Les caisses publiques enregistrent des recettes croissantes et l'Etat déploie des fonds importants. Pourtant les opérateurs privés piétinent. Alors que les firmes internationales dominent l'aéronautique et l'automobile au Maroc, les industriels locaux hésitent. Le duo candidat au patronat propose sa formule pour briser le complexe d'infériorité et bâtir une souveraineté productive. Le binôme candidat à la présidence de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) a exposé une feuille de route pour le mandat à venir lors d'une rencontre avec les opérateurs économiques de la région Fès-Meknès mardi. Mehdi Tazi et Mohamed Bachiri ont placé la mobilisation du capital local au centre des débats avec les opérateurs. Les indicateurs macroéconomiques du pays affichent une stabilité continue avec une croissance projetée autour de 5% et une inflation maintenue entre 1 et 2%. Parallèlement, l'Etat poursuit un effort financier soutenu atteignant 380 milliards de dirhams d'investissements prévus en 2026. Le secteur privé stagne, pour sa part, sur une fourchette située entre 150 et 200 MMDH. Les orientations des pouvoirs publics visent une inversion du ratio afin d'atteindre deux tiers d'investissements émanant du secteur privé contre un tiers pour le secteur public. Les finances de l'Etat montrent des signaux positifs puisque les recettes fiscales du premier trimestre 2026 égalent la totalité des collectes enregistrées sur l'année 2019. Une telle dynamique comptable s'opère bien que le taux d'imposition sur les sociétés ait été abaissé de 30 à 20% pour une majorité d'entreprises. Les candidats estiment qu'un environnement macroéconomique assaini justifie une implication financière accrue de la part des industriels marocains. En retour, l'élargissement des bases de l'Assurance maladie obligatoire et les revalorisations salariales régulières consolident le climat social et nécessitent une création de richesse par le tissu entrepreneurial local. 1% de capital marocain dans le secteur aéronautique Le diagnostic posé par les deux dirigeants révèle un déséquilibre dans la structuration du tissu productif national. Les secteurs industriels attirant des capitaux internationaux peinent à intégrer des opérateurs locaux de manière significative. L'industrie aéronautique ne compte qu'une seule entreprise à capital marocain sur une centaine d'acteurs installés dans le pays. Le secteur automobile présente un constat similaire avec seulement trois entreprises locales sur un total de 150 équipementiers opérant sur le territoire. Une comparaison avec le modèle turc montre que la moitié des firmes automobiles du pays sont détenues par des investisseurs nationaux. Mehdi Tazi souligne le besoin de modifier l'approche entrepreneuriale en mentionnant le cas d'un milliardaire australien venu prospecter les opportunités minières de la région d'Errachidia de manière autonome pendant quinze jours. Le candidat insiste sur la nécessité de décomplexer l'acte d'investir chez les nationaux face aux donneurs d'ordres étrangers. La pérennité des écosystèmes industriels dépend directement d'un ancrage du capital local. Les entreprises internationales tendent à délocaliser leurs activités dès lors qu'un territoire perd en compétitivité alors qu'une industrie détenue par des capitaux nationaux garantit une création de valeur ajoutée durable sur le sol marocain. 15 milliards d'euros de chiffre d'affaires à l'exportation Le volume des exportations automobiles a dépassé les ventes de phosphates en générant plus de 15 MM d'euros de chiffre d'affaires en 2023. Mohamed Bachiri indique qu'un modèle économique reposant exclusivement sur un faible coût de la main-d'œuvre présente des limites tangibles face à la concurrence internationale. Le candidat à la vice-présidence milite pour un renforcement technique de l'amont industriel afin de garantir une souveraineté productive entière. La stratégie exposée vise à stopper l'exportation brute des matières premières nationales destinées à être transformées à l'étranger, puis réimportées sous forme de composants manufacturés. L'exploitation et la transformation locales des ressources minières permettraient de réduire les sorties de devises tout en favorisant la création de postes qualifiés. Les représentants du patronat affirment que le Royaume possède l'ingénierie requise pour fabriquer ses propres machines industrielles au lieu de les importer massivement. Ils s'appuient sur l'expérience de la production autonome d'équipements médicaux durant la crise sanitaire mondiale pour démontrer la faisabilité d'une telle autonomie technologique. 40% de réduction énergétique par l'intelligence artificielle L'innovation technologique constitue un levier de compétitivité utile pour le prochain mandat de la Confédération. L'intégration de l'intelligence artificielle dans les processus de production offre des perspectives de réduction des coûts énergétiques allant de 30 à 40%. Une telle transition exige un rapprochement direct entre les pôles universitaires et les réseaux industriels. Par ailleurs, l'économie circulaire s'impose comme un standard de production à généraliser. Des usines automobiles basées dans le nord du pays récupèrent désormais leurs chutes métalliques pour les confier à des partenaires sidérurgiques qui les transforment en nouvelles bobines d'acier réutilisables sur les chaînes de montage. Un tel circuit de recyclage diminue les coûts logistiques et favorise l'émergence de réseaux d'affaires intégrés. En effet, l'investissement récent dans une fonderie de précision par des acteurs marocains illustre la viabilité financière d'un positionnement sur les technologies avancées. Les entreprises marocaines sont désormais appelées à adopter des critères de qualité internationaux pour devenir des acteurs compétitifs dans leurs domaines d'intervention respectifs. 35% de chômage des jeunes à résorber par la formation La déclinaison régionale du programme de la Confédération accorde une place de premier plan aux provinces de Fès et Meknès. Le territoire bénéficie d'une situation géographique le plaçant au carrefour des futurs réseaux de transport connectant Tanger Med et Nador West Med. Les candidats proposent une évolution de la perception de la région afin qu'elle s'affirme comme un pôle logistique par le biais d'une extension du transport ferroviaire de marchandises. Le binôme présente une feuille de route sur trois ans destinée à revitaliser le tissu productif local en dépassant les blocages liés aux mouvements sociaux des décennies passées. Le volet des ressources humaines nécessite une réforme législative face à un taux de chômage des jeunes atteignant 35% au niveau national. Dans ce cadre, Mehdi Tazi a pointé les lacunes du système de formation professionnelle actuellement financé par le secteur privé. Les entreprises versent annuellement une taxe générant un milliard de dirhams pour la formation continue alors que l'organisme gestionnaire ne rembourse effectivement que 50 MDH aux sociétés formatrices. La révision du Code du travail et l'optimisation des fonds alloués à la formation constituent des préalables techniques pour accompagner le développement de l'industrie nationale. Mehdi Idrissi / Les Inspirations ECO