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Fès : Des racines et des rêves
Publié dans Libération le 07 - 03 - 2019

Le temps d'un week-end, nous avons mis le cap au Nord, direction Fès, une ville dont l'identité s'est forgée dans
la diversité, au croisement des cultures et des religions. Ici se sont succédé ou côtoyés, entre autres, souvent dans la concorde, les Idrissides, les Mérénides, les Almohades, les musulmans, les juifs.
Avec ses allures de véritable musée à ciel ouvert, la ville témoigne de cette histoire millénaire, avec en premier lieu ses joyaux que sont les medersas, écoles coraniques, mausolées et autres mosquées, aussi grandioses qu'émouvants. Une balade dans le Mellah, l'ancien quartier juif, célèbre pour ses façades fleuries et ses synagogues de toute beauté s'impose, tout comme s'impose la visite des foundouks.
Pour vous donner envie et vous faire voyager sans vous éloigner de votre journal, nous avons parcouru pour vous cette ville phoenix, à la découverte de ses bijoux architecturaux, dans un délicieux road trip spirituel.
Au cœur des terres marocaines, Fès jouit d'un patrimoine architectural hors du commun. Cette ville millénaire, inscrite au patrimoine mondial de l'humanité, est l'héritage vivant des différentes civilisations qui l'ont occupée par le passé.
Fondée au crépuscule du VIIIème siècle sous le règne de Moulay Idriss Ier, elle fut l'un des centres majeurs de la civilisation islamique et le berceau de la culture berbère et arabo-andalouse. Haut lieu de savoir et de connaissance, elle a également donné le jour à l'Université Al Quaraouiyine, considérée par l'Unesco comme la plus ancienne au monde.
En se promenant dans sa Médina historique, on découvre aussi un superbe labyrinthe de ruelles, places et patios, articulé autour de mosquées, medersas, mausolées et souks, témoins de son importance au Moyen Age et véritables symboles de la cité fassie. Et cela n'est que l'avant-goût du récit d'un week-end enchanté.
L'envoûtante
Médina fortifiée
« Celui qui ne se lève pas avec le soleil ne jouit pas de sa journée », a un jour écrit Miguel de Cervantès. Difficile de dire si l'auteur de Don Quichotte aurait apprécié que l'on use de cette maxime pour débuter le récit de notre virée à Fès, toujours est-il qu'ici, le soleil brille, quasiment tout au long de l'année, à l'instar de cette matinée du samedi 2 mars. Du coup, sans perdre un seul rayon solaire, nous voilà au bord de l'ancienne Médina fortifiée El Bali. De toute façon, difficile d'y couper. Tel un aimant, son passé et sa beauté extérieure illustrée par une architecture mérinide médiévale, vous appâtent, en vous miroitant un voyage express dans le temps. D'ailleurs, la faille spatio-temporelle s'ouvre dès lors que Bab Rsif est emprunté. L'une des nombreuses portes d'accès à l'ancienne Médina nous mène vers un pont, symbole d'une époque lointaine où la ville était divisée en deux. Plus précisément en l'an 808, lorsque le régent Rashid Ben Morshid fondait « Al-Aliya » sur l'autre rive de l'Oued Al Jaouahir (Joyaux en arabe). Cours d'eau qui, malheureusement aujourd'hui, n'a plus de joyau que le nom, tant il est à l'origine d'une odeur nauséabonde, générée par les eaux usées qui s'y déversent.
Heureusement, une fois le pont traversé, l'ancienne Médina et son festival olfactif masquent efficacement notre déception, autant que les 1200 ateliers d'artisanat (cuivre, bois,…) titillent notre curiosité. Pourquoi sont-ils tous aussi exigus ? L'une des nombreuses explications avancées alimente l'idée selon laquelle à l'époque, la quantité de marchandises était modeste. D'où l'impression d'étroitesse renvoyée aujourd'hui par les multitudes de produits exposés. Une nuance qui s'est accentuée à travers les âges, contrairement au son omniprésent et incessant du ruissellement de l'eau qui, lui, a traversé les siècles et dont la perception n'a pas changé avec le temps, pour notre plus grand plaisir auditif.
A dire vrai, au fur et à mesure que l'on s'enfonce dans les ruelles qui fendent en deux ses 9000 maisons historiques, plus l'ancienne Médina prend la forme d'une bulle gigantesque, où, par moments, les rayons du soleil ont autant de mal à s'y engouffrer, que nous à y progresser, plus la largeur de ses ruelles a du mal à supporter, tout à la fois, les porteurs de marchandises et leurs ânes, les mendiants et autres touristes.
Un patrimoine matériel
et immatériel valorisé
Aussi paradoxale que cela puisse paraître, la lumière du soleil reprend ses droits là où l'on attend le moins. Cette particularité caractérise les nombreuses «médersas », à l'instar de celle de Bou Inania, construite au XIVème siècle par le Sultan Abou Inane de la dynastie mérinide. Un lieu où le soleil embrasse délicatement sa boiserie sculptée, ses bronzes ciselés, ses zelliges, colonnes et plâtres sculptés. Un tout hérité du génie créateur et du savoir-faire de ses maîtres – artisans, venus d'Orient et d'Andalousie.
Un cocktail d'influences ensorceleur, aperçu également à l'Université Quaraouiyine. Depuis le IXème siècle, sa bibliothèque abrite un Coran manuscrit d'Ibn Rochd et un autre de la Muqqadima offert par Ibn Khaldoun, célèbre historien tunisien et précurseur de la sociologie. Le 8ème centenaire a aussi vu naître la mosquée Quaraouiyine. Issue du quartier éponyme, Fatima Al Fihri, fille d'un riche négociant kairouanais a été à l'origine de sa construction. Rappelant ainsi l'immense empreinte laissée par les femmes dans la ville, donnant plus de sens à son surnom, l'Athènes de l'Afrique. Sans oublier, Meryem El Fihriya, sœur de Fatima El Fihriya, bâtisseuse de la mosquée des Andalous en 247.
Résister à l'usure du temps qui file, n'est pas une chose facile. Qui plus est pour des bâtisses et monuments, aussi grande leur âme historique soit-elle. Les monuments grandioses que nous avons appréciés recèlent forcément les souffrances de ceux qui les ont bâtis. En contrepartie, rendre hommage à ses maîtres – artisans, devait forcément passer par la réhabilitation et la rénovation de leurs œuvres. Un immense chantier représenté par le programme de restauration de 27 monuments historiques dont des ponts et des médersas édifiés par la dynastie des Mérinides entre les 13ème et 14ème siècles, est achevé, après avoir été inauguré il y a quelques années par Sa Majesté le Roi. Un programme venu enrichir le processus de réhabilitation lancé depuis les années 90, et magnifié par le Conseil régional du tourisme de Fès, qui ne lésine pas sur les moyens pour promouvoir les atouts de la capitale spirituelle du Royaume, via plusieurs canaux de communication, dont le fameux Festival de Fès des musiques sacrées du monde, qui porte le sceau du renouveau de la Médina. Plus sophistiquée encore, mais beaucoup moins insolite, une application de géolocalisation, destinée à vous faire découvrir les principaux lieux à visiter.
Une réhabilitation pas
du goût de tout le monde
Fort d'une quinzaine d'années d'expérience et d'une multitude de missions réalisées dans celle qu'on nomme aussi la «Ville Musée », Abderrahim Oukioud, troisième meilleur guide au monde, selon les célèbres Wanderlust World Guide Awards 2018, voit d'un très bon œil ce projet de rénovation, au même titre que ceux qu'il a l'habitude d'accompagner. « Les touristes sont satisfaits des rénovations apportées. Ils les perçoivent comme un gage de l'attention que porte le Maroc à son patrimoine. Un élément important à leurs yeux d'autant plus que pour la plupart, ces monuments sont les moteurs de leurs séjours touristiques à Fès », nous indique-t-il. Cela dit, si Abderrahim Oukioud ajoute que ledit programme de rénovation et de réhabilitation a atteint son objectif sans pour autant dénaturer les lieux et leur histoire, force est de constater que par moments, les travaux ont manqué de subtilité. Nous avons été quelque peu surpris de constater par exemple, une machine à laver au détour d'une porte dérobée, mais encore une immense photocopieuse dans la bibliothèque de l'Université Quaraouiyine. Sans oublier des prises électriques trop voyantes sur quelques murs. Un soupçon d'harmonisation en plus n'aurait pas été de trop. Ce qui ne l'aurait pas été non plus, c'est d'éviter aux visiteurs une immense frustration. « Si la rénovation est indéniablement une excellente initiative, a contrario, bloquer l'entrée de la plus ancienne université du monde aux touristes est une grande déception», se désole Abderrahim Oukioud.
Autre bémol, la légère grogne exprimée par les marchands et autres habitants de l'ancienne Médina, quant aux nuisances occasionnées par les travaux. Mais au fond, difficile de faire autrement. C'est un mal pour un bien. On ne fait pas d'omelette sans casser des œufs. En revanche, il serait temps d'assainir les ruelles de l'ancienne Médina en termes de sécurité. A force de croiser des jeunes peu avenants et de se faire courser dans les ruelles, une sensation de malaise finit par prendre le pas sur toutes les bonnes émotions ressenties jusque-là. D'où l'intérêt d'éviter le hors-piste et surtout d'être accompagné par un guide. Qui plus est si ce dernier a la bonne idée de vous emmener à l'un des endroits les plus sublime de Fès.
Mellah, le sel de la ville
Le lendemain, de bon matin, nous ressentions une forme de légèreté et de grâce émanant de l'un des plus beaux quartiers de la cité fassie. Ce qui est en soi, une sensation assez remarquable comparée aux jambes lourdes qui étaient les nôtres au réveil, après les kilomètres parcourus la veille. En effet, le Mellah, le quartier juif de Fès, établi en 1438, est considéré comme le plus ancien quartier réservé aux juifs du Maroc, comme il fut aussi le premier quartier juif séparé dans l'histoire du pays en 1438. Une séparation qui avait pris forme dans de hautes murailles afin de diviser population musulmane et communauté juive sépharade ayant fui l'Inquisition. Ironie de l'histoire, aujourd'hui, il est peuplé par des familles musulmanes, après la désertion de la plupart des familles juives de Fès. N'empêche qu'il garde toujours l'architecture et l'empreinte juives. Son ensemble de ruelles joliment fleuries, où l'on aime se perdre pour mieux se retrouver, abrite d'importants monuments dont la synagogue Danan, lieu de prière construit à la fin du XVIIème siècle et propriété d'une famille de rabbins du même nom. Si l'ancien quartier juif a été préservé, c'est aussi grâce au programme de rénovation. Ce dédale de ruelles et de maisons hors du commun, quoique colonisé par les boutiques touristiques, propose une balade enchanteresse. La magie opère. En circulant à l'ouest et au nord du Mellah, dans un fouillis de façades habillées de fer forgé, on remonte une immense partie de la frise historique de la ville. Avec ses rues qu'on croirait tirées d'une aquarelle, le Mellah donne le tournis et met tous nos sens en éveil. Pour les sentiments enfantins qu'elle éveille en nous, sa visite se fait les yeux écarquillés. Un sentiment qui nous a accompagnés tout au long de notre week-end. Alors, c'est tentant, non ?


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