Habiller l'Europe, une tâche de plus en plus pénible et coûteuse pour les textiliens marocains. Ces derniers ont pourvu aux besoins en jean de ce marché (premier client avec plus de 70% des exportations) pour une valeur de 141 millions d'euros en 2009. C'est du moins ce qui ressort de la lettre mensuelle du Cercle euroméditerranéen des dirigeants textile-habillement (CEDITH). Cette valeur lui confère le sixième rang à l'échelle internationale après, bien sûr, les Chinois (numéro 1, avec 196 millions de jeans pour une valeur de 927 millions d'euros). Au niveau du bassin méditerranéen, la Turquie caracole en tête de liste avec 611 millions d'euros, bien qu'elle se place deuxième à l'échelle internationale. Elle est suivie de la Tunisie (4e au niveau mondial) avec 321 millions d'euros. L'Egypte pointe juste derrière nous. Le pays des Pharaons occupe la 7e place avec 79 millions d'euros. Force est de constater que la Chine est en train de gagner du terrain au grand dam de ces pays méditerranéens qui, il y a juste trois ou quatre années, étaient considérés comme les principaux fournisseurs du Vieux continent en textile-habillement. Preuve en est que, entre 2005 et 2009, la part relative des trois principaux exportateurs méditerranéens dans les importations européennes de textile-habillement s'est repliée de 17 à 13,3 % pour la Turquie, de 4 à 3,4 % pour la Tunisie et de 3,5 à 2,8 % pour le Maroc, toujours selon la même source. La question qui se pose donc devant cette course effrénée vers la conquête de marchés est de savoir si notre pays arrivera à suivre le nouveau rythme imposé par le pays de Mao. Compte tenu d'un ensemble de données objectives, il sera difficile pour le Maroc de se positionner comme il le souhaite. Nos produits sont acheminés vers le marché européen à des prix plus élevés que ceux de nos concurrents. Le coût de la main-d'œuvre aidant. Une ouvrière marocaine coûte l'équivalent de 4 fois le salaire d'une Chinoise, 7 fois une Malgache et 10 fois une Bengalaise. Toutefois, notre pays n'est pas condamné à subir son sort à perpétuité. Des issues sont en perspective. Selon les observateurs, le Maroc devrait assurer son transfert de la sous-traitance vers des activités à forte valeur ajoutée, intégrant principalement la confection de produits finaux. A ce stade, la carte de la créativité et de la diversité de l'offre fera assurément la part belle au jean «Made in Morocco», très convoité d'ailleurs. D'autant plus que le marché européen du jean s'est inscrit cette dernière décennie dans une trajectoire ascendante, se hissant ainsi à 3,09 milliards d'euros d'importation en 2009 au lieu de 1,77 milliard d'euros en 2001. Le prix moyen (CAF) d'un jean vendu sur le marché européen est de 9,45 euros, «avec de fortes disparités selon les marchés : 10,9 euros en moyenne pour les jeans importés en Italie contre 7,3 euros pour l'Allemagne, 6 pour la France ou 5,2 euros pour l'Espagne», souligne le CEDITH. A noter enfin que la filière Jeans et Sportwear marocaine est destinée essentiellement à l'export à hauteur de 70% et qu'elle regroupe quelque 22% des entreprises du secteur textile et habillement et représente environ 27% des exportations textiles globales.