Il aura fallu que la Banque mondiale change son thermomètre pour que la fièvre devienne visible. Le nouvel Indice de capital humain plus (HCI+) ne mesure plus seulement la survie et la scolarisation de l'enfant, mais la productivité et les revenus de l'adulte tout au long de sa vie active. Le verdict, pour le Maroc, est édifiant. Le Royaume obtient 147 points sur 325. Décortiquons ce score ! Le pilier Santé atteint 44 points sur 50. Un sans-faute. Le pilier Education plafonne à 87 points sur 188, soit à peine 46% du potentiel. La Banque mondiale salue les efforts de scolarisation mais pointe l'abandon scolaire persistant, surtout en milieu rural, et une qualité de l'enseignement très inégale. Quant au pilier Emploi, c'est un effondrement avec 16 points sur 87. Sur ce volet, le Maroc est «le plus éloigné de la médiane» parmi tous les pays comparables. Ainsi, si notre pays sait fabriquer des enfants en bonne santé, il ne sait pas les insérer dans une vie professionnelle productive. Hélas, l'école ne sert à rien si elle ne mène à rien. Par sexe, la ventilation est alarmante. Le HCI+ marocain se décompose en 123 points pour les femmes contre 171 pour les hommes. Un gouffre de 48 points… Traduit en langage économique, cela veut dire que «le potentiel de gain des femmes sera inférieur de 48% à celui des hommes». Et la Banque mondiale insiste : il ne s'agit pas d'un problème de santé ou d'éducation, mais d'accès au marché du travail. Si cet écart était comblé, le score HCI+ passerait de 147 à 171 points, soit une augmentation de 24% des revenus futurs du Maroc. Que nous dit le HCI+ sur l'avenir ? L'outil de simulation de la Banque mondiale modélise les possibles. Si le Maroc hissait la durée attendue de scolarisation de 10,7 à 13 ans, le score grimperait à 163 points, soit une augmentation du potentiel de revenus de 16,2%. La preuve que l'école peut rapporter, à condition qu'elle débouche sur quelque chose. Conclusion ? Le Maroc a réussi la première mi-temps du développement, en termes de transition sanitaire, mais perdu la seconde sur le terrain de l'éducation de qualité et de l'emploi productif. Un triple gâchis… Avec une marge de progression de 178 points, le Maroc dispose d'un potentiel considérable. Reste à transformer ce bulletin de notes en manuel d'actions ! Meriem Allam / Les Inspirations ECO