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Capital humain au Maroc : alerte sur le gâchis des talents
Publié dans Les ECO le 24 - 04 - 2026

Et si la moitié des diplômées marocaines n'étaient pas sur le marché du travail par choix, mais par défaut de structure ? Le dernier rapport de la Banque mondiale chiffre le manque à gagner à 24% du PIB futur. Une saignée économique silencieuse que le Royaume ne peut plus ignorer alors que l'indice HCI+ pointe le secteur de l'emploi comme le talon d'Achille de la prospérité nationale. Détails.
Il aura fallu attendre que la Banque mondiale change de thermomètre pour prendre la mesure exacte de la fièvre qui mine le potentiel économique du Maroc. Le nouvel Indice de capital humain plus (HCI+), dévoilé le 20 avril, ne se contente pas de prolonger la courbe de l'ancien indice jusqu'à 65 ans ; il change radicalement la focale. Là où l'on mesurait hier la survie et la scolarisation de l'enfant, on mesure aujourd'hui la productivité et les revenus de l'adulte tout au long de sa vie active. Et pour le Maroc, le verdict est aussi riche d'enseignements que rude dans ses implications.
Avec un score global de 147 points sur un maximum théorique de 325, le Royaume se positionne exactement dans la moyenne de sa région (Moyen-Orient, Afrique du Nord, Afghanistan et Pakistan), mais décroche sensiblement par rapport à la moyenne des pays à revenu intermédiaire inférieur (153 points). Plus qu'un classement, ce nouvel outil, que la Banque mondiale décrit comme «un outil d'aide à la décision, et non un simple bulletin», révèle une vérité structurelle que les décideurs publics et les acteurs privés ne peuvent plus ignorer: le Maroc a bâti une population en bonne santé, il a massifié l'accès à l'école, mais il échoue encore à transformer ce capital démographique en valeur ajoutée sur le marché du travail. Zoom sur les données de ce rapport. Voici ce qu'il faut impérativement retenir et, surtout, ce que cela change concrètement pour l'entreprise, le fonctionnaire, l'étudiant et l'investisseur.
La grande bascule : on ne parle plus de survie, mais de salaires
La première révolution du HCI+ est méthodologique. «Alors que l'Indice de capital humain initial suivait le développement des enfants jusqu'à 18 ans seulement, le HCI+ étend son horizon jusqu'à 65 ans», précise le document. Une extension qui change la nature du débat public. Une année de scolarité supplémentaire n'est plus seulement une victoire statistique pour le ministère de l'Education ; elle devient, dans le calcul de la Banque mondiale, une augmentation mécanique et prévisible des revenus futurs.
La règle est la suivante : 10 points de HCI+ en plus = environ 10% de productivité et de salaires en plus. Pour les pays à revenu faible et intermédiaire, l'enjeu est colossal. «Les enfants nés aujourd'hui pourraient augmenter leurs futurs salaires d'environ 50% s'ils atteignaient le niveau de capital humain des personnes les plus performantes ayant des niveaux de revenus similaires».
Au Maroc, l'écart avec ce «peloton de tête» des pays à revenu comparable n'est pas une fatalité, c'est une feuille de route. Pour être plus imagés, l'on pourrait résumer la radiographie du Maroc en ces termes : un cœur en bonne santé, des poumons fragiles et des jambes paralysées. C'est en décomposant le score de 147 points que le diagnostic devient clinique. Le HCI+ repose sur trois piliers pondérés : Santé, Education et Emploi. L'analyse pour le Maroc révèle une asymétrie frappante.
Le pilier Santé (44 / 50 points)
Avec un score de 44 points, soit 88% du maximum théorique, la santé est le moteur bien huilé du capital humain marocain. Le rapport souligne «les progrès significatifs dans l'amélioration des indicateurs de santé au cours des dernières décennies, notamment en réduisant la mortalité infantile et en augmentant l'espérance de vie». On ne peut que saluer cet acquis. Un enfant qui naît aujourd'hui au Maroc a de fortes chances de survivre et de grandir en bonne santé physique. C'est le socle indispensable sans lequel rien n'est possible.
Le pilier Education (87 / 188 points)
Ici, le bât blesse. Avec seulement 46% du potentiel atteint, l'éducation est un réservoir de croissance à moitié vide. La Banque mondiale reconnaît que «le Maroc a augmenté les taux de scolarisation au cours des dernières années», mais pointe un mal persistant : «les taux de scolarisation au niveau secondaire et supérieur restent relativement faibles, et la qualité de l'éducation varie considérablement». Pour les pédagogues et les parents, le message est sans ambiguïté : maintenir un enfant à l'école jusqu'à 10,7 ans (la durée attendue actuelle) ne suffit plus. L'abandon scolaire, notamment en milieu rural et chez les filles, est un sabordage économique silencieux.
Le pilier Emploi (16 / 87 points)
C'est ici que le rapport passe du constat à la sentence. «L'indice HCI+ du Maroc est fortement pénalisé par son score dans le pilier emploi», écrit noir sur blanc l'institution. Un score de 16 points, soit à peine 18% du potentiel, «le plus éloigné de la médiane en matière d'emploi» parmi tous les pays comparables. Un chiffre cataclysmique qui raconte une histoire que les économistes du travail connaissent bien : un taux d'activité féminin faible, un chômage des jeunes endémique et un secteur informel omniprésent où, comme le rappelle le rapport, «les salariés acquièrent des compétences environ deux fois plus vite que les travailleurs indépendants du secteur informel».
Le coût vertigineux de l'inégalité de genre
Si le score global de 147 est préoccupant, sa ventilation par sexe est alarmante. Le HCI+ marocain se décompose en 123 points pour les femmes contre 171 points pour les hommes. Un gouffre de 48 points. Traduit en langage économique par les data analystes de la Banque mondiale, «en raison des différences de capital humain acquis par les hommes et les femmes au Maroc, le potentiel de gain des femmes sera inférieur de 48% à celui des hommes». Et contrairement à une idée reçue, le rapport est formel. «Il ne s'agit pas des résultats en matière de santé, ni principalement de l'éducation, mais de la participation au marché du travail et de l'accès à des emplois de qualité».
La femme marocaine est de plus en plus éduquée et en bonne santé, mais elle est largement tenue à l'écart du secteur formel. L'impact macroéconomique de cette exclusion est chiffré. «Si l'écart de genre dans le HCI+ du Maroc était complètement fermé, le score global HCI+ du Maroc passerait de 147 à 171 points». Ce qui représente une augmentation de 24% des revenus futurs du Maroc. Pour un décideur politique, c'est le chiffre le plus rentable. Investir dans l'employabilité et l'inclusion des femmes n'est pas une variable d'ajustement social, c'est le principal levier de croissance du PIB à long terme.
Deux scénarios à méditer
L'une des innovations majeures de la Banque mondiale est l'outil de simulation. Il ne se contente pas de photographier le présent, il modélise le futur. Deux scénarios concernant le Maroc méritent toute l'attention du gouvernement et des investisseurs.
Scénario 1 : Augmenter la durée de scolarisation attendue. Actuellement fixée à 10,7 années, si le Maroc parvenait à la hisser à 13 années (soit un alignement sur les standards des économies émergentes performantes), le score HCI+ grimperait de 147 à 163 points. La conséquence directe ? Une augmentation du potentiel de revenus de 16,2%. Pour un salarié moyen, c'est la perspective d'un pouvoir d'achat renforcé ; pour l'Etat, c'est l'assurance d'une base fiscale élargie. Comme le souligne le rapport, «augmenter la durée attendue de scolarisation au Maroc signifie que les enfants acquièrent davantage de compétences et sont plus productifs tout au long de leur carrière».
Scénario 2 : L'effet de levier de l'emploi formel. La Banque mondiale utilise l'exemple turc pour illustrer l'impact de l'apprentissage en milieu professionnel. Aligner le taux d'activité des adultes sur celui de l'OCDE pourrait «augmenter les revenus d'environ 11%». Pour le Maroc, où le pilier Emploi pèse 16 points, l'effet de levier serait mécaniquement bien supérieur. La Banque mondiale insiste : «Les salariés acquièrent des compétences environ deux fois plus vite que les travailleurs indépendants du secteur informel». Chaque emploi formalisé est donc un accélérateur de productivité nationale.
Ce qui change pour chacun de nous
La publication de la Banque mondiale n'est pas destinée à rester dans les tiroirs des ministères. Elle redéfinit les priorités de chaque acteur économique. Pour le gouvernement et les politiques publiques, l'ère du «taux de scolarisation» comme seul indicateur de performance est révolue. Le HCI+ impose une gestion intégrée. La Banque mondiale montre que des pays comme le Rwanda, le Kenya ou le Vietnam «obtiennent des résultats bien supérieurs à ce que leur PIB par habitant laisserait présager». La leçon est claire : avec des choix politiques judicieux, on peut dépasser sa condition budgétaire.
Pour le Maroc, cela signifie que l'argent investi dans la réduction de l'abandon scolaire des filles en milieu rural ou dans l'amélioration de la qualité des apprentissages au collège a un retour sur investissement mesurable de 16% sur la vie active. La Loi de finances 2027 ne peut plus ignorer le multiplicateur HCI+. Pour les entreprises et les DRH, la mention selon laquelle «l'apprentissage en situation de travail» est deux fois plus rapide dans le secteur formel est un appel à la formalisation.
Pour un patron de PME, déclarer ses employés n'est plus seulement une contrainte administrative ou fiscale ; c'est un investissement en R&D humaine. Un salarié déclaré, formé et intégré dans un processus structuré verra sa productivité croître deux fois plus vite qu'un aide-comptable ou un ouvrier informel. La Banque mondiale légitime les politiques de formation continue et de «learning by doing» comme des leviers directs de compétitivité. Pour le Système éducatif et les familles, la Banque mondiale donne un argument massue aux parents et aux éducateurs pour lutter contre le décrochage.
La simulation montrant qu'ajouter 2,3 années de scolarité rapporte 16,2% de revenus en plus transforme la perception de l'effort scolaire. Ce n'est pas avoir le bac pour avoir le bac, c'est garantir un différentiel de salaire significatif jusqu'à 65 ans. Pour les conseillers d'orientation, cela justifie de pousser les élèves vers l'enseignement supérieur et la formation professionnelle longue, domaines désormais pleinement intégrés dans le calcul du HCI+. Pour les femmes et la société civile, la publication de la Banque mondiale est un outil de plaidoyer inespéré.
«Combler l'écart entre les sexes en matière d'emploi pourrait à lui seul augmenter les revenus potentiels des femmes jusqu'à 70% dans certains pays», affirme l'institution.
Au Maroc, l'augmentation nationale serait de 24%. Un chiffre qui donne une légitimité économique incontestable aux revendications pour l'égalité d'accès au marché du travail, la lutte contre les discriminations et l'amélioration des infrastructures de garde d'enfants. Ce n'est plus un débat idéologique ; c'est un impératif de souveraineté économique. Pour les investisseurs étrangers et l'AMDIE, dans la guerre d'attractivité que se livrent les pays émergents, le coût du travail n'est plus le seul argument.
Le HCI+ mesure la qualité du travail. Avec un score de 147, le Maroc offre une main-d'œuvre en bonne santé (pilier Santé solide) mais dont la productivité est freinée par le manque d'expérience en milieu formel et le déficit de formation supérieure. Face à un Kenya (171 points) ou au Rwanda (157 points), le différentiel de capital humain explique en partie la divergence de croissance. Pour attirer des industries de haute technologie ou des centres de services, le Maroc doit prouver qu'il peut réduire le gap de 48 points qui sépare ses travailleurs des «meilleurs performeurs au même niveau de revenu».
De l'indice à l'action
Le HCI+ de la Banque mondiale agit comme un scanner économique. Il révèle que le Maroc de 2026 est un pays qui a réussi la première mi-temps du match du développement : la transition sanitaire. Mais il est en train de perdre la seconde mi-temps sur le terrain de l'éducation de qualité et de l'emploi productif. Comme le rappelle l'institution, «le capital humain est souvent le seul capital dont disposent les populations pauvres et joue un rôle déterminant dans la réduction de la pauvreté».
Avec un potentiel de progression de 178 points vers le maximum théorique, le Maroc dispose d'une marge de manœuvre considérable. La conversion de ce potentiel en réalité dépendra de la capacité des décideurs à lire ces données non pas comme un bulletin de notes humiliant, mais comme le manuel d'utilisation de la prospérité nationale de demain.
La balle est désormais dans le camp des politiques publiques, mais aussi dans celui de chaque entrepreneur, chaque enseignant et chaque citoyen qui accepte de voir dans ces 147 points un point de départ, et non une ligne d'arrivée.
Bilal Cherraji / Les Inspirations ECO


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