Le ministre de l'Equipement et de l'Eau, Nizar Baraka, a présidé mercredi dernier à Chefchaouen le conseil d'administration de l'Agence du bassin hydraulique du Loukkos (ABHL). Au menu : l'examen des comptes 2024, le budget 2026 et, surtout, l'état des lieux d'une ressource en eau qui connaît une amélioration spectaculaire après des années de déficit. Mais les récentes inondations rappellent que l'abondance a aussi ses risques. La salle du conseil de la province de Chefchaouen a abrité, mercredi, une réunion stratégique pour l'avenir hydrique du Nord. Autour de Nizar Baraka, le gouverneur de la province, les élus, parlementaires et membres du conseil d'administration de l'ABHL ont passé en revue les comptes de l'Agence pour l'exercice 2024, son programme d'action et le projet de budget pour 2026. Mais l'essentiel du débat a porté sur l'état de la ressource. Après des années de sécheresse, le bassin du Loukkos vient de connaître un épisode pluviométrique exceptionnel. Depuis septembre 2025, les précipitations cumulées atteignent 937 mm, soit un excédent de 63,3% par rapport à la moyenne et une hausse spectaculaire de 193,3% par rapport à la même période de l'année précédente. Des barrages pleins à 92%, mais… Conséquence directe : les réserves engrangées sont colossales. Au 9 mars, le volume stocké dans les barrages du bassin s'élevait à 1,764 milliard de m3, portant le taux de remplissage à 92,35%. Un chiffre à mettre en perspective avec les 44,9% enregistrés à la même date en 2025. Le contraste est saisissant. Le ministre s'est réjoui de cette amélioration qui bénéficie directement à l'agriculture et aux activités économiques liées, renforçant ainsi la sécurité hydrique et alimentaire du pays. Cependant, Nizar Baraka a également tenu un discours de mise en garde. Ces pluies diluviennes ont provoqué une montée rapide des eaux dans les oueds, notamment à Ksar El Kébir et ses environs, entraînant des inondations. Une situation qui a nécessité l'activation immédiate du système de veille et la coordination avec les autorités locales pour protéger les populations et les biens. Le ministre a rappelé que le bassin du Loukkos avait traversé sept années de déficit pluviométrique significatif, avec une année 2024-2025 en retrait de 16,3% par rapport à la moyenne. Une alternance de sécheresse et d'abondance qui impose, selon lui, une vigilance de tous les instants. Des projets structurants et des conventions Malgré l'amélioration conjoncturelle, le gouvernement poursuit ses investissements de long terme : barrages, dessalement, transferts d'eau et gestion rationnelle de la ressource restent les piliers de la stratégie nationale. Dans cette optique, le Conseil a approuvé plusieurs conventions et avenants, dont deux conventions pour le renforcement de la gestion des risques d'inondation, dans le cadre du système national de prévision et du dispositif «VigiRisque-Inondations». Une convention de partenariat a également été validée pour la réalisation de plans de prévention des risques d'inondation dans 65 communes du bassin du Loukkos. Par ailleurs, des avenants ont été adoptés concernant la protection contre les inondations à Tétouan et à Ajdir (Al Hoceima), ainsi que la réalisation d'une station de traitement des déchets des huileries d'olive à Ouezzane. Enfin, un contrat de concession a été accordé à la société «Green Power» pour l'installation de panneaux solaires sur le canal de l'oued Mghogha. Un atlas des zones inondables en préparation Pour anticiper les prochains épisodes climatiques extrêmes, l'ABHL poursuit les études techniques pour l'élaboration de l'Atlas des zones inondables, financé par le Fonds de lutte contre les effets des catastrophes naturelles. Un plan de prévention des risques d'inondation a déjà été élaboré pour Tanger-Assilah, et son extension est en cours pour Tétouan et Larache, avant une généralisation à l'ensemble du territoire de l'Agence prévue en 2026. L'installation d'un centre d'alerte précoce est également programmée. Le message du ministre est clair : les pluies actuelles sont une bénédiction, mais elles ne doivent pas faire oublier la nécessité d'une gestion prévisionnelle et rigoureuse.