021, mais stagne autour de 11,7 % à la Chambre des conseillers – la chambre haute, celle qui représente les collectivités territoriales et les professionnels, reste un bastion masculin. Dans les conseils régionaux, la proportion a légèrement augmenté de 37,6 % à 38,5 %, tandis qu'au niveau provincial, l'évolution est spectaculaire (de 4,18 % à 35,6 %) grâce aux mécanismes de quotas instaurés par les lois organiques. Au niveau communal, la proportion passe de 21,18 % à 26,64 %. Les quotas fonctionnent, mais la parité réelle reste un horizon lointain.
Dans le monde des affaires, le constat est plus sévère encore. En 2024, seulement 10,1 % des entreprises sont dirigées par des femmes. Le secteur des services est le plus féminisé (14,6 %), suivi de l'industrie (13,4 %), du commerce (7,2 %), tandis que le BTP est quasi exclusivement masculin (0,8 %). Neuf entreprises dirigées par des femmes sur dix sont de très petite taille, employant moins de quatre personnes.
Le plafond de verre, ici, est un plafond de béton. Un seul motif de satisfaction, mais il est de taille : la féminisation du corps judiciaire progresse régulièrement. En 2024, les femmes représentent 20,7 % des magistrats du parquet et 25,5 % des magistrats du siège.


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